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Groundviews, l’application des journalistes citoyens Sri lankais

Le journalisme s’adapte aux nouvelles technologies. A moins que ce ne soit les nouvelles technologies qui s’adaptent aux nouvelles pratiques journalistiques ? Le printemps arabe a démontré le pouvoir et l’impact que peuvent détenir les journalistes citoyens. Réseaux sociaux, blogs, téléphones mobiles, tous les outils sont bons pour délayer l’information. Au Sri Lanka, un site d’actualité nommé Groundviews s’est doté d’une application Apple à destination des journalistes citoyens. Une petite révolution qui bouscule le journalisme Sri Lankais.

600 utilisateurs et 60 000 commentaires. Groundviews est un des rares cybers espaces où la population Ski Lankaise peut discuter librement des enjeux et conflits nationaux dans un pays encore loin d’être démocratique. Fort de son succès, le site décide de lancer en 2011 la toute première application mobile Apple de journalisme citoyen au Sri Lanka. Disponible sur l’iPod Touch, l’iPad et l’iPhone, la plateforme Groundviews permet a chacun de consulter rapidement et n’importe où les informations relayées des quatre coins de l’île.

Le Sri Lanka compte une population d’environ vingt millions de personnes d’origines, de religions, de langues et de coutumes différentes. En donnant la parole et la légitimité nécessaire aux citoyens Ski Lankais, Groundviews permet à la parole de tous les habitants du pays et de ceux de la diaspora d’être représentée convenablement. La détermination de son fondateur et rédacteur en chef, Sanjana Hattotuwa, a d’ailleurs permis au site de remporter le prix du web journalisme citoyen. Une reconnaissance internationale pour Goundviews qui est désormais perçu comme l’un des sites les plus critiques envers le gouvernement Sri Lankais.

Sanjana Hattotuwa explique
les enjeux des nouvelles technologies pour le journalisme citoyen

 

L’application Groundviews est gratuite et permet à l’utilisateur d’envoyer une photo accompagnée de son récit directement par e-mail à la rédaction de Groundviews. Cette technique permet un accès à l’actualité en temps réel. L’application propose également des rubriques satiriques et une plateforme de curation. Sans compter un graphisme de haute résolution personnalisable par l’utilisateur.

Groundviews n’est pas le seul média à surfer sur la vague de l’application mobile pour cette nouvelle forme de journalisme. Il existe en effet une dizaine d’applications dans l’iTunes store qui proposent au citoyen lambda de jouer son rôle de reporter. Parmi les meilleures, on compte celles de Meporter, de CNN, d’Associated Press, et d’Al Jazeera. Quand certaines offrent simplement la possibilité de soumettre des conseils ou des idées d’articles, d’autres permettent d’envoyer des photos et des vidéos directement aux salles de rédaction. Un seul constat, le rôle du journaliste citoyen s’affirme de plus en plus et devrait occuper une place de plus en plus importante au sein des médias.

Texte rédigé par Amandine Fournier

Web journal sri lankais: appellation d’origine très contrôlée

Les menaces, agressions, enlèvements et meurtres qui faisaient le lot des journalistes sri lankais reçoivent désormais l’appui du régime en place. Le ministère de l’Information et des Médias a déclaré, le 5 novembre 2011, que dorénavant, « tout site d’information portant sur le Sri Lanka (devait) être enregistré auprès du ministère ». Dès le lendemain, les web journaux SriLankaMirror, SriLankaGuardian, Paparacigossip9, et LankaWayNews, se voyaient bloquer l’accès à leurs sites par leurs propres fournisseurs d’accès, sur ordre du ministère, pour diffamation.

Les tentatives de contrôle du gouvernement sur les médias prennent cette fois une nouvelle tournure. Ne se contentant plus de réprimer les journaux (et les journalistes) publiant des articles trop critiques sur le gouvernement, il passe maintenant à la sélection des médias autorisés à publier. Le Sri Lanka Mirror, qui parvient à survivre malgré le bloquage et reste accessible par des voies très détournées, publiait vendredi les premiers chiffres: sur 81 demandes d’enregistrement déjà déposées, 20 ont été refusées car, selon le ministère, les informations transmises étaient incorrectes. Les 61 demandes retenues étaient examinées fin décembre en vue d’une éventuelle validation. Le 9 janvier 2012, le Ministère de l’Information et des Médias garantira l’enregistrement de 41 sites web (que deviennent les 20 restants?) sélectionnés par leurs soins.

Ce début d’année se fait donc rude pour la liberté d’expression au Sri Lanka. Avec le report du procès pour le meurtre du journaliste Dharmaratnam Sivaram, fondateur du web journal TamilNet, les exemples du savoir-faire ancestral du gouvernement sri lankais en matière d’incitation à l’autocensure reviennent vite en mémoire. Le procès, qui était sensé débuter le 5 janvier 2012, a été reporté par le juge P. Surasena au 25 avril car 6 témoins (dont 2 policiers) n’ont pu se présenter à l’audience, pouvait-on lire sur les sites de BBC Sinhala.com ou du Sunday Times. Le journaliste avait été retrouvé mort 6 ans plus tôt, tué d’une balle dans la tête. Autre cas, plus retentissant dans la sphère journalistique, celui de Lasantha Wickrematunge. Assassiné le 8 janvier 2009, le fondateur de l’emblématique hebdo Sunday Leader, avait reçu à titre posthume le Prix Mondial de la Liberté de la Presse de l’UNESCO 2009. Réputé pour ses critiques acerbes du gouvernement de Rajapaksa (dont il était pourtant l’ami), il avait écrit son dernier article comme une lettre ouverte au président, pointant les violences faites aux journalistes dans sa patrie. Celui-ci fut publié 3 jours après sa mort.

La République démocratique socialiste du Sri Lanka est le pays démocratique le plus hostile à la presse. Reporters Sans Frontières qualifie même le secrétaire à la Défense sri lankais et frère du président, Gotabhaya Rajapaksa, de « prédateur de la liberté de la presse ». Depuis la fin de la guerre en 2009, les violations du droit de la presse ne font que croître et contraignent de nombreux journalistes à s’exiler… dans le meilleur des cas.

Malgré les mesures prises par le gouvernement sri lankais, les web journaux restent le medium le plus accessible et le plus sûr pour traiter des sujets sensibles. Chandima Withanaarachchi, directeur de LankaNewsWeb déclarait en 2011 à Reporters Sans Frontières: « la seule lueur d’espoir pour la liberté de la presse au Sri Lanka passe par les sites Internet ». Le temps nous dira si cette lueur ne s’est pas éteinte.

Texte rédigé par Caroline Chatelard