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La Belgique a envie de tweet

Semiocast, spécialiste français des conversations sur internet, a publié en Février les résultats d’une étude sur le nombre d’inscrits à Twitter. Et ces résultats sont sans appel, la Belgique se laisse gagner par la fièvre du tweet. La barre symbolique du million d’utilisateurs a été franchie et plus encore, ce sont les résultats à l’échelle mondiale de cette étude qui sont révélateurs: Twitter est en train de conquérir le monde.

383 millions de twittos, et moi, et moi, émoi. Souvent barré par Facebook lorsque les médias s’empressent de parler de la folie des réseaux sociaux, Twitter est également en pleine expansion. Si vous êtes sur ce blog, l’outil vous est probablement familier et il est inutile de revenir sur le #fonctionnement de celui-ci. Tout comme il est inutile de préciser qu’il est bien réducteur de ranger Twitter et Facebook dans la même case “réseaux sociaux”, tant les deux plateformes n’ont rien ou si peu en commun.

Mais les chiffres, eux, nous offrent un point commun entre les deux: ils sont en pleine expansion. Les statistiques publiées au début du mois de février témoignent d’une progression certaine de Twitter. En Belgique, puisque c’est à ce pays que l’on s’intéresse dans cet article, le réseau social a ainsi récemment dépassé la barre symbolique du million d’utilisateurs. Ca peut paraître peu, seulement une fois que l’on a pris en compte le fait que la Belgique est un petit pays de onze millions d’habitants, on prend conscience de l’ampleur du phénomène. 10% de la population Belge est sur Twitter. Une fréquentation qui a doublé par rapport au 1er janvier de l’année dernière, où l’on comptait tout de même déjà 520 000 inscrits.

Sur ce million de comptes, seul un quart cependant sont réellement actifs, c’est à dire ont twitté entre septembre et décembre dernier. Un score dans la moyenne mondiale, le record du monde de taux d’activité sur le site étant détenu par le voisin néerlandais, avec 33%. Puisqu’on parle des Pays-Bas, sachez d’ailleurs que le néérlandais est la sixième langue la plus parlée sur Twitter, alors que les Pays-Bas n’occupent que la dix-septième place des pays représentés. Merci la Flandre?

Peut-être, mais merci en tout cas aux différents médias qui ont compris que l’outil pouvait leur permettre de se développer. Effet boomerang oblige, voilà qui a développé l’outil. C’est le cas notamment de la RTBF, qui outre une présence active sur le réseau, l’intègre aussi lors de certaines de ses émissions. Ainsi, son émission à succès du moment, The Voice, sur la Une, diffuse en direct à l’écran des tweets postés par les internautes pendant l’émission. Exemple parmi d’autres d’une télévision qui évolue avec son temps.

Le Premier Ministre Belge Elio Di Rupo montre l’exemple à ses concitoyens.
Il est actif sur Twitter, et dans les deux langues s’il-vous-plaît

Le plat pays se classe à la 35ème place mondiale des pays les plus représentés sur Twitter. Avec 0,28% des twittos dans le monde, le poids de nos amis d’Outre-Quiévrain n’est pas bien lourd certes, mais il est représentatif d’une tendance mondiale. Twitter a doublé sa fréquentation en Belgique, il l’a également doublé dans le monde. De 192 millions d’inscrits, le site est donc passé à 383 en ce début d’année 2012. Où va-t-il s’arrêter? Certainement pas en si bon chemin. Si l’on prend en compte les zones géographiques qu’il reste à conquérir, et l’engouement pour le site qui semble se développer de plus en plus dans les médias dits traditionnels, vous n’avez pas fini de twitter.

Texte rédigé par Damien Shernetsky

ITV: Damien Van Achter, un journaliste visionnaire

Suivi par plus de 6000 followers sur Twitter, Damien Van Achter (ou Davanac) est aujourd’hui développeur éditorial chez 22Mars/OWNI. Mais pas seulement. Il anime également des formations web dans différents journaux et donne des cours à l’Institut des Hautes Études des Communications Sociales de Bruxelles (IHECS). Lucile Jeanniard l’a rencontré à l’occasion de l’une de ses formations web au quotidien régional belge l’Avenir. Elle retrace ici son parcours… Un parcours hors des sentiers battus !

“Finalement je passe plus de temps dans les rédactions que je forme que dans la mienne chez OWNI à Paris”


Ses débuts en tant que journaliste : Canal C, Belga, et surtout… son blog !
Après trois années d’enseignement supérieur en communication, Damien Van Achter obtient son graduat en juillet 2001. “Ce graduat avait pour avantage de proposer beaucoup de stages”. Voilà comment il a pu entrer à Canal C (télé locale belge de la région namuroise) en tant que stagiaire et créer sa propre émission en guise de mémoire. Celle-ci restera d’ailleurs à l’antenne pendant plusieurs années. “C’était une émission hebdomadaire sur le sport amateur du genre » j’ai testé pour vous le trampoline ou l’équitation ». Canal C a été une belle école. Ça a été pour moi l’occasion de sentir que c’était ce métier là que j’avais envie de faire”.
Un an seulement après la fin de ses études, Damien Van Achter décroche un CDI chez Belga, l’agence de presse belge. “J’ai eu beaucoup de chance. Mais je l’ai un peu provoqué aussi.”
En effet, voyant qu’il ne trouvait pas de travail à la sortie de ses études, il décide de reprendre des cours de néerlandais afin de multiplier ses chances. C’est à ces cours de langue que Damien Van Achter rencontre un technicien informatique de l’agence Belga. Alors chance ou culot? Toujours est-il que s’il en est là aujourd’hui, ce n’est pas par hasard. Il apprendra donc énormément au sein de cette rédaction “à la source de l’info” et y restera 5 ans. Pourquoi seulement 5 ans alors qu’il avait un CDI? Parce que Damien Van Achter n’est pas du genre à se reposer sur ses acquis. À partir de 2004, il commence à s’intéresser au web.
“Je me suis rendu compte qu’en monitorant certaines sources, qui n’étaient pas des sources officielles ou des flux d’agence autorisés, j’arrivais quand même à choper des bonnes infos. Donc pendant un temps, je faisais mes 8h à l’agence et j’en faisais encore 8 chez moi pour alimenter ma veille. Je prenais même des jours de congés pour aller à des conférences à Paris sur le langage html, etc.”
Il commence alors à bloguer en 2005.
“J’ai ouvert mon blog à ce moment là, quand j’ai commencé à avoir la certitude que je n’étais pas en train de m’emballer pour un truc qui était juste un effet de mode, que l’économie des médias était bien en train de changer. Facebook venait de naître ou presque, Google était en train d’exploser et était entré en bourse à 80 dollars l’action en 2004… Vivre dans un écosystème informationnel en plein bouleversement est proprement passionnant. Très régulièrement je vais relire le premier billet que j’ai écrit. C’est un peu ma profession de foi.”
Et en effet, le premier billet de son blog (intitulé “Go!”) expose très clairement son point de vue : l’avenir du journalisme semble être sur le web, alors explorons-le. À travers ce blog, Damien Van Achter tente de proposer une alternative aux médias traditionnels, pas assez ouverts sur l’avenir du métier de journaliste :
« À travers des cartes blanches, et en utilisant tous les outils à notre disposition (l’audio, la vidéo, les réseaux sociaux, les flux RSS et la nanopublication, entre autres), j’espère vous donner à lire, à voir et à entendre d’autres sons de cloches que les sempiternels carillons qui nous vrillent le ciboulot et finissent par nous déresponsabiliser à coups de promesses non tenues et de pathos dégoulinant. (…) En fait, c’est sans doute surtout pour redonner du sens à la manière d’exercer mon métier que je me lance aujourd’hui dans cette expérience. » (extrait de ce premier billet)

“On ne fait pas ce métier pour l’argent, alors prenons un peu de plaisir!”
C’est donc grâce à cette activité sur son blog qu’il a pu entrer à la Radio Télévision Belge Francophone (RTBF), écoutez :

À partir de là, il cumule deux boulots : chez Belga pour s’assurer financièrement (étant marié, avec un enfant et une maison à payer), et à la RTBF pour le plaisir de tester de nouvelles formes de journalisme. Mais en janvier 2007, c’est le déclic :
“J’ai fait toute une proposition à mon rédacteur en chef pour utiliser les nouvelles sources du web comme de véritables sources dans le processus de l’agence… En essayant de faire ça bien : avec un PowerPoint où j’expliquais ce que moi je considérais comme des processus rédactionnels qui pourraient être à valeur ajoutée pour les clients de l’agence. Et je n’ai même pas eu d’accusé de réception de mon document… Et pourtant je sais qu’ils l’ont lu. Donc je me suis vraiment dit ‘mais qu’est-ce que j’fais là’. Le monde est en train de bouger autour de nous et ceux qui sont censés regarder un peu plus loin que le bout du nez du quotidien s’en moquent.”
Il propose alors de nouvelles chroniques à la RTBF et s’investit à plein temps pour cette chaîne. Au bout de quelques temps, une nouvelle occasion se présente à lui : il a la possibilité d’animer l’émission “Pure Blog”.
“Je poussais des disques et de temps en temps j’avais 5 minutes pour parler des blogs. Et là je m’en donnais à cœur joie. Je faisais intervenir des gens par téléphone, par skype. J’ai bidouillé un peu l’antenne, j’me suis bien marré. J’étais payé des clopinettes, mais c’était un risque que j’avais pris en démissionnant.”
Et cette situation délicate ne durera pas très longtemps puisqu’en 2008, il finit par obtenir un CDI à la RTBF. Sa mission : mettre le pied à l’étrier des journalistes radio et télévision sur le web. Comme quoi, le culot finit par payer.
“J’ai 33 ans et je ne me vois pas finir ma vie à faire quelque chose uniquement pour rassurer mon banquier. On ne fait pas ce métier pour l’argent, alors prenons un peu de plaisir!”
Damien Van Achter est resté à la RTBF jusqu’en mars 2011 et a énormément apporté à la chaîne en terme de présence sur le web.
“C’était un vrai bonheur de sentir les gars qui, 6 mois avant, me disait ‘moi le web jamais, je serai pas payer plus parce que j’irai sur internet’. Non mais tu vas prendre plus de plaisir! Et je pense qu’il y a maintenant beaucoup de gens à la RTBF qui prennent du plaisir à faire leur métier autrement… Et qui en plus rendent vraiment service à leur audience et ça c’est doublement valorisant.”
Depuis, Damien Van Achter est chez OWNI. Il connaissait déjà Nicolas Voisin, le Directeur de la publication, et celui-ci lui “faisait du pied depuis un certain temps”… Il a finit par craquer et c’est reparti : démission de la RTBF, nouvelle aventure, nouvelles expériences ! Il travaille donc à plein temps pour OWNI pendant quelques mois et fait des allers-retours Paris-Bruxelles plusieurs fois par semaine. Damien Van Achter est un passionné, mais sa famille compte aussi beaucoup pour lui… C’est pourquoi il ne travaille plus qu’à mi-temps pour “la soucoupe” depuis juillet 2011.
“Chez OWNI, j’ai changé de métier. Je considère que je suis chez eux pour participer à l’effort de guerre, qui consiste à financer ce média singulier qu’est OWNI par rapport aux autres pure players et au modèle économique qui est développé derrière. Et aider au financement ça veut dire faire de la formation, de la stratégie éditoriale, participer à des réunions de rédaction, etc.”
Travailler à temps partiel pour OWNI lui permet de se consacrer à un autre aspect du métier de journaliste web qui lui tient à cœur : l’enseignement, le partage de son expérience. Depuis quelques temps, l’idée de former des étudiants lui trottait dans la tête. Il donnait déjà quelques cours informels à l’IHECS depuis un mois, mais en juillet 2011, l’école lui propose de donner plus d’heures de cours. C’est ainsi qu’il se retrouve à organiser une “MasterClass” en septembre et en octobre dernier. Pour les étudiants de l’IHECS, la MasterClass c’est 4 jours de travail intensif 24h/24, le nez dans leur PC à travailler leur présence sur le web en tant que futurs journalistes.

Et cette expérience avec les étudiants belges, il compte bien la renouveler, mais cette fois-ci avec les étudiants de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille (ESJ). En mars prochain, Damien Van Achter part au festival South by Southwest au Texas. Quel rapport avec les étudiants de l’ESJ? C’est simple, ils vont avoir la chance de suivre cet événement à distance à travers une “open newsroom”.
“Le fait que l’ESJ, qui n’est quand même pas n’importe quelle école en terme de journalisme, me demande de réfléchir à un concept avec eux et accepte de me faire confiance pour partir dans ce genre d’aventures, c’est un vrai bonheur. Je suis convaincu que ce que je vais pouvoir apporter à ces étudiants va leur servir dans leur cursus. S’ils sont capables de couvrir à distance un événement comme celui-là en étant en connexion avec les gens qui sont sur place… S’ils sont capable de faire ça pendant les 5 jours que dure le festival, ces étudiants de dernière année en journalisme auront un peu plus de chance que les autres de trouver du boulot l’an prochain. Et pédagogiquement, c’est ça que je vise.”

“Plus on donne plus on reçoit, c’est presque une philosophie de vie”
Pour Damien Van Achter, il est primordial d’enseigner la plus-value qu’apporte le web au métier de journaliste, de transmettre son intérêt pour ce nouvel outil qui va devenir indispensable au métier. Et cette idée de transmission, de partage et d’échange est très présente chez ce journaliste visionnaire.
“Si on veut être écouter, il faut d’abord écouter les gens. Prendre le temps d’aller écouter ce que les gens racontent en ligne, ça fait partie de notre métier de journaliste maintenant. À part que ce n’est pas encore codifié dans notre contrat de travail. Mais ça le devient de plus en plus. Je suis convaincu que ceux qui ont le plus de mal avec les nouvelles technologies, ce ne sont pas ceux qui s’en sortent le moins bien avec l’aspect technique. Ce n’est pas un problème technique, c’est un problème culturel. Ceux qui galèrent le plus, ce sont ceux qui ne comprennnent pas la mentalité du web et pas ceux qui sont toujours sur leur nokia 5110. Ils n’ont pas compris que le réseau, de par sa nature, fait que nous nous trouvons dans une économie de la distribution, du don, du partage et de l’échange. Le problème, c’est que ça demande une certaine dose d’humilité d’accepter d’échanger des infos avec les citoyens sur internet…”

À lire : l’article qu’il a rédigé en réponse à ce coup de gueule (ici ou )

Bref, le partage à travers le web, c’est son moteur, écoutez :

On l’a compris, Damien Van Achter est un vrai passionné : 50 minutes d’interview. Et je tiens à le remercier encore une fois pour cet entretien très enrichissant !

Texte rédigé par Lucile Jeanniard

RTBF.be, Francetvinfo, BBC, ARD… Ces médias publics accusés de concurrence déloyale.

Vendredi dernier, le tribunal de commerce de Charleroi a rendu son verdict : RTBF.be peut poursuivre son activité. Pour les journaux francophones belges, ce site fait une concurrence déloyale à la presse écrite en ligne en diffusant du contenu écrit. Ils devront pourtant faire avec…

Petit flashback
Tout a commencé le 13 janvier 2010, lorsque la RTBF annonce un investissement important dans les nouvelles technologies de l’information. Les éditeurs de journaux commencent alors à s’inquiéter de la concurrence que représente la Radio Télévision Belge Francophone.

Service public, la RTBF bénéficie de financements publics. Chose que les journaux papiers n’ont pas. Le site RTBF.be a donc plus de moyens que les sites de la presse écrite francophone belge pour se développer. Rappelons d’ailleurs que l’audiovisuel public possède plus de 300 millions d’euros en provenance des financements publics et du marché publicitaire, tandis que tous les journaux et magazines francophones belges réunis totalisent 270 millions d’euros tirés de la vente des journaux et de la publicité (chiffres publiés par la Dernière Heure le 30 décembre 2011). Voilà peut-être de quoi expliquer les craintes des éditeurs de presse.

Comme annoncé, la RTBF ouvre donc un nouveau portail internet afin de proposer des sites thématiques au contenu rédactionnel important; le tout en consacrant une large place à la publicité.

À la suite de quoi les éditeurs de presse (réunis au sein de leur association professionnelle : les Journaux Francophones Belges) décident d’attaquer la chaîne publique en justice le 9 septembre 2010.

Ils demandent à la RTBF de mettre fin à toute publicité et à toute activité d’information écrite sur son site, sur les réseaux sociaux, sur les blogs de journalistes de la chaîne et dans ses newsletters. Les JFB estiment que RTBF.be va au delà des missions d’un service public et demandent l’accès à la comptabilité de la chaîne pour vérifier si cette activité se fait ou non avec l’argent public. Autrement dit, l’activité que mène la RTBF sur son site constitue pour les JFB une violation du statut de la chaîne, celle-ci n’étant pas autorisée à utiliser son site internet pour autre chose que pour faire la promotion de ses programmes de radio et de télévision.

« La RTBF déplore cette action judiciaire. Si elle devait aboutir, elle mettrait purement et simplement en péril une présence cohérente et crédible du service public sur les nouveaux médias. »
(Sur le site de la RTBF, à l’annonce de l’assignation en justice)

Avant d’en arriver au recours juridique, une tentative de médiation a bien été lancé, mais en vain. Elle a été abandonnée en mai 2010, les deux parties n’arrivant pas à dialoguer.

« La RTBF regrette par ailleurs que l’action des Journaux francophones belges et les éditeurs de presse écrite s’inscrive en contradiction avec tout esprit de médiation et de dialogue. A ses yeux, celui-ci est pourtant indispensable pour que les acteurs de l’espace médiatique belge francophone puissent collaborer et exister ainsi renforcés dans un paysage où la concurrence, mondiale, bouscule les modèles traditionnels. »
(Sur le site de la RTBF, à l’annonce de l’assignation en justice)

Le procès débute le 15 juin 2011. Pour sa défense, la RTBF plaide l’idée que la télévision et la radio restent les activités principales de la chaîne; le site d’information n’étant qu’une activité annexe. De cette façon, la RTBF reste dans ses droits. Le tribunal de commerce de Charleroi prononce son jugement le 30 décembre dernier : RTBF.be peut poursuivre toutes ses activités. Pour le Président du tribunal, les inquiétudes de la presse écrite sont infondées.

Face à cette décision, François Le Hodey, Président du conseil d’administration de JFB, réagit dans le JT de la RTBF :
« Nous attendions un élément de clarification juridique qui était indispensable. Vous savez nous vivons une révolution des médias qui est absolument considérable. Et donc il est grand tant que le monde politique prenne la mesure de ce qu’il se passe, parce que nous devons organiser, comme dans tous les pays d’Europe, une concurrence équilibrée entre les services publics et les acteurs privés dans le domaine des médias.»

Les JFB vont à présent analyser le jugement avant de décider d’un éventuel appel. Mais en attendant, ils se sont officiellement exprimés dans un communiqué vendredi dernier suite au verdict. Ils y dénoncent « le flou du décret de la RTBF (qui) lui permet d’éviter d’être condamnée dans le procès qui l’oppose à la presse ».

Cette affaire n’est pas un cas isolé
Cette question de concurrence entre un média public et des éditeurs de presse écrite (privés) ne se pose pas qu’en Belgique: au moins quatre autres pays européens sont concernés. Au Royaume-Uni, c’est la BBC qui s’est vue accuser de concurrence déloyale. En Finlande, l’agence de presse STT est entrée en conflit avec la télévision publique Yle au sujet de sa présence sur le web. En Allemagne, un procès similaire à celui de la Belgique a pu être observé fin juin 2011 : les éditeurs de presse écrite allemands ont porté plainte contre la première chaîne de télévision du pays (ARD) après le lancement d’une application qui a fait un carton. Et enfin, en France le nouveau site Francetvinfo commence à créer certaines angoisses chez les éditeurs de presse écrite.

Francetvinfo c’est ça:

… Un site d’information en continu, lancé mi-novembre 2011.

Et assez logiquement, les idées qu’avance Bruno Patino, Directeur général de France Télévisions délégué au développement numérique, font écho à celles de la RTBF :

« Ce site répond à nos missions de service public : il se veut très ouvert, avec de nombreux liens vers l’extérieur, en grande majorité vers des sites de presse. »

France Télévision tente toutefois de rassurer les éditeurs de presse écrite française en signalant que ce nouveau site n’est pas un enjeu publicitaire pour le groupe (alors que, je le rappelle, RTBF.be en est un pour la chaîne belge). Et c’est certainement cette question là qui risque d’être décisive dans le lancement ou non d’une action en justice.

Le web accroit considérablement la concurrence entre les médias
On le constate une fois de plus à travers ces affaires : le web bouleverse les frontières entre les différents supports médiatiques et accroit considérablement la concurrence entre les médias. Et ceci d’autant plus dans un petit pays comme la Belgique.
Notez que la presse écrite en ligne gagne également de plus en plus de terrain dans le domaine audiovisuel. Beaucoup de journaux en ligne ont créé leur webtv. On pourrait citer par exemple L’Avenir (un quotidien régional belge) :


Certes, il est moins facile pour des journalistes de presse écrite de “s’improviser” journaliste reporter d’image que l’inverse; tout le côté technique étant un obstacle important. La conversion nécessite donc plus de temps dans un sens que dans l’autre.

Mais d’une manière générale, le web tend à brouiller les pistes entre les différents supports et à amplifier intensément la concurrence entre les médias. Aujourd’hui, tous les médias (de tous types de supports) doivent être présents sur internet pour survivre. De même, chacun doit se diversifier et utiliser toutes les ressources qu’offre internet pour ne pas se laisser devancer par les autres. Tout cela tend à une uniformisation. Est-ce une bonne nouvelle? Pas pour tout le monde. Tandis que les médias les plus influents (ou du moins les plus subventionnés), comme la RTBF ou France TV, ont de grandes chances de perdurer, les plus fragiles risquent de s’effacer peu à peu. Quant au lecteur, il a le choix : soit il considère que cette uniformisation nuit au pluralisme démocratie, soit il considère que cette “sélection naturelle” permettra d’atténuer l’infobésité d’aujourd’hui.

Texte rédigé par Lucile Jeanniard