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Zoom Sur : Ouest AfriKa Blog, quand les médias traditionnels africains croisent l’innovation

Initié en 2009 par l’ESJ Lille, Ouest AfriKa Blog pourrait se décrire comme un nouvel outil au service des journalistes des radios communautaires francophones d’Afrique de l’Ouest, mais également du public, qu’il soit africain ou plus international. De la formation des professionnels à la diffusion numérique de contenus de proximité, le projet, fondé sur l’essor des nouvelles pratiques journalistiques, tend à encadrer l’intégralité de la chaine de production et de diffusion numérique de l’information hyper locale.

De l’ idée à l’organisation du projet
L’initiative voit le jour en 2009, suite à deux constats. D’un côté, l’Afrique regorgerait de contenu informatif hyper local, diffusé dans le strict cadre intra-communautaire, mais néanmoins extrêmement qualitatif. D’un autre côté, internet et la technologie numérique, déjà utilisés par la plupart des médias de la planète, représenteraient un véritable boulevard sur le monde. Ne restait plus qu’à trouver le moyen de poster cette information hyper locale sur la toile, de manière à élargir son périmètre de diffusion.  Ainsi, les professionnels des radios communautaires francophones d’Afrique de l’Ouest, ont-ils, en tant que premier porte-paroles des populations regroupés en fédérations nationales, été placés au cœur du projet.
Le principe est donc simple : choisir sur concours des journalistes radio, les former aux pratiques multimédias, et ainsi leur donner la possibilité de diffuser leurs productions au-delà des frontières de leurs communautés. De cette idée s’est progressivement construite une véritable organisation. Ouest AfriKa Blog aujourd’hui, c’est 13 journalistes sénégalais, maliens, burkinabè et togolais munis d’appareils photos et d’enregistreurs audionumériques,  mais aussi un blog, opérationnel depuis 2010, qui supporte leurs productions multimédias au contenu hyper-local, une dizaine de partenaires, et enfin, la prochaine entrée de la Côte d’Ivoire dans la danse… le tout diligenté par le désormais célèbre journaliste-blogueur Israël Guébo Yoroba.

« Yoro », au service d’un projet à grande envergure
Ce dernier, choisi par l’ESJ pour l’encadrement du projet au regard de sa passion pour le web, de sa spécialisation en radio lors de son cursus mais également de sa connaissance du terrain de l’Afrique de l’Ouest, n’a pas hésité une seconde avant d’accepter ce nouveau challenge : « je trouvais vraiment dommage que les belles histoires de nos cités restent entre les communautés. On oublie parfois qu’il y a des ressortissants de ces régions qui sont dans la diaspora. On ne pense pas non plus à ceux qui sont étrangers et qui s’intéressent à nos cultures, à notre quotidien. Croiser les radios communautaires avec le web était une excellente idée », raconte-t-il.
Israël, connu pour son large spectre de compétences, trouve ainsi dans sa fonction une manière de les exploiter. C’est lui en effet qui a eu en charge les 3 cessions de formation en écriture web et multimédia des journalistes radio, organisées à Bamako en 2010, à Ouagadougou en 2011, et à Abidjan en 2012. C’est également lui le créateur du blog, dont il assure aujourd’hui  la coordination et l’encadrement éditorial. C’est lui, enfin,  qui établit chaque mois un compte rendu du projet destiné à l’ensemble de ses partenaires. S’il semble aujourd’hui satisfait des résultats obtenus, Israël ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Réjouis de voir que le nombre de visiteurs mensuels, passés de 500 à 2000 en peu de temps, est en constante augmentation, il entend développer davantage cette audience, en créant de nouveaux partenariats. Les sites web d’Orange et d’RFI pourraient ainsi prochainement rejoindre la partie, comme préalable à la monétisation du projet et au début de sa pérennisation.

Les journalistes radio Ivoiriens, lors de leur cession de formation à Abidjan

Des journalistes sur-motivés, le succès au rendez-vous
La satisfaction, les journalistes d’Ouest AfriKa Blog l’éprouvent aussi. Donald Duwani, producteur technicien de Radio Goulou à Pô, dans le sud du Burkina Faso, y anime des émissions en français et également en langues locales. Pour parler du projet, il use d’une poésie propre aux contenus qu’il aime diffuser : « une rosée sur la montagne, un cri d’oiseau dans les bois et une fine poussière sur ta chemisette ; c’est ça aussi l’Afrique. L’Afrique qui chante, mon village au clair de lune… Comment faire voir les joies et les peines de mon village ? » A cette question, le blog a apporté une solution. Solange Koblan, journaliste sur radio Zanzan, vient de rejoindre l’équipe pour la Côte d’Ivoire. Elle, plus pragmatique dans ses propos, fait état des possibilités qu’offre le réseau : écouter son interview

Quelque soit la manière dont ils l’expriment cependant, il ne fait aucun doute que les journalistes engagés dans le projet y trouvent une profonde motivation. Preuve en est, le nombre plus qu’honorable de posts qu’affiche le blog à l’heure actuelle. Avec 250 articles en moins de deux ans, les 13 journalistes (prochainement 22, mais initialement 5), ont su faire preuve d’un immense sérieux dans le rythme de parution, et en assure ainsi l’inévitable succès. En tout état de cause, sur la planète blog en constante extension, rares sont pourtant ceux qui se montrent si innovant, tant dans la forme que dans le fond. Aux plus maladroits qui ne pourraient s’empêcher de pointer le « retard numérique de l’Afrique », Ouest AfriKa Blog pourrait bien clouer le bec.

Texte rédigé par Cerise Assadi-Rochet

Les radios des “sans voix” tournées vers l’avenir

Liées aux radios d’État à leurs origines, puis progressivement décentralisées, les radios communautaires africaines sont devenues le média de ceux que beaucoup appellent les “sans voix”.  La récente réussite de certaines d’entre elles, ainsi que l’intégration progressive de nouvelles technologies de l’information et de la communication dans ces pratiques radiophoniques nourrissent aujourd’hui l’espoir de leur participation active au développement du continent. Contre vents et marées.

Une finalité plus sociale que commerciale

La radio, on le sait, est incontestablement le média le plus répandu sur le territoire africain : les transistors, qui peuvent fonctionner à piles ou à l’énergie solaire, restent peu coûteux pour les populations et donnent la possibilité aux plus petites communautés rurales d’avoir un accès à l’information. Dans le même temps, le nombre important de radios communautaires sur le continent permet d’en couvrir une immense partie, même si leurs transmetteurs ne diffusent souvent qu’à quelques kilomètres. Aujourd’hui, même si le taux de pénétration d’internet sur le continent, et à fortiori au sein de ces radios reste très faible, l’évolution technologique en cours laisse supposer une indiscutable progression de ce média à travers le continent dans les années à venir. Employé pour la recherche d’information, le web pourrait notamment octroyer aux journalistes et animateurs un gain de temps et une importante variabilité des sources, à l’image du réseau de radios communautaires sud-africaines SACRIN, connecté à internet depuis le début des années 2000.

Non lucratives et poursuivant un objectif de transformation sociale, les radios communautaires prennent souvent l’aspect d’un outil pédagogique au service des populations. Plusieurs centaines de ces radios émettent à l’heure actuelle des contenus extrêmement diversifiés : musique, actualité, ou encore conseils pratiques pour toutes les questions touchant à la vie quotidienne des membres de la communauté d’auditeurs, sont diffusées sur les ondes locales, voire, micro-locales du continent africain.

Contemporaines de l’émergence d’une nouvelle problématique liant démocratie, participation des populations et expansion économique, les radios communautaires apparaissent en Afrique au cours des années 80. Ce type de radio est généralement créé et animé par des membres de la communauté à laquelle les programmes seront destinés. Dès lors, la radio appartient à cette communauté, et lui donne la possibilité de faire quelque chose pour elle-même, en permettant aux auditeurs de s’exprimer à propos de toutes les questions qui les concernent.

Le statut associatif : à la fois clé de voute et gangrène des radios communautaires

Considérées comme des instruments privilégiés de la constitution d’un espace public africain, les radios communautaires revêtent un statut associatif à but non lucratif, qui les rend autonomes et indépendantes du pouvoir politique et des médias nationaux d’État. Elles sont, pour la plupart, financées par le secteur associatif dès lors que leur contenu en recoupe les objectifs : organisations non gouvernementales, fondations, donateurs, ou encore congrégations religieuses leur apportent leur soutien tant budgétaire que dans leur programmation.

Pourtant, alors que tous les observateurs du monde africain s’accordent sur les vertus de ce média, l’AMARC (association mondiale des radiodiffuseurs communautaires) appelle régulièrement à plus d’engagement de la part des ONG et des diffuseurs eux-mêmes. En effet, si ces radios paraissent -sur le papier- caractérisées par leur utilité et leurs louables aspirations, la réalité des faits prouve que leurs principales missions sont encore bien souvent teintées d’échecs. De nombreux bailleurs de fonds investissent en effet de façon conséquente lors de la création des radios, mais abandonnent aussitôt leur financement, laissant alors les diffuseurs sans ressource, et tuant dans l’œuf des projets qui viennent à peine d’éclore. Qui plus est, si les gouvernements africains apportent à première vue leur soutien à ces espaces publics locaux ou micro-locaux, il n’en reste pas moins que ces médias ne sont, à l’heure actuelle, protégés par aucune loi, et que les autorisations d’émettre sont généralement toujours distribuées au compte-gouttes par les autorités.

Succès et espoirs

Malgré des désenchantements, l’espoir de l’appui au développement suscité par les radios communautaires subsiste, notamment grâce aux résultats obtenus en la matière. Au delà des déceptions, le concept compte en effet d’innombrables succès, ces dernières années. Au Mali, qui abrite l’un des réseaux les plus importants du continent, la Radio Benso a permis dès sa création en 1999 une meilleure intégration des populations agricoles du sud à leur pays. Alors qu’il leur est impossible d’avoir techniquement accès aux médias nationaux, ces dernières étaient jusqu’alors condamnées à s’informer par le biais des médias ivoiriens, comme en témoignait en 2005 un auditeur de Kolondieba, communauté de cultivateurs de coton : “à présent nous pouvons nous tenir au courant de ce qui se passe ici. Nous obtenons des informations sur l’industrie cotonnière. Nous pouvons faire passer des annonces à la radio pour informer les membres de notre famille des faits importants. Nous pouvons écouter la musique de notre village.”  Autre exemple en Zambie, où l’émission Kumuzi Kwathu -”dans notre village”- d’une radio financée par l’USAID, suivie  par quelques 600 000 auditeurs, aborde chaque semaine les thèmes de la santé et de la reproduction. Progressivement, ce programme est entre autre parvenu à transformer la manière de procéder des accoucheuses de la communauté, pour une meilleure prévention des infections.

Certaines radios communautaires africaines parviennent même à atteindre une certaine pérennité économique. C’est le cas de la radio sud-africaine de Soweto, pour laquelle les bailleurs de fonds ont peu à peu laissé place aux annonceurs publicitaires. Des exemples récents qui pourraient rapidement être suivis par d’autres pour parvenir à placer l’accès à l’information au cœur du développement.

Texte rédigé par Cerise Assadi-Rochet