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Liberté d’expression

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Le journalisme hyper local en Afrique de l’Ouest

Il faudra désormais compter avec l’Afrique dans le développement mondial de l’information hyper locale. Pourtant, l’hyper local  à « l’africaine » est, en de nombreux points, différent des autres. Focus sur Avenue Afrique.

Depuis plusieurs années déjà, l’information hyper locale se développe à travers le monde et notamment aux Etats-Unis où le New-York Times fut l’un des pionniers en la matière, en créant The Local-The New-york Times afin de diffuser les informations de deux grands quartiers de la Grosse Pomme : East Village et Fort Greene.
Le développement de l’hyper local répond à une demande accrue, de la part des citoyens, pour une information de proximité, une information les touchant directement. Par ailleurs, si certains médias, notamment en Amérique du nord, utilisent la presse papier pour développer l’hyper local, la plupart font appel au blocable. A savoir, l’hyper local via les blogs. Les Etats-Unis, l’Europe, l’Asie se sont mis à l’hyper local. Ne manquait plus que l’Afrique.

En février 2009 est née l’association Avenue Afrique. Cette association via son blog décomposé en ’avenues’, tente de traiter les sujets liés aux capitales d’Afrique de l’Ouest. Le lancement s’est effectué avec la création de l’Avenue 225-Abidjan (Côte-d’Ivoire). Plus tard, naîtra l’Avenue 223 –Bamako (Mali), l’Avenue 221-Dakar (Sénégal) puis l’Avenue 226-Ouagadougou (Burkina Faso). La dernière avenue lancée est la 224 consacrée à Conakry, la capitale guinéenne.

On l’aura compris, l’hyper local africain répond à une logique totalement différente des autres. Plus précisément, le projet est contraire à l’hyper local européen et américain. Là où, en Occident, on recherche une information précise, distincte selon les zones géographiques, Avenue Afrique propose, elle, une centralisation de l’information des grandes capitales d’Afrique de l’Ouest.
A l’heure où les pays des ex-AOF et AEF- bref les ex-colonies françaises d’Afrique de l’ouest- désirent adopter une monnaie commune en remplacement du Franc CFA, Avenue Afrique participe à cette volonté de réunion de ces pays, via son blog.  Avenue Afrique, à son échelle, à sa manière, diffuse l’idée d’une Afrique de l’Ouest unie. Unie dans son combat pour le développement économique, unie dans son désir de plus de démocratie etc.

Par ailleurs, Avenue Afrique, participe à la promotion des nouveaux systèmes d’information sur le continent noir. Les journalistes professionnels, en encadrant et ouvrant la pratique des nouveaux médias aux citoyens désireux de prendre part au projet, permettent le développement et la massification des nouvelles pratiques journalistiques en Afrique de l’Ouest.

Enfin, dans une région du monde où l’information est relativement contrôlée par les pouvoirs publics, Avenue Afrique est une fenêtre d’expression libre du citoyen face à la presse d’Etat où les journalistes et les personnalités politiques se côtoient de… très près.  Cette information citoyenne encadrée par de nombreux professionnels, prend donc ici toute son importance. Elle est également une réponse à certains blogs et sites internet créés par la diaspora africaine en France, en Belgique, au Canada, au Etats-Unis, parfois très dévouée, mais trop éloignée géographiquement de ses sujets d’études pour pouvoir être totalement objective.

Texte rédigé par Giovanni Djossou

Portrait : Basile Niane, journaliste, blogueur, passionné, engagé

Journalisme et blogging : deux activités qui se croisent, se rencontrent, se chevauchent, sans jamais véritablement se confondre. En Afrique, nombreux sont ceux qui exercent cette double fonction. Basile Niane est l’un d’entre eux. A 28 ans, ce jeune Sénégalais a fait ses galons sur les radios Sud FM et Océan FM. Il est à présent chroniqueur TIC sur la RTS, blogueur de renom sur le MondoblogRFI, coordinateur du projet avenue221, et travaille également pour le premier portail d’informations sénégalais : www.seneweb.com. Un emploi du temps chargé qui n’a pas empêché Basile d’accepter l’entretien proposé par Horizons Médiatiques – Edition Afrique. Avec nous, il revient sur les caractéristiques de ses deux métiers, mais également sur l’espoir que génère la blogosphère pour l’enracinement de la démocratie dans son pays.

Cerise Assadi Rochet pour Horizons Médiatiques : Basile, je crois savoir que vous avez suivi des études d’informatique, avant de vous diriger vers le journalisme. Qu’est-ce-qui a motivé cette orientation ?
Basile Niane : Je suis journaliste par passion. J’adore raconter des histoires, et également découvrir des choses, notamment par le biais de mes voyages. Petit, lorsque je regardais la télévision, je rêvais de reconnaissance publique. Selon moi, seul le journalisme pouvait me permettre de lier toutes ces choses. C’est ainsi que j’ai opéré mon choix de carrière.

CAR pour HM : Depuis combien de temps bloguez-vous, et pourquoi ?
BN : Je blogue depuis plus de 10 ans. J’ai commencé sur des blogs tels que Skyrock, avant de progressivement me professionnaliser, en créant un blog sur lequel je pouvais raconter mes propres histoires. C’est une passion, et également un bon moyen de faire partager mes connaissances.

CAR pour HM : Considérez-vous que le blog est un espace d’expression plus libre que la presse traditionnelle. Est-ce pour cela que vous bloguez ?
BN : Oui, exactement. Quand je travaillais à la radio, et que je réalisais des reportages, il m’arrivait de garder certains éléments, pour les partager avec les internautes. On est forcément plus libres sur la toile que dans le mode réel. Et c’est l’une des raisons pour lesquelles je blogue.

CAR pour HM : Au vue de la situation politique du Sénégal, pensez-vous que les blogs ont joué un rôle important dans l’enracinement de la démocratie dans votre pays ? Sont-ils en ce sens porteurs d’un espoir quelconque ?
BN : Je crois qu’une nouvelle génération passionnée de nouvelles technologies voyage à travers le monde. Tout a démarré avec les printemps Arabes. Aujourd’hui, notre pays n’est pas en reste. Pour la première fois dans l’histoire du Sénégal, le net a joué un rôle très important dans une élection présidentielle. Les blogueurs ont su utiliser toutes les possibilités offertes par les réseaux sociaux, à l’image de sunu2012.sn, et #sunu2012. Aujourd’hui, le fait que les chaînes de télévisions elles-mêmes se basent sur le travail des blogueurs pour diffuser des informations via les réseaux sociaux est évidemment la preuve qu’une nouvelle pensée est née. Avec les blogs, l’information n’appartient plus seulement aux hommes de médias, mais peut-être le fruit de chaque personne, à l’échelle mondiale. Cela n’enchante d’ailleurs pas tout le monde…

CAR pour HM : Qui sont les lecteurs des blogs au Sénégal ?
BN : Les lecteurs des blogs sont généralement des internautes avisés. Si on veut être réaliste, il faut dire qu’ils appartiennent le plus souvent à une élite. Malgré tout, beaucoup de ces internautes ne prennent pas encore les blogueurs au sérieux : pour certains, ils ne sont que jeunes passionnés qui racontent leur vie sur la toile. C’est bien dommage, car force est de constater que les journalistes eux-mêmes s’intéressent aujourd’hui davantage aux blogs qu’à la presse traditionnelle. Ce sont, à mon avis, les blogueurs qui diffusent les bons messages, et la juste information.

CAR pour HM : Le fait que le blogging permette l’expression d’un journalisme engagé pourrait paraître paradoxal. Ne pensez-vous pas au contraire que le journaliste, quel qu’il soit, doit se limiter au faits, en les racontant de façon neutre et objective ?
BN : A l’inverse, le blogging est d’abord une liberté d’expression. Le blogueur doit être libre d’exprimer ses opinions sur la toile. Idem pour le journaliste, à ceci près que ce dernier est astreint à une certaine éthique déontologique. Mais il a le droit, selon moi, de se positionner et d’assumer ses écrits en utilisant son blog à des fins d’expression.

CAR pour HM : Dernière question, un peu indiscrète, gagnez vous financièrement votre vie grâce au bloging ?
BN : Je suis catégorique : le blogging ne me permet pas de vivre comme je veux ! Je gagne ma vie car je suis avant tout journaliste. Je travaille, j’arrive à gagner un peu d’argent avec des formations aux NTIC. Mais bloguer ne nourrit pas son homme. Peut-être qu’avec le temps, les choses vont changer…

CAR pour HM : Merci Basile, et bonne continuation à vous.

Propos recueillis par Cerise Assadi-Rochet

L’Océan Indien à l’heure du média participatif

Les médias papiers n’ont plus vraiment le monopole de l’information de nos jours, ils laissent progressivement la place aux plateformes internet. Au cœur de l’Océan Indien, le site Exprimanoo.com permet aux internautes d’être les seuls acteurs de l’actualité, proposant ainsi une alternative à l’information formatée des médias officiels. Un pari réussi pour le site, qui s’est aussi lancé dans une version papier.

Alors que le monde connaît une période de mutation accélérée des médias depuis l’émergence du numérique, des médias sociaux et citoyens fleurissent un peu partout sur la toile. Le 1er octobre 2008, le site Exprimanoo a vu le jour au sein de la Réunion, Madagascar, les Comores, les Seychelles, Maurice, ainsi que des départements d’outre-mer français.

Ce site d’information présente une particularité : les rédacteurs sont simplement des citoyens indépendants. Après une inscription gratuite, les internautes peuvent publier librement en français, anglais ou créole les articles de leur choix. Une initiative ambitieuse et originale qui permet aux personnes du monde entier de s’alimenter en actualités sur l’Océan Indien. A l’heure où certains pays imposent une censure chronique sur la presse locale, Exprimanoo constitue un espace d’expression libre, à la fois pour les citoyens et les journalistes de ces Etats insulaires, qui peuvent si ils le souhaitent déposer leurs papiers sous couvert d’anonymat. Chaque article publié est validé au préalable par un rédacteur en chef.

Exprimanoo constitue le premier media participatif de l’Océan Indien. L’intérêt des lecteurs et des rédacteurs ont permis la création d’une version papier dont le premier exemplaire est sorti le 1er avril 2009 sur l’île de la Réunion. L’édition mensuelle comprend une sélection des articles les plus lus par les internautes. Il s’agit du premier journal gratuit de la Réunion et du premier média participatif national papier dans ce pays de l’Océan Indien. Une avancée spectaculaire pour tous ceux qui ont des choses à dire.

Exprimanoo offre donc aux citoyens du monde une nouvelle façon indépendante de s’informer sur l’actualité de l’Océan Indien. Car ce qu’il y a de bien sur internet, c’est que la libre expression n’a pas de frontière.

Texte rédigé par Amandine Fournier

Le web, un refuge pour les journalistes grecs

Internet est bien souvent considéré comme un lieu où la liberté d’expression règne en maître. Et pour preuve, que ce soit les indignés, les manifestants du printemps arabe ou encore les hackers d’Anonymous, tous s’organisent et s’expriment plus librement grâce au web. Il est donc évident que ce nouveau média joue aujourd’hui un rôle d’alternative aux gros groupes de presse. Et le cas de la Grèce en est une nouvelle preuve : les journalistes se replient peu à peu sur le web pour pouvoir exprimer leurs idées plus librement, sans subir la censure de l’Etat en crise.

Mercredi dernier, 3 pays européens ont été épinglés par la Commission Européenne pour le manque de liberté et de pluralisme de leurs médias : la Hongrie, pas étonnant après la nouvelle loi sur la presse de Viktor Orban; l’Italie, pas très surprenant non plus étant donné que Silvio Berlusconi avait la main sur la plupart des médias; et la France, suite au nouveau pouvoir conféré au Président de la République qu’est la nomination du président de France Télévisions (un droit mis en place par Nicolas Sarkozy lui-même…). Curieusement, la Grèce ne fait pas partie de ces pays rappelés à l’ordre par l’Union Européenne… Et pourtant, les journalistes grecs eux-mêmes auraient certainement trouvés de très bonnes raisons pour cela. Explications.


« Je suis une journaliste licenciée, parce que je suis une journaliste qui aime parler librement » : le 18 octobre 2011 lors d’une manifestation qui avait rassemblé 2000 journalistes dans les rues d’Athènes (AFP)

Les journalistes grecs frappés de plein fouet par la crise
Depuis plus de deux ans maintenant, la Grèce connait une grave crise économique liée à sa dette colossale. Et l’un des premiers secteurs à être touché par cette crise se trouve être celui des médias grecs.
“La crise économique et financière a mis à jour les faiblesses et les pratiques d’un marché médiatique tronqué. Sous-capitalisés et artificiellement soutenus, les groupes de presse menacent de s’écrouler, voire de complètement disparaître. Aux mains de quelques armateurs et de grands entrepreneurs, la presse connaît des vagues de licenciement qui renforcent la précarisation des journalistes.”
Rapport de mission de Reporters Sans Frontières (septembre 2011)

Frappés à la fois par le chômage et les accusations violentes des manifestants grecs, les journalistes ont la vie dure dans ce pays en crise. En effet, au delà du fait que des centaines d’entre eux se retrouvent aujourd’hui sans emploi (une situation que cette profession n’est malheureusement pas la seule à endurer dans ce pays), les journalistes grecs incarnent pour beaucoup des marionnettes au service du pouvoir. Et pour cause : jusqu’au début de cette crise, une grande complicité existait en Grèce entre le monde politique et les médias détenus par de riches entrepreneurs. Pour obtenir des faveurs de la part des hommes politiques, les riches propriétaires des médias grecs étaient prêts à oublier totalement le rôle premier de la presse et son indépendance : ils offraient alors aux politiciens qui le souhaitaient une très grande visibilité dans les médias. La rentabilité des entreprises de presse n’était donc en rien la priorité de leurs propriétaires qui se servaient des médias comme d’un moyen pour arriver à des fins personnelles et non comme d’un moyen de diffusion d’une information indépendante. Les médias grecs étaient donc loin de jouer leur rôle de quatrième pouvoir : ce système de connivence était maintenant installé profondément depuis plusieurs années. À tel point qu’aujourd’hui, les licenciements ou les baisses de salaire sont fréquents puisque la plupart des entreprises de presse sont déficitaires. Mais si encore il n’y avait que cette conséquence économique… Car les slogans anti-journalistes des manifestants et les violences perpétrées contre les reporters se multiplient également dans le pays.

“Les reporters de terrain couvrant ces évènements se trouvent désormais entre deux feux. D’un côté la répression policière s’abat sur eux de plus en plus durement afin de décourager la publication de ses excès et, de l’autre, des manifestants violents voient en eux les symboles de la désinformation. Les cas de journalistes souffrant de blessures sérieuses se multiplient comme celui de Manolis Kypraios qui a définitivement perdu son ouïe suite à l’explosion d’une grenade assourdissante de la police.”
Sur le blog de Nikos Smyrnaios, théoricien grec des nouveaux médias

“La crise, une occasion de changer de journalisme?”
(Nikos Smyrnaios, sur son blog)
Face à cette double difficulté (économique et idéologique), les journalistes grecs tentent tant bien que mal de réagir. Les grèves et les manifestations de journalistes se succèdent, plongeant la Grèce dans des journées entières sans informations. Le 18 octobre 2011 était par exemple l’une de ces journées : environ 2000 journalistes ont alors manifesté dans les rues d’Athènes contre la hausse du chômage qui touche le secteur médiatique grec et le projet de loi prévoyant de nouvelles mesures d’austérité voté deux jours plus tard. Autre exemple, celui de la grève à la chaîne de télévision privée Alter :

La chaine de télévision Alter est occupée par ses salariés depuis plusieurs semaines pour réclamer des impayés à la direction. Cette chaîne a fonctionné pendant des années avec des dettes colossales qui ont atteint les 500 millions d’euros sans être inquiétée, profitant d’un échange de bons services avec le personnel politique. (…) Ses salariés occupent l’antenne et l’utilisent pour dénoncer les pratiques douteuses du propriétaire et pour diffuser leurs revendications auprès de la population.”
Nikos Smyrnaios, sur son blog

Mais au delà de ces modes d’action traditionnels que sont la grève et la manifestation, les journalistes grecs se réfugient également peu à peu sur le web et redécouvrent une liberté d’expression longtemps laissée pour compte dans leur pays. Les blog collectifs se multiplient sur internet : les journalistes grévistes ou licenciés s’y réunissent afin de se réapproprier leur métier à travers un moyen d’information qu’ils ont eux-mêmes créé et sur lequel ils parlent de ce que bon leur semble en toute liberté. Parmi ces blogs, on trouve par exemple celui des grévistes de la chaîne Alter, celui de journalistes au chômage, ou encore Eleytherotypia, “Le blog des représentants des journalistes de la liberté de la presse”.


Page d’accueil du blog des journalistes grévistes de la chaîne Alter

Malgré tout cela, pour Reporters Sans Frontières, les journalistes grecs semblent très pessimistes quant à l’avenir de leur profession :

“Reconnaissant une augmentation et une généralisation de l’autocensure, ces derniers témoignent d’un très grand pessimisme pour l’avenir de leur profession. Si la blogosphère offre un espace d’expression beaucoup plus libre et un antidote temporaire à l’autocensure, elle ne représente pas pour autant une alternative économiquement viable qui permettrait de rompre avec les usages désastreux mis en place au cours des vingt dernières années.”
Rapport RSF (sept. 2011)

Mais si les journalistes grecs ne croyaient plus réellement en l’avenir de leur profession, peut-être ne se mobiliseraient-ils pas autant, que ce soit par les manifestations ou par le web. Peut-être seraient-ils déjà résignés. Même si, comme le dit ce rapport de RSF, la blogosphère n’est qu’une solution temporaire pour aider les journalistes grecs à faire face à la crise économique, il semble tout de même peu probable que le journalisme grec redevienne ce qu’il était avant la crise, une fois celle-ci terminée. Internet sera certainement devenu un média incontournable en Grèce suite à cela : la liberté d’expression permise par le web sera sans doute difficile à faire oublier aux journalistes grecs qui y auront goûtée durant la crise. Ainsi, il semble fort probable que le système médiatique grec soit revu en profondeur dans les années à venir.

Texte rédigé par Lucile Jeanniard