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Journalisme web

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Journalisme web : la collecte de l’info à l’heure du Crowdsourcing

Derrière ce terme abscons se cache une pratique de plus en plus répandue dans la sphère journalistique. Son caractère attractif en terme de créativité mais surtout, en terme de rentabilité, y est certainement pour quelque chose. Qu’est-ce que le crowdsourcing ? Dans quelles mesures cette activité représente-t-elle une aubaine pour la pratique du journalisme ? Quelques pistes pour mieux comprendre.

Le principe

Littéralement, le crowdsourcing est l’ “approvisionnement par la foule”. Depuis quelques années maintenant, cette pratique connaît un succès grandissant dans des domaines aussi variés que l’encyclopédie, la publicité, ou encore – et c’est ce qui nous intéresse ici – le journalisme web. Généralement, on parle de crowdsourcing lorsqu’une entreprise fait appel au public pour l’aider à alimenter son contenu. Dans le cas du journalisme web, cela se manifeste par l’implication des internautes dans la recherche d’informations et dans la rédaction d’articles pour un site Internet d’infos.

Quels apports pour le journalisme ?

En faisant appel aux services des internautes, les journalistes démultiplient leurs possibilités de création. Ils peuvent ainsi élargir leur propos puisque  les participants sont amenés à alimenter le contenu avec leurs connaissances et compétences personnelles spécifiques. Ils peuvent également dénicher de nouveaux sujets grâce aux suggestions des volontaires. Dès lors, les journalistes peuvent se targuer de fournir une information plus complète car riche des ressources et des témoignages des internautes. On connaît tous l’exemple du témoin d’une scène inédite (incendie, catastrophe naturelle, etc.) qui envoie une vidéo amateur à un média en vue de sa diffusion.

Le crowdsourcing en Europe 

Si le Vieux Continent est encore en retard par rapport à son voisin américain, il compte à son actif un panel intéressant d’entreprises médiatiques investissant dans le crowdsourcing. Le succès de certains pures players dans cette région du globe en est un exemple frappant : Owni, Agoravox ou encore Rue89 pour n’en citer que quelques uns. Certaines entreprises appelées microstocks, comme Fotolia, pratiquent le crowdsourcing pour collecter des images. Plus original encore, OpenStreetMap (à vocation internationale) s’attelle à récolter les donnés cartographiques des internautes du monde entier. Le site possède aussi un portail francophone. Enfin, les wikis (Wikipedia en 1er) sont un bel exemple de la portée du crowdsourcing.

Source : Irevoluion.net

Cette pratique s’inscrit donc de plein pied dans la mutation des pratiques journalistiques. A l’heure où la convergence vers le numérique donne la part belle aux médias participatifs, force est de constater que les frontières entre journalistes professionnels et internautes amateurs sont parfois floues. Le crowdsourcing remettrait-il en cause la hiérarchie traditionnelle (pros > amateurs) ? Si la question reste ouverte, une chose est sûre en revanche, c’est une méthode très rentable.

Quoi qu’il en soit, le crowdsourcing me semble intéressant dans la mesure où il est révélateur d’une certaine prise de confiance des médias vis à vis du public. En choisissant d’impliquer les citoyens lambdas dans le processus de recherche, collecte et rédaction de l’information, les entreprises qui “crowdsourcent” participent à la démocratisation de la diffusion de l’info et en cela, se rapprochent un peu plus de leur cible.

A noter

Le néologisme “crowdsourcing” a été inventé par l’Américain Jeff Howe, également éditeur du site wired.com. Dans cette vidéo, il explique quels sont les rudiments de cette activité.

Texte rédigé par Marilyn Epée

Le journalisme web, l’avenir du papier?

Métro Montréal est un journal bien dans son temps. Né il y a dix ans sur le papier, le média développe depuis 2008 une plateforme d’information sur internet. Rencontre avec l’équipe web du journal pour savoir ce que ce bouleversement a changé dans leur quotidien et leur vision du journalisme.

Tous les matins, dès 4 h du matin, les lecteurs peuvent, à chaque coin de rue et devant chaque bouche du métro montréalais, assouvir leur soif d’information grâce aux nouvelles qu’ils lisent dans le quotidien gratuit Métro. Les plus interactifs peuvent pourtant, et depuis 2008, lire ces infos sur la Toile, la veille. La raison de ce prodige? Une équipe de journalistes web assez réactive.

Et Dieu créa le Web journalisme
L’intrusion du Web dans le journalisme est la principale innovation qui a touché la profession au courant des années 2000.
«Il y a un coté gestion chez le journaliste web que n’a pas forcement le journaliste traditionnel, affirme Audrey Lavoie, journaliste web. Et il y a la rapidité. On ne travaille pas pour le journal de demain mais pour l’immédiat.»
La promotion de ses articles sur les réseaux sociaux et les échanges interactifs entre professionnel est une donnée qui paraît aujourd’hui très banales mais qui, il y a dix ans, n’étais pas du fait des journalistes.
Pour Christian Duperron, directeur des plateformes interactives, le passage au numérique a révolutionné son mode de travail. «Au départ, j’étais journaliste papier. La transition s’est faite quand on a crée un site web pour accompagner le format papier. Tout cela a changé notre rapidité d’exécution.»
Il est désormais primordial d’avoir l’information le plus rapidement possible, de les construire très vite et de la mettre en ligne alors même qu’elle n’est pas achevée, selon le journaliste. La règle principale demeure la rapidité.
Pour autant, le journalisme Web, ce n’est pas seulement rajouter des liens hypertextes à un papier. «Je suis tanné d’entendre les gens dire qu’il faut rajouter des vidéos et des hyperliens. Nous sommes en 2012. Le web journalisme, se n’est pas écrire comme en 1992 et rajouter un lien, C’est une manière de penser, c’est aussi faire les choix des intervenants grâce au support.»

Allier les supports en les différenciant
Est-ce qu’avoir un site internet, ce n’est pas juste un gadget qui répète les informations déjà présentes sur les pages du journal?
Pas tout à fait pour Rachelle McDuff, co-directrice de l’information.
«Chez Métro, nous traitons nos deux supports comme deux médias très différents. Certains articles ne vont que sur le web, d’autres ne font l’objet que de brèves sur le papier et sont davantage développés sur internet. L’information ne prend pas la même forme d’un format à l’autre.»
Autre différence, le site web se focalise sur l’hyperlocal alors que la version papier est plus généraliste. Metro essaye de toujours illustrer ce qui se passe à Montréal au même moment sur sa page d’accueil.

Le numérique va-t-il tuer le papier?
«À court terme, il est clair que le le web ne tuera pas les journaux physiques, explique Audrey Lavoie. Mais a long terme le support électronique devrait prendre davantage de place, notamment avec la popularité des tablettes. »
Cela dit, un journal comme Métro n’a de sens que sur papier puisque c’est un journal de transport, un canard distribué aux passants.
Perdre les journaux tel que nous les connaissons aujourd’hui, c’est perdre la relation privilégiée et tactile qu’on lie au papier, celle du café accompagné du froissement des feuilles, affirme la journaliste de Métro qui reconnaît pourtant s’informer principalement sur le web.
Pour d’autres membres de l’équipe, la cohabitation entre les deux formats est possible et le journal Métro en est le bel exemple. « On lie de plus en plus de liens entre les supports et les plateformes, mais certaines choses ne seront jamais vraiment «web friendly», affirme Anicée Lejeune, une autre journaliste web de la rédaction.

La nostalgie du Papier
Anicée redoute la disparition du papier avec lequel elle a grandit et avec lequel elle a commencé sa carrière. «Je serai toujours une journaliste papier dans l’âme», confie la journaliste.
«Si nos journaux papier venaient à disparaître, je serai forcement nostalgique, mais j’ai quand même espoir dans les possibilités qu’offre les tablettes et leur portabilité. Rien ne remplacera le sentiment de lire un journal papier. Pour autant, la nostalgie ne s’entend que pour ceux qui ont grandit avec le papier. Mon fils ne sera surement pas nostalgique du papier si il venait a disparaître », conclut le directeur des plateformes interactives de Métro.

L’équipe du Journal Métro Montréal

Texte rédigé par Maxence Knepper

Entretien avec Théodore Kouadio : Fraternité Matin à l’heure du Web

C’est dans les locaux de FratMat.info, version web du quotidien généraliste ivoirien Fraternité Matin, que j’ai rencontré  M. Théodore Kouadio, lauréat du prix Lorenzo Natali en 2010 ainsi que celui de meilleur journaliste dans l’espace CEDEAO (Afrique de l’Ouest) en 2008. Consultant pour la Fédération Internationale des Journalistes et à la tête de FratMat.info depuis sa création en 2004, M. Kouadio nous livre son analyse sur le développement de l’information web à Fraternité Matin et nous donne ses impressions sur l’adaptation des journalistes du continent, aux nouvelles pratiques journalistiques.

Giovanni Djossou : Comment Fraternité Matin, l’un des plus anciens quotidiens du pays (1964) et le plus populaire, s’est-il adapté à l’arrivée de l’information via internet ?
Théodore Kouadio : Quand je suis arrivé pour diriger FratMat.info, au début, on m’appelait « le virtuel » ou encore « Monsieur www ». Il faut savoir qu’il y a une certaines imperméabilité, une grande dichotomie, entre la rédaction print et la rédaction web. Encore aujourd’hui, je sais que quelques rédacteurs « papiers » pensent qu’ici on ne fait rien. D’ailleurs beaucoup de ces rédacteurs ne vont pas eux-mêmes sur le web.

G.D : Comment fonctionne FratMat.info ?
T.K :
Il faut d’abord savoir que nous sommes totalement indépendants de la rédaction print. On publie nos propres articles. On met la version papier à disposition en pdf et nous la faisons payer 1€. Le reste du site est totalement gratuit.

G.D : Combien d’articles publiez-vous par jour ? Combien de visiteurs ?
T.K :
On travaille à flux tendus. 10 articles par jour comprenant papiers d’actualité, features etc. Quant aux visiteurs, on en a quelques 3000 par jour mais ce qui compte c’est plutôt le nombre de pages lues. C’est beaucoup plus révélateur. Cela nous donne une idée du temps que passent les lecteurs sur le site. Par exemple, entre le 22 janvier et le 22 février 2012, on a 225 000 pages lues. C’est considérable.

G.D : Qu’est-ce que le format en ligne apporte de plus au Groupe Fraternité Matin ?
T.K :
Pour l’entreprise je ne sais pas. Pour nos lecteurs en revanche, je sais que nous apportons beaucoup. L’espace et le temps sont supprimés. La version print doit attendre le lendemain pour donner l’info du jour et elle n’a qu’une diffusion domestique. Et encore, les livraisons dans l’intérieur du pays sont telles qu’il y a parfois un ou deux jours de décalage. Avec le site web, c’est de l’information instantanée que l’on délivre dans 105 pays.
Au début du site, il y a 7 ans, les Ivoiriens ne représentaient que 4% de nos lecteurs à travers le monde. Aujourd’hui, le taux a grimpé jusqu’à 12%. Cet élément est révélateur de la transformation de la société. Chez nous ce n’est pas comme pour vous en France. Les étudiants ne peuvent pas s’acheter d’ordinateurs personnels. Ceux qui surf régulièrement sur le net ce sont les cadres, les professions libérales et les fonctionnaires.
Enfin, le dernier avantage, c’est que l’on reçoit des retours sur nos articles grâce aux commentaires, choses qui ne sont pas possibles avec le journal papier.

G.D : Fraternité Matin est LE journal principal de Côte-d’Ivoire, comment ses rédacteurs s’adaptent aux nouvelles pratiques journalistiques ?
T.K :
Les rédacteurs n’utilisent pas cela ici. Ils sont assez réfractaires aux nouvelles technologies. On a des responsables qui n’ont jamais touché un clavier ! Certains ont un ordinateur mais c’est comme un bijou. Il est là, et ils le contemplent.
Quand je suis arrivé ici, on écrivait encore les articles à la main et c’est un autre organe qui saisissait le tout sur ordinateur !
G.D : Qu’en est-il des réseaux sociaux et des blogs ?
T.K :
Facebook, Twitter et autres, nous les utilisons très mal. Je ne parle pas de la rédaction en particulier, je ne connais pas leur pratique sur le sujet. Je parle des Ivoiriens en général. Ici, on analyse tout avec le prisme politique, donc rien que votre vrai nom sur Twitter peut vous amener des conflits. Ces réseaux sociaux sont de nouvelles tribunes politiques. Il faut faire très attention. D’un point de vue personnel, même si j’ai un compte Facebook, je n’aime pas trop l’utilisation que les gens en font. Dévoiler sa vie de la sorte. Ça manque de pudeur.
Quant aux blogs, je trouve qu’ils ne respectent pas forcément les critères du journalisme. Les blogs qui ne sont pas tenus par des journalistes me laissent perplexe. Je suis pour le journalisme citoyen, mais il faut qu’il soit réglementé. Il y a des limites à ne pas franchir. Le journaliste internalise la notion de responsabilité, chose que ne fait pas toujours le citoyen.

G.D : Que pensez-vous du développement de l’information, via le net, en Côte-d’Ivoire et plus largement, dans la sous région de l’Afrique de l’Ouest ?
T.K :
Le taux de pénétration est élevé en Côte-d’Ivoire. Bien plus que dans la plupart des pays du continent. Le seul problème c’est le débit. Celui qui connaît la Côte-d’Ivoire sait qu’il y a quand même de gros progrès qui ont été fait. Il y a 5 ans, pour télécharger une photo et l’envoyer cela prenait une éternité. Aujourd’hui c’est un peu plus fluide. Mais la connexion haut débit reste réservée aux habitants d’Abidjan et des alentours.
Plus généralement, les Ivoiriens se sont bien adaptés aux nouvelles technologies. Beaucoup ont un, deux, voire trois téléphones avec internet. La Côte-d’Ivoire a 22 millions d’habitants, pour 12 millions de téléphones portables. C’est considérable pour un pays pauvre. Beaucoup ont aussi des Ipad2.

G.D : En France, en Occident de manière générale, la presse papier est très clairement menacée par l’information internet. On en est encore loin en Côte-d’Ivoire n’est-ce pas ?
T.K :
Oh que oui ! On est attaché au papier, c’est culturel. Cela ne vaut pas que pour la Côte-d’Ivoire mais pour toute l’Afrique. On ne fait pas de virements bancaires, par exemple. On veut pouvoir palper les billets. C’est pareil pour la presse. De plus, le taux d’alphabétisation étant faible, les gens ont déjà du mal à acheter le journal papier alors ils ont encore moins le réflexe internet.

G.D : Dans ce cas, quel est l’intérêt pour Fraternité Matin d’avoir une version web ?
T.K :
Ce n’est pas parce qu’il fait chaud qu’on ne va pas porter de costume ! Le net c’est l’avenir ! Il faut imposer le changement, créer le besoin. On est le seul journal en ligne adossé à un groupe de presse en Côte-d’Ivoire. On fidélise. Comme je vous l’ai dit tout à l’heure, la part des Ivoiriens dans nos lecteurs du net, progresse d’année en année.

G.D : Quels sont les projets de développement de FratMat.info ?
T.K : On a gagné en notoriété, notamment grâce à mon prix Lorenzo Natali, glané en 2010. Il faut transformer le succès éditorial en succès commercial. On a de la pub mais pas comme on le souhaiterait.

G.D : Que pensez-vous des pure players ? Plus généralement, que pensez-vous du fait qu’un journal ne se trouve exclusivement que sur le net et que la quasi-totalité de son contenu soit payante ?
T.K :
C’est une bonne chose. Comment vous payez vos journalistes sinon ? Regardez France Soir ! On tend tous vers cela. Il faut se mettre dans la tête que le journalisme c’est aussi du business. D’ailleurs vous qui êtes étudiant en journalisme je vous le dis : on peut se faire de l’argent dans ce métier. Il faut arrêter de croire que l’on fait un sacrifice financier lorsque l’on embrasse la carrière de journaliste. Oui, vous ne serez pas multimillionnaire, certes. Cela dit, si vous faites votre métier avec sérieux et professionnalisme, si vous vérifiez vos sources, si vous relatez ce que vous voyez et non ce que vous voulez voir, vous réussirez. Parce que, nouvelles technologies ou pas, la base du journalisme ça reste la déontologie et la véracité.

 

Propos recueillis par Giovanni Djossou pour Horizons Médiatiques


Dossier N°5 : Nouvelles formations au journalisme web dans le Monde Arabe

Renouveler l’information par le journalisme citoyen, améliorer les compétences web des journalistes et réussir la transition numérique des médias. Tels sont les nouveaux enjeux dans l’ensemble du monde arabe. Dans ce dossier nous vous présentons des exemples de deux pays du Maghreb : le Maroc où les formations au journalisme multimédia se multiplient pour permettre aux professionnels de s’adapter au marché de la presse électronique et la Tunisie où des clubs dédiés à l’enseignement du journalisme citoyen voient le jour en marge des instituts classiques.

 

 

Formation professionnelle: les journalistes marocains à la conquête du web

Pas question de rater le coche du journalisme web. Les rédactions marocaines sont passées ou sont en train de passer à l’ère 2.0. Pour réussir cette transition numérique, il faut des journalistes qui comprennent les enjeux, qui soient à l’aise avec internet et les nouvelles technologies, et capables d’apporter des propositions et solutions pertinentes. Au Maroc, la formation au journalisme web se met en place.

12 mois pour devenir des journaliste bloguer au top, c’est le challenge des étudiants de l’ESJC de Casablanca. Cette École Supérieur de Journalisme et de Communication, reçoit depuis décembre 2011 un séminaire de formation sur un an, pour renforcer les capacités des étudiants en matière de création et d’animation de blog, buzz, échange et partage de contenu… La formation « Blogs trotters » est assurée par trois femmes, dont une journaliste américaine et une rédactrice en chef marocaine. Les étudiants mettent en pratique leurs nouvelles connaissances en animant le blog d’actualité « CasaDialna ».

MIT Media, entreprise marocaine spécialisée dans la fourniture de contenu et dans le conseil éditorial pour des supports électroniques et off-line, propose dans ses prestations des formations sur le journalisme en ligne et les nouveaux médias. En 2008, MIT Media a obtenu un contrat de financement pour un programme comprenant un cycle de formation sur le journalisme en ligne. Ce programme est destiné à 200 journalistes nationaux et régionaux, ayant moins de 35 ans et étant en poste dans des rédactions marocaines. Il s’est tenu dans plusieurs villes, et pas seulement dans les deux capitales politique et économique du pays que sont Rabat et Casablanca, mais aussi dans d’autres villes plus réduites comme Nador, Ifrane ou Tétouan. Les journalistes participant au programme ont pu développer leurs compétences en matière de techniques de rédaction et de publication sur internet, webmastering, visioconférence, blogs, podcasts, veille d’information …

Ces deux exemples de formation web sont loin d’être les seuls, l’ISIC (Institut Supérieur de Journalisme et de Communication de Rabat) s’est également penché sur la question, comme bien d’autres. Les initiatives se multiplient au Maroc. Ce mouvement s’inscrit dans le cadre d’une réflexion que le pays mène depuis plusieurs années sur sa transition numérique, et notamment celle de la presse. Le 28 janvier 2010, le parlement marocain a lancé un débat national intitulé « Journalisme en ligne et nouveaux médias », à l’initiative des chefs de groupes parlementaires de nombreux partis marocains. Il s’agit d’un processus consultatif, avec des ateliers de travail et de réflexion, regroupant les parlementaires et les acteurs du champs médiatique. Quels sont les objectifs? «Dresser l’état des lieux des technologies de l’information et des nouveaux médias au Maroc, établir une radioscopie de l’édition en ligne, des nouveaux médias et du journalisme électronique, et établir des recommandations et des mesures pour encourager les nouveaux médias et le journalisme en ligne au Maroc».

Texte rédigé par Célie Gourdon

ITV: Damien Van Achter, un journaliste visionnaire

Suivi par plus de 6000 followers sur Twitter, Damien Van Achter (ou Davanac) est aujourd’hui développeur éditorial chez 22Mars/OWNI. Mais pas seulement. Il anime également des formations web dans différents journaux et donne des cours à l’Institut des Hautes Études des Communications Sociales de Bruxelles (IHECS). Lucile Jeanniard l’a rencontré à l’occasion de l’une de ses formations web au quotidien régional belge l’Avenir. Elle retrace ici son parcours… Un parcours hors des sentiers battus !

“Finalement je passe plus de temps dans les rédactions que je forme que dans la mienne chez OWNI à Paris”


Ses débuts en tant que journaliste : Canal C, Belga, et surtout… son blog !
Après trois années d’enseignement supérieur en communication, Damien Van Achter obtient son graduat en juillet 2001. “Ce graduat avait pour avantage de proposer beaucoup de stages”. Voilà comment il a pu entrer à Canal C (télé locale belge de la région namuroise) en tant que stagiaire et créer sa propre émission en guise de mémoire. Celle-ci restera d’ailleurs à l’antenne pendant plusieurs années. “C’était une émission hebdomadaire sur le sport amateur du genre » j’ai testé pour vous le trampoline ou l’équitation ». Canal C a été une belle école. Ça a été pour moi l’occasion de sentir que c’était ce métier là que j’avais envie de faire”.
Un an seulement après la fin de ses études, Damien Van Achter décroche un CDI chez Belga, l’agence de presse belge. “J’ai eu beaucoup de chance. Mais je l’ai un peu provoqué aussi.”
En effet, voyant qu’il ne trouvait pas de travail à la sortie de ses études, il décide de reprendre des cours de néerlandais afin de multiplier ses chances. C’est à ces cours de langue que Damien Van Achter rencontre un technicien informatique de l’agence Belga. Alors chance ou culot? Toujours est-il que s’il en est là aujourd’hui, ce n’est pas par hasard. Il apprendra donc énormément au sein de cette rédaction “à la source de l’info” et y restera 5 ans. Pourquoi seulement 5 ans alors qu’il avait un CDI? Parce que Damien Van Achter n’est pas du genre à se reposer sur ses acquis. À partir de 2004, il commence à s’intéresser au web.
“Je me suis rendu compte qu’en monitorant certaines sources, qui n’étaient pas des sources officielles ou des flux d’agence autorisés, j’arrivais quand même à choper des bonnes infos. Donc pendant un temps, je faisais mes 8h à l’agence et j’en faisais encore 8 chez moi pour alimenter ma veille. Je prenais même des jours de congés pour aller à des conférences à Paris sur le langage html, etc.”
Il commence alors à bloguer en 2005.
“J’ai ouvert mon blog à ce moment là, quand j’ai commencé à avoir la certitude que je n’étais pas en train de m’emballer pour un truc qui était juste un effet de mode, que l’économie des médias était bien en train de changer. Facebook venait de naître ou presque, Google était en train d’exploser et était entré en bourse à 80 dollars l’action en 2004… Vivre dans un écosystème informationnel en plein bouleversement est proprement passionnant. Très régulièrement je vais relire le premier billet que j’ai écrit. C’est un peu ma profession de foi.”
Et en effet, le premier billet de son blog (intitulé “Go!”) expose très clairement son point de vue : l’avenir du journalisme semble être sur le web, alors explorons-le. À travers ce blog, Damien Van Achter tente de proposer une alternative aux médias traditionnels, pas assez ouverts sur l’avenir du métier de journaliste :
« À travers des cartes blanches, et en utilisant tous les outils à notre disposition (l’audio, la vidéo, les réseaux sociaux, les flux RSS et la nanopublication, entre autres), j’espère vous donner à lire, à voir et à entendre d’autres sons de cloches que les sempiternels carillons qui nous vrillent le ciboulot et finissent par nous déresponsabiliser à coups de promesses non tenues et de pathos dégoulinant. (…) En fait, c’est sans doute surtout pour redonner du sens à la manière d’exercer mon métier que je me lance aujourd’hui dans cette expérience. » (extrait de ce premier billet)

“On ne fait pas ce métier pour l’argent, alors prenons un peu de plaisir!”
C’est donc grâce à cette activité sur son blog qu’il a pu entrer à la Radio Télévision Belge Francophone (RTBF), écoutez :

À partir de là, il cumule deux boulots : chez Belga pour s’assurer financièrement (étant marié, avec un enfant et une maison à payer), et à la RTBF pour le plaisir de tester de nouvelles formes de journalisme. Mais en janvier 2007, c’est le déclic :
“J’ai fait toute une proposition à mon rédacteur en chef pour utiliser les nouvelles sources du web comme de véritables sources dans le processus de l’agence… En essayant de faire ça bien : avec un PowerPoint où j’expliquais ce que moi je considérais comme des processus rédactionnels qui pourraient être à valeur ajoutée pour les clients de l’agence. Et je n’ai même pas eu d’accusé de réception de mon document… Et pourtant je sais qu’ils l’ont lu. Donc je me suis vraiment dit ‘mais qu’est-ce que j’fais là’. Le monde est en train de bouger autour de nous et ceux qui sont censés regarder un peu plus loin que le bout du nez du quotidien s’en moquent.”
Il propose alors de nouvelles chroniques à la RTBF et s’investit à plein temps pour cette chaîne. Au bout de quelques temps, une nouvelle occasion se présente à lui : il a la possibilité d’animer l’émission “Pure Blog”.
“Je poussais des disques et de temps en temps j’avais 5 minutes pour parler des blogs. Et là je m’en donnais à cœur joie. Je faisais intervenir des gens par téléphone, par skype. J’ai bidouillé un peu l’antenne, j’me suis bien marré. J’étais payé des clopinettes, mais c’était un risque que j’avais pris en démissionnant.”
Et cette situation délicate ne durera pas très longtemps puisqu’en 2008, il finit par obtenir un CDI à la RTBF. Sa mission : mettre le pied à l’étrier des journalistes radio et télévision sur le web. Comme quoi, le culot finit par payer.
“J’ai 33 ans et je ne me vois pas finir ma vie à faire quelque chose uniquement pour rassurer mon banquier. On ne fait pas ce métier pour l’argent, alors prenons un peu de plaisir!”
Damien Van Achter est resté à la RTBF jusqu’en mars 2011 et a énormément apporté à la chaîne en terme de présence sur le web.
“C’était un vrai bonheur de sentir les gars qui, 6 mois avant, me disait ‘moi le web jamais, je serai pas payer plus parce que j’irai sur internet’. Non mais tu vas prendre plus de plaisir! Et je pense qu’il y a maintenant beaucoup de gens à la RTBF qui prennent du plaisir à faire leur métier autrement… Et qui en plus rendent vraiment service à leur audience et ça c’est doublement valorisant.”
Depuis, Damien Van Achter est chez OWNI. Il connaissait déjà Nicolas Voisin, le Directeur de la publication, et celui-ci lui “faisait du pied depuis un certain temps”… Il a finit par craquer et c’est reparti : démission de la RTBF, nouvelle aventure, nouvelles expériences ! Il travaille donc à plein temps pour OWNI pendant quelques mois et fait des allers-retours Paris-Bruxelles plusieurs fois par semaine. Damien Van Achter est un passionné, mais sa famille compte aussi beaucoup pour lui… C’est pourquoi il ne travaille plus qu’à mi-temps pour “la soucoupe” depuis juillet 2011.
“Chez OWNI, j’ai changé de métier. Je considère que je suis chez eux pour participer à l’effort de guerre, qui consiste à financer ce média singulier qu’est OWNI par rapport aux autres pure players et au modèle économique qui est développé derrière. Et aider au financement ça veut dire faire de la formation, de la stratégie éditoriale, participer à des réunions de rédaction, etc.”
Travailler à temps partiel pour OWNI lui permet de se consacrer à un autre aspect du métier de journaliste web qui lui tient à cœur : l’enseignement, le partage de son expérience. Depuis quelques temps, l’idée de former des étudiants lui trottait dans la tête. Il donnait déjà quelques cours informels à l’IHECS depuis un mois, mais en juillet 2011, l’école lui propose de donner plus d’heures de cours. C’est ainsi qu’il se retrouve à organiser une “MasterClass” en septembre et en octobre dernier. Pour les étudiants de l’IHECS, la MasterClass c’est 4 jours de travail intensif 24h/24, le nez dans leur PC à travailler leur présence sur le web en tant que futurs journalistes.

Et cette expérience avec les étudiants belges, il compte bien la renouveler, mais cette fois-ci avec les étudiants de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille (ESJ). En mars prochain, Damien Van Achter part au festival South by Southwest au Texas. Quel rapport avec les étudiants de l’ESJ? C’est simple, ils vont avoir la chance de suivre cet événement à distance à travers une “open newsroom”.
“Le fait que l’ESJ, qui n’est quand même pas n’importe quelle école en terme de journalisme, me demande de réfléchir à un concept avec eux et accepte de me faire confiance pour partir dans ce genre d’aventures, c’est un vrai bonheur. Je suis convaincu que ce que je vais pouvoir apporter à ces étudiants va leur servir dans leur cursus. S’ils sont capables de couvrir à distance un événement comme celui-là en étant en connexion avec les gens qui sont sur place… S’ils sont capable de faire ça pendant les 5 jours que dure le festival, ces étudiants de dernière année en journalisme auront un peu plus de chance que les autres de trouver du boulot l’an prochain. Et pédagogiquement, c’est ça que je vise.”

“Plus on donne plus on reçoit, c’est presque une philosophie de vie”
Pour Damien Van Achter, il est primordial d’enseigner la plus-value qu’apporte le web au métier de journaliste, de transmettre son intérêt pour ce nouvel outil qui va devenir indispensable au métier. Et cette idée de transmission, de partage et d’échange est très présente chez ce journaliste visionnaire.
“Si on veut être écouter, il faut d’abord écouter les gens. Prendre le temps d’aller écouter ce que les gens racontent en ligne, ça fait partie de notre métier de journaliste maintenant. À part que ce n’est pas encore codifié dans notre contrat de travail. Mais ça le devient de plus en plus. Je suis convaincu que ceux qui ont le plus de mal avec les nouvelles technologies, ce ne sont pas ceux qui s’en sortent le moins bien avec l’aspect technique. Ce n’est pas un problème technique, c’est un problème culturel. Ceux qui galèrent le plus, ce sont ceux qui ne comprennnent pas la mentalité du web et pas ceux qui sont toujours sur leur nokia 5110. Ils n’ont pas compris que le réseau, de par sa nature, fait que nous nous trouvons dans une économie de la distribution, du don, du partage et de l’échange. Le problème, c’est que ça demande une certaine dose d’humilité d’accepter d’échanger des infos avec les citoyens sur internet…”

À lire : l’article qu’il a rédigé en réponse à ce coup de gueule (ici ou )

Bref, le partage à travers le web, c’est son moteur, écoutez :

On l’a compris, Damien Van Achter est un vrai passionné : 50 minutes d’interview. Et je tiens à le remercier encore une fois pour cet entretien très enrichissant !

Texte rédigé par Lucile Jeanniard