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Journalisme citoyen

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En Inde, les journalistes citoyens font le show

En Inde, l’engouement pour le journalisme citoyen est tel que des chaînes de télévisions ont crée des émissions spéciales dédiées à ce nouveau genre de pratique journalistique. « Speak Out India » est un programme télévisé unique en son genre. On y découvre les péripéties d’indiens issus de communautés isolées, qui utilisent le journalisme pour couvrir des sujets percutants, comme les conflits ethniques, la corruption gouvernementale, ou encore la pauvreté. Décryptage d’une émission dans laquelle les journalistes citoyens font le show. 

« Speak Out India »  c’est l’histoire de citoyens ordinaires, comme vous et moi. Pourtant, eux ont décidé de contribuer activement à la collectivité indienne, en rapportant ce qui se passe dans les quatre coins de l’Inde. A travers leurs histoires, ces apprentis journalistes entendent transmettre l’information du point de vue des populations locales. Une manière unique de traiter l’actualité au cœur des plus petits villages indiens.

Plusieurs chaînes de télévisions indiennes proposent déjà des programmes basés sur le journalisme citoyen, mais « Speak Out India » est la première émission dans laquelle la totalité du contenu est produite par les communautés. Par conséquent, en plus de donner une voix à des citoyens isolés, la chaîne en fait les producteurs et acteurs principaux du média. Ranjana Jetley, directrice des programmes chez NewsX’s, se dit « ravie d’être en mesure d’offrir une plate-forme pour ces voix uniques de se faire entendre ».

Si les communautés indiennes ont plutôt l’habitude qu’on parle pour elles, « Speak Out India » sollicite les journalistes citoyens indépendants pour qu’ils expriment eux-mêmes leurs points de vue sur les problèmes qui les touchent directement. La corruption, la pauvreté, les atteintes aux droits de l’homme, ou encore les conflits ethniques, politiques et religieux sont tant de sujets traités à travers les témoignages de ces correspondants locaux. Une émission d’une demie-heure chaque semaine, ayant pour ambition de présenter un éventail de reportages riches et uniques sur les communautés de toute l’Inde.

Les correspondants de « Speak Out India » ont été formés pendant des mois aux pratiques et éthiques du journalisme par l’ONG « Video Volunteers ». Issus de 24 Etats de l’Inde, les participants sont recrutés en fonction de leur sexe, leur age, leur langue ou encore leur religion. Un panel de citoyens d’horizons très disparates, visant à produire un show authentique.  L’objectif de l’ONG est désormais d’étendre son réseau de correspondants, de 30 à 626, chiffre relatif à chaque district, permettant ainsi à toutes les communautés indiennes de faire entendre leurs voix dans les grands médias.

Retrouvez ci-dessous le premier épisode de l’émission « Speak Out India »
Texte rédigé par Amandine Fournier

Groundviews, l’application des journalistes citoyens Sri lankais

Le journalisme s’adapte aux nouvelles technologies. A moins que ce ne soit les nouvelles technologies qui s’adaptent aux nouvelles pratiques journalistiques ? Le printemps arabe a démontré le pouvoir et l’impact que peuvent détenir les journalistes citoyens. Réseaux sociaux, blogs, téléphones mobiles, tous les outils sont bons pour délayer l’information. Au Sri Lanka, un site d’actualité nommé Groundviews s’est doté d’une application Apple à destination des journalistes citoyens. Une petite révolution qui bouscule le journalisme Sri Lankais.

600 utilisateurs et 60 000 commentaires. Groundviews est un des rares cybers espaces où la population Ski Lankaise peut discuter librement des enjeux et conflits nationaux dans un pays encore loin d’être démocratique. Fort de son succès, le site décide de lancer en 2011 la toute première application mobile Apple de journalisme citoyen au Sri Lanka. Disponible sur l’iPod Touch, l’iPad et l’iPhone, la plateforme Groundviews permet a chacun de consulter rapidement et n’importe où les informations relayées des quatre coins de l’île.

Le Sri Lanka compte une population d’environ vingt millions de personnes d’origines, de religions, de langues et de coutumes différentes. En donnant la parole et la légitimité nécessaire aux citoyens Ski Lankais, Groundviews permet à la parole de tous les habitants du pays et de ceux de la diaspora d’être représentée convenablement. La détermination de son fondateur et rédacteur en chef, Sanjana Hattotuwa, a d’ailleurs permis au site de remporter le prix du web journalisme citoyen. Une reconnaissance internationale pour Goundviews qui est désormais perçu comme l’un des sites les plus critiques envers le gouvernement Sri Lankais.

Sanjana Hattotuwa explique
les enjeux des nouvelles technologies pour le journalisme citoyen

 

L’application Groundviews est gratuite et permet à l’utilisateur d’envoyer une photo accompagnée de son récit directement par e-mail à la rédaction de Groundviews. Cette technique permet un accès à l’actualité en temps réel. L’application propose également des rubriques satiriques et une plateforme de curation. Sans compter un graphisme de haute résolution personnalisable par l’utilisateur.

Groundviews n’est pas le seul média à surfer sur la vague de l’application mobile pour cette nouvelle forme de journalisme. Il existe en effet une dizaine d’applications dans l’iTunes store qui proposent au citoyen lambda de jouer son rôle de reporter. Parmi les meilleures, on compte celles de Meporter, de CNN, d’Associated Press, et d’Al Jazeera. Quand certaines offrent simplement la possibilité de soumettre des conseils ou des idées d’articles, d’autres permettent d’envoyer des photos et des vidéos directement aux salles de rédaction. Un seul constat, le rôle du journaliste citoyen s’affirme de plus en plus et devrait occuper une place de plus en plus importante au sein des médias.

Texte rédigé par Amandine Fournier

Dossier N°5 : Nouvelles formations au journalisme web dans le Monde Arabe

Renouveler l’information par le journalisme citoyen, améliorer les compétences web des journalistes et réussir la transition numérique des médias. Tels sont les nouveaux enjeux dans l’ensemble du monde arabe. Dans ce dossier nous vous présentons des exemples de deux pays du Maghreb : le Maroc où les formations au journalisme multimédia se multiplient pour permettre aux professionnels de s’adapter au marché de la presse électronique et la Tunisie où des clubs dédiés à l’enseignement du journalisme citoyen voient le jour en marge des instituts classiques.

 

 

United We Blog ! Devenir journaliste citoyen au Népal

Le web journalisme népalais cri haut et fort qu’il veut se développer. Dans un contexte pour le moins difficile, seul 48,6% de la population est lettrée et à peine 2 à 3% utilise Internet selon les chiffres indiqués par le World Fact Book de la CIA, les blogs tentent de renouveler le système d’information népalais par le journalisme citoyen. Et si aujourd’hui des sites tel que WebLali peuvent recencer dans les 300 blogs népalais (sur le Népal ou écrits par des népalais), au départ (comme pour tout départ me direz-vous…) il n’y en avait qu’un: United We Blog!

L’histoire de ce pionnier népalais, ou plutôt ces pionniers puisqu’ils sont deux fondateurs, est intimement liée à l’histoire politique du pays. Suite à l’affaire du massacre de la famille royale en juin 2001, Gyanendra, frère de feu le prince héritier, monte sur le trône alors que la guerre entre le pouvoir royal et les maoistes fait rage depuis déjà 5 ans. Puis en octobre 2002, le Roi décide de se passer de parlement, de conseils locaux, et même de premier ministre, qu’il juge incompétents face au problème des insurgés maoistes. De ce fait, il prive le Népal de tout pouvoir élu. Mais, rebondissement, en juin 2004, Gyanendra remet en poste l’ex-premier ministre… pour un temps.

Encore loin de la sphère politique, encore sur un nuage digital, une nouveauté apparait. Le 1er octobre 2004, les journalistes Dinesh Wagle et Ujjwal Acharya postent régulièrement sur un blog des articles sur leur « expérience personnelle du journalisme et du reportage ». Plutôt journal intime que journal avec un grand J, les deux précurseurs bloggent paisiblement pendant 4 petits mois, jusqu’à ce que la politique les rattrape. Gyanendra démet à nouveau le premier ministre et s’octroie les pleins pouvoirs, s’entourant de ses fidèles en guise de ministres. Quand on l’attaque, le roi contre-attaque et décrète  l’état d’urgence tout en suspendant les droits fondamentaux.

Si les hommes sont lourdement touchés par ces mesures, le net n’y coupe pas non plus. Les népalais sont privés de connexion durant toute la première semaine de février 2005. Au même titre que les sites classiques, le jeune United We Blog! (UWB) fait une pause forcée. Mais dès lors que la connexion est rétablie, nos deux bloggeurs commencent à écrire sur les évènements . Et pendant que leurs confrères journalistes souffrent de la censure des médias « classiques », sur le nouveau médium blog, UWB devient momentanément la seule source d’information népalaise indépendante.

 

Aujourd’hui, United We Blog! fonctionne comme une plateforme de journalisme citoyen ouverte à tous. Le blog se veut un outil d’expression pour les journalistes souhaitant écrire à propos du Népal mais ne pouvant s’exprimer dans les journaux, papiers ou web, mainstream. Dharma N. Adhikari, directeur du Media Monitoring du Népal, expliquait, dans une interview accordée à Saroj Gartula en 2008, la popularité croissante du journalisme citoyen au Népal en ces termes: « Les medias mainstream n’ont pas été capables de diversifier leur couverture ». C’est donc ce qui fait la force et le charisme de UWB! face à des Ekantipur.com et autres thehimalayantimes.com. Plutôt que de dépêcher des journalistes aux quatre coins du pays pour des articles sur des régions reculées souvent délaissées par les médias, le blog met à contribution les citoyens déjà sur-place, à qui il tient à cœur de diffuser l’actualité de leur région. Et le concept a su trouver son public en plus de ses acteurs car, si l’on ne compte pas le nombre de contributeurs à travers le pays et le monde, UWB! est suivi par pas moins de 9 852 internautes, soit un dixième des « followers » du Ekantipur, l’un des leaders du web journal mainstream.

 

Texte rédigé par Caroline Chatelard

 

L’Océan Indien à l’heure du média participatif

Les médias papiers n’ont plus vraiment le monopole de l’information de nos jours, ils laissent progressivement la place aux plateformes internet. Au cœur de l’Océan Indien, le site Exprimanoo.com permet aux internautes d’être les seuls acteurs de l’actualité, proposant ainsi une alternative à l’information formatée des médias officiels. Un pari réussi pour le site, qui s’est aussi lancé dans une version papier.

Alors que le monde connaît une période de mutation accélérée des médias depuis l’émergence du numérique, des médias sociaux et citoyens fleurissent un peu partout sur la toile. Le 1er octobre 2008, le site Exprimanoo a vu le jour au sein de la Réunion, Madagascar, les Comores, les Seychelles, Maurice, ainsi que des départements d’outre-mer français.

Ce site d’information présente une particularité : les rédacteurs sont simplement des citoyens indépendants. Après une inscription gratuite, les internautes peuvent publier librement en français, anglais ou créole les articles de leur choix. Une initiative ambitieuse et originale qui permet aux personnes du monde entier de s’alimenter en actualités sur l’Océan Indien. A l’heure où certains pays imposent une censure chronique sur la presse locale, Exprimanoo constitue un espace d’expression libre, à la fois pour les citoyens et les journalistes de ces Etats insulaires, qui peuvent si ils le souhaitent déposer leurs papiers sous couvert d’anonymat. Chaque article publié est validé au préalable par un rédacteur en chef.

Exprimanoo constitue le premier media participatif de l’Océan Indien. L’intérêt des lecteurs et des rédacteurs ont permis la création d’une version papier dont le premier exemplaire est sorti le 1er avril 2009 sur l’île de la Réunion. L’édition mensuelle comprend une sélection des articles les plus lus par les internautes. Il s’agit du premier journal gratuit de la Réunion et du premier média participatif national papier dans ce pays de l’Océan Indien. Une avancée spectaculaire pour tous ceux qui ont des choses à dire.

Exprimanoo offre donc aux citoyens du monde une nouvelle façon indépendante de s’informer sur l’actualité de l’Océan Indien. Car ce qu’il y a de bien sur internet, c’est que la libre expression n’a pas de frontière.

Texte rédigé par Amandine Fournier

Le journalisme citoyen sur la toile arabe: l’exemple de Mamfakinch.com

Les médias citoyens fleurissent sur le web du monde arabe. Mamfakinch.com est l’un d’entre eux. Ce site collaboratif marocain, a vu le jour en marge du mouvement du 20 février 2011. Un courant de protestation toujours actif réclamant des réformes économiques, politiques et sociales. Mamfakinch.com est animé par des blogueurs et activistes marocains. Il traite de l’actualité arabe et marocaine, avec des analyses, des débats et de l’information multimédia, publiées en français, arabe et anglais.

Page d’accueil du site mamfakinch.com

Dans la présentation de Mamfakinch.com, on peut lire : « [ce site] ne prétend pas être un journal mais un média citoyen qui croit au droit à l’accès à l’information. Information souvent ignorée voire déformée par d’autres médias plus ou moins officiels ». Le ton est donné.

Comme beaucoup de médias web citoyen, ce site est né, en grande partie, à cause d’un défaut de confiance dans les médias traditionnels. Ce n’est pas une particularité exclusive du journalisme citoyen du web arabe. En Europe la défiance vis-à-vis des médias est également visible. Mais dans le monde arabe ce sentiment est exacerbé. Pourquoi les médias traditionnels ne parviennent ils pas à convaincre ? Ils souffrent des grands maux de la société arabe de ces dernières décennies, la censure et la corruption. Mais l’image des médias est également mise à mal par un problème qui concerne aussi l’Europe et sans doute une bonne partie du monde : la main-mise des grands groupes commerciaux et financiers sur la presse et les médias qui vivent de la publicité. Un tableau très noir, qu’il convient de nuancer. Mais c’est pourtant cette image catastrophique de l’état du journalisme que retiennent les lecteurs, auditeurs et téléspectateurs. Ils souhaitent alors devenir leur propre source d’information.

Avec la pénétration progressive de l’internet dans les pays arabe, cette vision terrible des médias et la méfiance qu’elle engendre, entraîne l’essor du journalisme citoyen. Il s’agit d’abord d’un besoin d’informations brutes, l’envie de créer un espace pour échanger de la matière prise sur le vif et sans fioriture. L’idéal premier est là. Mais derrière ce besoin de vérité et d’instantanéité, le média citoyen dévoile l’aspiration au débat, et surtout à la mise en avant de sa propre opinion. Mamfakinch.com ne prétend pas être ce qu’il n’est pas, un journal. Mais il prétend être un média citoyen. Dans l’expression, il y a tout de même le mot média et la subjectivité n’est pas étrangère à ce mode de diffusion!

Pourtant, les médias citoyens sont plébiscités par les internautes arabes, qui leur offrent d’honorables scores d’audimat. Les lecteurs ne semblent pas condamner la prise de position, en revanche ils apprécient la clarté du positionnement. Le média citoyen en effet, ne cache pas qui il est. Mamfakinch ne cherche pas à faire oublier qu’il est né en marge d’un mouvement de protestation, ni qu’il est alimenté par des militants et des activistes. S’il a le look d’un pure player d’information, les atouts et les outils web d’un vrai média, il n’hésite pas à proposer un onglet «mobilisation et activisme ». L’internaute arabe choisi ses lectures en connaissance de cause, là où il a l’impression que les médias traditionnels essayent de bluffer ou de brouiller les cartes.

Texte rédigé par Celie Gourdon