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Formation journalistique

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Dossier N°5 : Nouvelles formations au journalisme web dans le Monde Arabe

Renouveler l’information par le journalisme citoyen, améliorer les compétences web des journalistes et réussir la transition numérique des médias. Tels sont les nouveaux enjeux dans l’ensemble du monde arabe. Dans ce dossier nous vous présentons des exemples de deux pays du Maghreb : le Maroc où les formations au journalisme multimédia se multiplient pour permettre aux professionnels de s’adapter au marché de la presse électronique et la Tunisie où des clubs dédiés à l’enseignement du journalisme citoyen voient le jour en marge des instituts classiques.

 

 

Un réseau d’information alternative sur la toile Tunisienne

Des ateliers de formation au journalisme citoyen sont créés sur l’ensemble du territoire Tunisien. Les maisons de jeunes s’improvisent en véritables rédactions d’où émanent une source d’information locale fiable qui concurrence l’agence de presse TAP.

Sous le régime Ben Ali, quelques coups de téléphones suffisaient à dissoudre une information. Quand les premiers soulèvements avaient lieu dans les contrées reculées du pays, les titres des journaux de la capitale relataient de banales « agitations ». En l’absence d’antennes locales des groupes médiatiques et de presse régionale écrite et radio, seule l’agence de presse TAP est encore à même de reporter de manière professionnelle ce qui se passe dans les régions.

Un des objectifs de la révolution est de mettre fin à cette impasse médiatique. Les citoyens tunisiens sont parvenus à en sortir provisoirement en partageant massivement des informations sur les réseaux sociaux et les blogs. Des groupes facebook sont créés pour relayer les informations locales, comme c’est le cas de la page Feriana news qui couvre les actualités d’une commune d’environ 25 000 habitants et qui compte plus de 2000 fans. Mais ces initiatives ne répondent pas aux impératifs d’analyse et d’enquête. Il s’agit dès lors de créer des structures autonomes mêlant temps, moyens et savoir faire. Des associations de blogueurs ainsi que des ONG parviennent à réunir des financements dans ce but. C’est par exemple le cas de l’organisation non gouvernementale Speak up Tunisia.

Mais le projet le plus ambitieux reste celui mené par le site participatif nawaat.org. Orchestré conjointement avec le ministère de la jeunesse et le groupe Canal Franc International, il vise à la création de structures locales unifiées sur un réseau national qui pourrait à terme concurrencer la TAP. Des formations au journalisme citoyen sont créées dans les maisons de jeune des villes de petite et moyenne taille. On y enseigne les techniques de reportage, de rédaction et d’édition web. Des centres ont déjà vu le jour à Sidi Bouzid, Kasserine, Kebili, Gafsa et Siliana. D’autres clubs seront créés prochainement, l’objectif étant de couvrir les 330 maisons de jeunes que comptent le territoire Tunisien. Des reportages ont déjà été publiés sur le site officiel des centres.

Depuis la Révolution, les administrateurs de Nawaat sont passés du statut d’exilés politiques à celui de représentants de la société civile. De part les nombreuses activités qui s’y déroulent en toute transparence (un hackerspace, ateliers opendata, réunions de hackers…), les locaux du site sont des lieux de passages pour les ministres et les agences publiques de télécommunication : Nawaat est devenu un partenaire incontournable des autorités. Houssem Hajlaoui est responsable du projet côté nawaat et webmanager du site. Nous lui avons posé trois questions au sujet de la création de ces clubs.

Horizons médiatiques : Pourquoi ces centres de formation au journalisme citoyen?

Houssem : Nous militons pour une info locale et décentralisée. La réforme des médias est un chantier énorme. Nous y participons en créant des médias alternatifs indépendants, qui incitent aux débats sur des problématiques locales. A terme le but est d’avoir un réseau national comprenant un maximum de bureaux possibles, des sortes de « petits nawaaat » collaboratifs, et de faire en sorte que tout soit lié à l’ensemble national.

Qui est impliqué dans la création des clubs ?

Le ministère de la jeunesse est un appui physique, en nous donnant accès aux maisons de jeunes et à certains financements. CFI prend en charge les professionnels qui seront chargés des formations : Deux animateurs par ville forment une dizaine de personnes. Ces dernières deviendront à leur tour des formateurs qui seront les véritables créateurs des clubs. Nawaat s’occupe de faire le tour des centres et du maintient de la coordination des projets.

Pourquoi avoir axé vos formations sur internet ?

Commencer par le web est beaucoup plus facile que monter un journal ou une télé. Mais les clubs ont la liberté de faire ce qu’ils veulent. Dans un des centres ils veulent créer une webradio. Un journal citoyen, ce serait énorme. Nous à nawaat on essaye de rester focalisés sur le fond. On sait pertinemment que ces actions vont déboucher sur d’autres projets.

Texte rédigé par Cyril Fourneris

Formation professionnelle: les journalistes marocains à la conquête du web

Pas question de rater le coche du journalisme web. Les rédactions marocaines sont passées ou sont en train de passer à l’ère 2.0. Pour réussir cette transition numérique, il faut des journalistes qui comprennent les enjeux, qui soient à l’aise avec internet et les nouvelles technologies, et capables d’apporter des propositions et solutions pertinentes. Au Maroc, la formation au journalisme web se met en place.

12 mois pour devenir des journaliste bloguer au top, c’est le challenge des étudiants de l’ESJC de Casablanca. Cette École Supérieur de Journalisme et de Communication, reçoit depuis décembre 2011 un séminaire de formation sur un an, pour renforcer les capacités des étudiants en matière de création et d’animation de blog, buzz, échange et partage de contenu… La formation « Blogs trotters » est assurée par trois femmes, dont une journaliste américaine et une rédactrice en chef marocaine. Les étudiants mettent en pratique leurs nouvelles connaissances en animant le blog d’actualité « CasaDialna ».

MIT Media, entreprise marocaine spécialisée dans la fourniture de contenu et dans le conseil éditorial pour des supports électroniques et off-line, propose dans ses prestations des formations sur le journalisme en ligne et les nouveaux médias. En 2008, MIT Media a obtenu un contrat de financement pour un programme comprenant un cycle de formation sur le journalisme en ligne. Ce programme est destiné à 200 journalistes nationaux et régionaux, ayant moins de 35 ans et étant en poste dans des rédactions marocaines. Il s’est tenu dans plusieurs villes, et pas seulement dans les deux capitales politique et économique du pays que sont Rabat et Casablanca, mais aussi dans d’autres villes plus réduites comme Nador, Ifrane ou Tétouan. Les journalistes participant au programme ont pu développer leurs compétences en matière de techniques de rédaction et de publication sur internet, webmastering, visioconférence, blogs, podcasts, veille d’information …

Ces deux exemples de formation web sont loin d’être les seuls, l’ISIC (Institut Supérieur de Journalisme et de Communication de Rabat) s’est également penché sur la question, comme bien d’autres. Les initiatives se multiplient au Maroc. Ce mouvement s’inscrit dans le cadre d’une réflexion que le pays mène depuis plusieurs années sur sa transition numérique, et notamment celle de la presse. Le 28 janvier 2010, le parlement marocain a lancé un débat national intitulé « Journalisme en ligne et nouveaux médias », à l’initiative des chefs de groupes parlementaires de nombreux partis marocains. Il s’agit d’un processus consultatif, avec des ateliers de travail et de réflexion, regroupant les parlementaires et les acteurs du champs médiatique. Quels sont les objectifs? «Dresser l’état des lieux des technologies de l’information et des nouveaux médias au Maroc, établir une radioscopie de l’édition en ligne, des nouveaux médias et du journalisme électronique, et établir des recommandations et des mesures pour encourager les nouveaux médias et le journalisme en ligne au Maroc».

Texte rédigé par Célie Gourdon