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Côte d’Ivoire

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Kpakpatoya : du commérage à la diffusion de l’information

En argot ivoirien, le kpakatoya, est un commérage. Mais depuis près d’un an, Kpakpatoya, c’est également une communauté en ligne, chargée de rapporter et de faire circuler scoops, révélations et infos divertissantes.

Un hashtag qui fait le buzz sur le net, ou comment tout a commencé.
2011, période de crise en Côte d’Ivoire, le besoin de décompresser d’une douloureuse actualité se fait sentir dans la communauté virtuelle ivoirienne. Progressivement, le hashtag #kpakpatoya va ainsi prendre une ampleur considérable sur Twitter, en fédérant autour de lui de plus en plus d’internautes. Sport, technologies de l’information et le la communication, histoires drôles, ou même vie quotidienne, tous les thèmes sont bons à aborder et à diffuser sous cette appellation, tant qu’il ne s’agit ni de politique, ni d’insultes. Au simple tag viendra s’ajouter assez vite une page Facebook du même nom, qui obéira exactement aux mêmes principes. Jusqu’à ce qu’en avril de la même année, Necemon, un internaute, décide de prendre les choses en main.

Compte facebook de Kpakpatoya

Du Tweet au site
Après avoir découvert le buzz que génère le tag, Necemon Yai, infographiste et développeur de profession, entame alors quelques investigations, pour tacher d’en savoir davantage. L’homme va alors rapidement s’apercevoir qu’aucun site n’est encore dédié au Kpakpatoya. Séduit par l’originalité du concept, et certain de son potentiel, il va alors prendre l’initiative d’acheter le nom de domaine, et créer, en une nuit, kpakpatoya.com .Le site, initialement construit autour de la reprise du flux des tweets  taggés “kapkatoya”, va rapidement remporter un vif succès :«J’ai immédiatement publié le lien du site sur Twitter, en prenant soin de mentionner les twittos les plus actifs autour du tag. Ces derniers ont apprécié, et diffusé le lien. C’est ainsi que le site a officiellement été lancé», explique Necemon. Dans la foulée, ce passionné du net créé le compte twitter @kpakpatoya, pour parvenir à une meilleure gestion de la communauté.

Site web de Kpakpatoya

La complémentarité des trois réseaux.
Suivre une discussion, se retrouver autour d’un thème, échanger des informations d’actualité, sérieuses ou non. Voilà ce qui pousse aujourd’hui les sympathisants de la culture ivoirienne à partager le Kpapkatoya. Avec presque 500 fans sur la page Facebook, plus de 300 followers du @kpakpatoya sur Twitter, sans compter les visiteurs du site, et autres simples utilisateurs du hashtag, on peut dire aujourd’hui que la complémentarité du concept connaît un beau succès. Le site, qui s’est peu à peu développé, propose actuellement quelques services. Avec plus ou moins de réussite, Necemon a tenté d’y intégrer quelques applications, telles qu’un forum de discussion ou un blog. En ce moment, le site relaie même en temps réel un condensé de l’actualité nationale et internationale depuis quelques sources majeures, parmi lesquelles on retrouve Jeune Afrique, Abidjan.net, TV5 ou encore France 24. Prochainement, cette pluralité de réseaux autour d’une communauté pourrait enfin accueillir un petit dernier, sous la forme d’une plateforme permettant de faciliter encore les échanges.

A réseaux multiples, gestion participative.
Pour parvenir à se propager ainsi sur la toile, rien de mieux qu’une gestion participative du projet. Si Necemon s’occupe davantage des publications sur le compte Twitter, et de l’organisation du site internet, de nombreux administrateurs se cachent en revanche derrière la page Facebook, de manière totalement décentralisée : les plus actifs, Cyriac et Ceschod, mais également Edith, community manager de profession, ou encore le journaliste Israël Yoroba, qu’on ne présente plus, et enfin, Mariam ou Honorine.  Tout un beau monde réunit pour que la communauté puisse vivre conformément à ses aspirations, à savoir « dans l’amour, la fraternité, et la bonne humeur ».

Texte rédigé par Cerise Assadi-Rochet

Le nouveau code de déontologie du journalisme en Côte d’Ivoire fait débat

Un nouveau code de déontologie du journaliste ivoirien a été adopté le 23 février dernier. Là où certains y voient une avancée manifeste dans l’indépendance de la presse, dans la sous-région, d’autres y voient, au contraire, l’officialisation de pratiques journalistiques courantes mais illégale, en Côte-d’Ivoire et dans le reste de l’Afrique de l’Ouest.

Le 23 février 2012 a eu lieu, à la Maison de la Presse d’Abidjan, la présentation du nouveau code de déontologie du journaliste ivoirien. Adopté, entre autres, par le Conseil National de la Presse (CNP) ainsi que l’Observatoire  de la Liberté de la Presse, de l’Ethique et de la Déontologie (Olped). Ce code vient remplacer le dernier code datant de 1992. Il est composé de 30 articles, 22 liés aux devoirs du journaliste, 10 faisant référence aux droits de ce dernier. Pour beaucoup d’observateurs, à l’instar de Souleymana Bourahima (International Medias Support) ou Blayhou Brigth (Media Fondation For West Africa), ce code est une avancée considérable pour le journalisme en Côte-d’Ivoire et pour toute la sous-région. Il serait difficile, en effet, de remettre en cause certains principes comme ceux mentionnés dans l’article 5 des ‘Devoirs’ : « (…) n’accepter aucune consigne directe ou indirecte des annonceurs, des autorités administratives ou politiques ». Article hautement important dans un pays qui a connu une succession de régimes autoritaires depuis plus de 10 ans.
La dénonciation de la manipulation du journaliste via les pots-de-vin ou pressions en tous genres, le refus de l’apologie des crimes ou encore l’interdiction d’utiliser le statut de journaliste à des fins personnelles, sont autant d’éléments mis en lumière par ce code.
Cela dit, ce nouveau texte ne semble pas faire l’unanimité et beaucoup dénoncent le fait qu’il permet la perpétuation de pratiques illicites.
Deux principes sont largement remis en cause : la possibilité de dénonciation de la source et la possibilité de republier un article sans autorisations.

Si le nouveau code garantit, en partie, la protection des sources, un élément – inexistant dans le code de 1992- permet au journaliste de révéler sa source si cette dernière s’avérait être colporteuse de fausses informations : « (…) la possibilité de s’affranchir de l’obligation de protéger sa source en portant son identité à la connaissance du public(…) si la volonté de cette source est de manipuler( …) et pousser [le journaliste] à la faute professionnelle. » Autant dire que cet article 3 des ‘Devoirs’ du journaliste, crée un flou et laisse la porte ouverte à toutes les interprétations. Comment distinguer une bonne d’une mauvaise information ? Comment obtenir des informations d’une source si celle-ci sait son anonymat remis en question, à la discrétion du journaliste ou de sa hiérarchie ?

L’autre point qui crée le débat concerne la possibilité pour tout organe de presse de republier un article de confrères, sans autorisations, en respectant un délai de 72 heures. (3 jours). Dans l’article « Jeune Afrique et les Pilleurs du Web », le premier site d’actualité et d’information sur l’Afrique explique dans quelles mesures ce principe participe à la banalisation du plagiat dans la presse africaine, dont il s’estime être la principale victime. Le développement du journalisme web a permis la diffusion rapide de l’information. Jeune Afrique déplore le pillage dont il fait l’objet. Plusieurs articles du site se retrouvent régulièrement sur des sites concurrents, sur des blogs, en partie ou en intégralité. Si la source est souvent mentionnée (bien qu’aucune autorisation n’ait été accordée), il s’avère que parfois, un article peut être tout simplement « volé » lorsque le « copieur » signe en lieu et place du véritable auteur.

En réalité, cette pratique est ancienne et courante sur le continent. Le phénomène s’est accru avec le développement du journalisme web. Avant l’instauration de cette loi inscrite dans le code de déontologie, certains articles pouvaient être plagiés seulement quelques heures après la parution du texte original. L’obligation d’attendre 3 jours vient donc mettre un coup de frein à cette pratique. Avec les nouvelles en continu qu’impose le web, une information vieille de 72 heures n’est plus exploitable. Il y a donc une avancée dans ce domaine. Bien évidemment cela ne va pas assez loin. Ce que dénonce  Jeune Afrique et les opposants à ce principe n’est pas le délai octroyé, mais bien l’atteinte au droit de propriété intellectuelle.
Dans ce débat, au-delà de la situation du journalisme en Afrique, c’est bien de l’adaptation des règles déontologiques aux nouvelles pratiques journalistiques qui est en jeu. Comment correctement légiférer sur le journalisme web ? Comment instaurer des règles claires et universelles, ainsi que des sanctions adéquates?

Texte rédigé par Giovanni Djossou

Côte-d’Ivoire 2.0

Dans le processus global de redressement de la Côte-d’Ivoire, après les bouleversements politiques qui ont accompagnés la première moitié de l’année 2011, il est intéressant de s’attarder sur un élément essentiel dans le développement d’un pays mais dont on ne parle que très peu lorsqu’il s’agit d’Afrique : les nouvelles technologies.

Et en Côte-d’Ivoire, les nouvelles technologies ont joué un rôle prépondérant dans l’essor économique du pays. Les TIC, portées essentiellement par la téléphonie mobile, ont un apport non négligeable dans l’économie générale. Ce secteur, qui représente aujourd’hui plus de 5% du PIB, a créé 6000 emplois directs et près de 100 000 emplois dans les secteurs dépendants des TIC. Depuis 2001, ce sont plus de 1200 milliards de Francs CFA qui ont été investi dans ce secteur d’activité. Par ailleurs, les TIC rapportent environs 200 milliards de Francs CFA aux pouvoirs publics.

Pourtant, la Côte-d’Ivoire n’était, jusqu’à présent, pas vraiment avant-gardiste dans le domaine. La dernière reforme des TIC, dans le pays, a eu lieu en 1995 et portait essentiellement sur le lancement de la téléphonie mobile et la privatisation de Côte- d’Ivoire Télécom. Si la Côte- d’Ivoire a connu une progression importante dans les TIC, elle le doit avant tout à la téléphonie mobile précisément. La part des Ivoiriens utilisant les mobiles a connu une augmentation foudroyante en quelques années. Dans le même temps, la concurrence acharnée que se livrent les opérateurs privés, de plus en plus nombreux, permet une diminution mécanique des prix, qui, elle-même, assure une accessibilité plus grande à la téléphonie, pour la population.

Cela dit, les efforts sont encore insuffisants et le Ministère des Postes et des Technologies de l’Information et de la Communication, dirigé par Bruno Nabagné KONE, cherche aujourd’hui à donner une ligne directrice aux projets dans les TIC. Dans les pages de Réseau Télécom Network, le ministre revient sur l’idée force de son projet, à savoir : « (…) développer, promouvoir et vulgariser les technologies de l’information et de la communication » ainsi que « (…) former une expertise nationale en matière de TIC. ». Aujourd’hui le monde professionnel est très largement dépendant des TIC. Aucun secteur d’activité ne semble y échapper et le ministre l’a bien compris « Les TIC doivent être utilisées comme effet de levier pour l’ensemble de notre vie sociale et de notre économie. » Ce que souhaite M. Koné  pour l’avenir, c’est le développement d’une véritable économie numérique.

Si le projet semble alléchant et ambitieux, il n’en est pas moins semé d’embûches. A l’heure actuelle, de nombreuses contraintes, structurelles et conjoncturelles viennent freiner ces velléités de développement des TIC.
Le cadre juridique, par exemple, est inadapté au développement de l’économie numérique. Pire encore, la Côte- d’Ivoire, comme bien des pays d’Afrique, accuse un retard phénoménal dans le lancement de la 3G.  Par ailleurs, si on a observé une massification de la téléphonie mobile depuis 1995, il n’en va pas du tout de même pour les autres équipements informatiques, à commencer par la couverture internet. Le trop petit nombre de personnes formées aux TIC provoque une pénurie en ressources humaines par rapport à la multiplication des usagers, ce qui tend également à freiner le développement du secteur.
Enfin, la cybercriminalité reste un problème très mal appréhendé par les pouvoirs publics.

Si le développement des TIC est une idée complexe, dont la mise en pratique s’avérera certainement très longue, la Côte- d’Ivoire a néanmoins eu le mérite de lancer un projet ambitieux alors qu’elle sort tout juste de plusieurs mois de troubles. Au ministre de conclure : « Nous sommes encouragés par le Président de la République et le Premier ministre, tous deux convaincus de la fabuleuse opportunité que représente les TIC pour notre pays. »

Texte rédigé par Giovanni Djossou