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Dossier N°6 : Sur les blogs africains, l’information se libère

Si internet n’affiche pour l’instant qu’un faible taux de pénétration sur le continent africain, il ne fait pourtant pas l’ombre d’un doute que le réseau devient, peu à peu, la source d’un important développement médiatique. Alors que les médias traditionnels souffrent trop souvent d’entraves à la liberté d’expression, journalistes et internautes avisés s’emploient depuis quelques années à apporter une véritable plus-value à l’information, grâce à un outil en pleine phase de démocratisation : le blog.
Cerise Assadi-Rochet et Giovanni Djossou vous proposent, dans ce dossier, une analyse du développement spectaculaire de la blogosphère panafricaine

Le journalisme hyper local en Afrique de l’Ouest

Il faudra désormais compter avec l’Afrique dans le développement mondial de l’information hyper locale. Pourtant, l’hyper local  à « l’africaine » est, en de nombreux points, différent des autres. Focus sur Avenue Afrique.

Depuis plusieurs années déjà, l’information hyper locale se développe à travers le monde et notamment aux Etats-Unis où le New-York Times fut l’un des pionniers en la matière, en créant The Local-The New-york Times afin de diffuser les informations de deux grands quartiers de la Grosse Pomme : East Village et Fort Greene.
Le développement de l’hyper local répond à une demande accrue, de la part des citoyens, pour une information de proximité, une information les touchant directement. Par ailleurs, si certains médias, notamment en Amérique du nord, utilisent la presse papier pour développer l’hyper local, la plupart font appel au blocable. A savoir, l’hyper local via les blogs. Les Etats-Unis, l’Europe, l’Asie se sont mis à l’hyper local. Ne manquait plus que l’Afrique.

En février 2009 est née l’association Avenue Afrique. Cette association via son blog décomposé en ’avenues’, tente de traiter les sujets liés aux capitales d’Afrique de l’Ouest. Le lancement s’est effectué avec la création de l’Avenue 225-Abidjan (Côte-d’Ivoire). Plus tard, naîtra l’Avenue 223 –Bamako (Mali), l’Avenue 221-Dakar (Sénégal) puis l’Avenue 226-Ouagadougou (Burkina Faso). La dernière avenue lancée est la 224 consacrée à Conakry, la capitale guinéenne.

On l’aura compris, l’hyper local africain répond à une logique totalement différente des autres. Plus précisément, le projet est contraire à l’hyper local européen et américain. Là où, en Occident, on recherche une information précise, distincte selon les zones géographiques, Avenue Afrique propose, elle, une centralisation de l’information des grandes capitales d’Afrique de l’Ouest.
A l’heure où les pays des ex-AOF et AEF- bref les ex-colonies françaises d’Afrique de l’ouest- désirent adopter une monnaie commune en remplacement du Franc CFA, Avenue Afrique participe à cette volonté de réunion de ces pays, via son blog.  Avenue Afrique, à son échelle, à sa manière, diffuse l’idée d’une Afrique de l’Ouest unie. Unie dans son combat pour le développement économique, unie dans son désir de plus de démocratie etc.

Par ailleurs, Avenue Afrique, participe à la promotion des nouveaux systèmes d’information sur le continent noir. Les journalistes professionnels, en encadrant et ouvrant la pratique des nouveaux médias aux citoyens désireux de prendre part au projet, permettent le développement et la massification des nouvelles pratiques journalistiques en Afrique de l’Ouest.

Enfin, dans une région du monde où l’information est relativement contrôlée par les pouvoirs publics, Avenue Afrique est une fenêtre d’expression libre du citoyen face à la presse d’Etat où les journalistes et les personnalités politiques se côtoient de… très près.  Cette information citoyenne encadrée par de nombreux professionnels, prend donc ici toute son importance. Elle est également une réponse à certains blogs et sites internet créés par la diaspora africaine en France, en Belgique, au Canada, au Etats-Unis, parfois très dévouée, mais trop éloignée géographiquement de ses sujets d’études pour pouvoir être totalement objective.

Texte rédigé par Giovanni Djossou

Analyse : quand les blogs mettent la fracture numérique au tapis

Il y aurait ceux qui sont connectés et ceux qui ne le sont pas. Deux sociétés qui s’opposent, comme la lumière et l’obscurité, la richesse et la pauvreté, le blanc et le noir, même, si l’on ose.  Plusieurs phénomènes observés ces dernières années sur le continent africain nuancent pourtant le concept de fracture numérique. La blogosphère, qui s’étend à présent jusqu’en Afrique subsaharienne, pourrait même le remettre en question.

Blogosphère africaine : un essor paradoxal
Avec un taux de pénétration d’Internet sur le continent avoisinant les 12%, soit un tiers seulement de la moyenne mondiale, l’Afrique reste le continent le moins connecté du globe. (chiffres 2011, Internet World Stats)

En cause : les tarifs d’accès à internet, actuellement 5 fois plus élevés que dans le reste du monde, à fortiori pour les lignes haut débit (seulement 2% de taux de pénétration sur le continent). L’absence de réseaux internationaux à haute capacité sur le territoire freine en effet pour l’instant une diminution des coûts d’accès.

Néanmoins, la toile africaine se structure notamment autour de ce qui semble devenir un véritable phénomène de société. Apparue sur le continent dans le milieu des années 2000, la blogosphère initiée en Afrique anglophone s’étend en effet à présent sur tout le territoire. Selon l’agrégateur Afrigator, depuis 2007, ce sont 150 nouveaux blogs qui naissent mensuellement dans l’afrosphère, et viennent enrichir les quelques 30 000 articles publiés mensuellement sur la toile africaine. (chiffres 2008), ce qui s’explique, entre autre, par la gratuité et la simplicité d’utilisation des plateformes. Un nombre qui peu paraitre timide au regard des millionsw de billets postés chaque jour à travers le monde, mais qui prouve que la blogosphère africaine parvient à s’organiser malgré le manque de connectivité.

Doit-on encore parler de fracture numérique africaine?
Ainsi l’idée d’une fracture numérique, si elle peut être contournée par ceux qui en seraient les victimes, pourrait bien dévoiler certaines de ses failles. Reposant simplement sur le dénombrement des équipements reliés au réseau, elle ne s’intéresse pas aux usages spécifiques de ces outils. Certains particularismes africains méritent pourtant d’être mentionnés lorsque l’on aborde la question de l’utilisation d’internet, et notamment son aspect collectif. Le développement des cybercafés, voire même, pour certains pays, son foisonnement, a considérablement contribué au développement des TIC. Idem pour les cybercases, qui relient aujourd’hui des dizaines de villages isolés, au réseau mondial. Ces espaces d’accès à Internet, qui offrent un service de proximité à moindre coût à un grand nombre de personnes, nuancent considérablement la notion de fracture numérique, de même que les usages extra-familiaux dont peuvent faire l’objet les équipements informatiques de certains foyers.

Abordant l’accès à internet sous un angle uniquement quantitatif, le concept de fracture numérique néglige également ce qui pourrait être de l’ordre de la qualité des flux émis ou reçus. Chaque transmission est en effet admise comme étant une diffusion d’information, sans que nul ne s’intéresse à la valeur réellement informative du message. Or, s’il était possible d’exclure de l’évaluation de la connectivité des territoires et des populations, la pollution numérique (SPAM et autres publicités) ou encore la prolifération des virus, extrêmement répandus là où les taux de pénétration du net sont les plus importants,  il y a fort à parier que la représentation binaire du monde que donne actuellement à voir ledit concept serait vraisemblablement bien différente.

Bloguer moins, mais utile
Revenons-en à présent à la blogosphère africaine, qui va justement dans le sens de cette remise en cause. Les blogs africains, dont le nombre, qui bien qu’en progression, reste encore faible si on le compare au reste du monde, font mouche de par leur qualité. Preuve en est, s’il en faut une, le succès consécutif de deux blogueurs africains lors des “ BoB’s“, -Coupe du monde des blogs organisée par la radio internationale allemande Deutsche Welle-. En 2007, c’est Cédric Kalonji, journaliste congolais, que le jury du concours a choisi de récompenser pour son blog mêlant actualité, réflexions et vie quotidienne. L’année suivante, c’est le jeune journaliste ivoirien formé par la presse écrite Israël Yoroba, devenu depuis lors blogueur professionnel,qui décroche le titre.

La qualité du contenu des posts intra-africains, parfaitement illustrée par la récompense de ces blogs, pourrait donc être en mesure de compenser leur quantité. Abordant l’actualité sportive, politique et économique du continent, ils empruntent bien souvent un ton résolument journalistique, et sont même fréquemment tenus par des journalistes. Dans une perspective parfaitement utilitariste, les Africains peuvent écrire dans leurs billets ce que les médias traditionnels cachent par peur de représailles. Aidés par le développement léger mais néanmoins perceptible du réseau et des initiatives locales pour l’accessibilité d’internet au plus grand nombre, les blogueurs dépossèdent progressivement la notion de fracture numérique de son sens.

Texte rédigé par Cerise Assadi Rochet

Bloguer, et être libre de parler

Ils sont en augmentation constante depuis le début des années 2000. Les blogs, qui occupent un espace très important sur la toile africaine, apportent une véritable plus-value dans le traitement de l’information du continent.

Contourner les médias traditionnels
Malgré une large progression de la liberté de la presse sur le continent africain, Reporters Sans Frontières y pointe une situation néanmoins toujours préoccupante, puisque 7 États seulement se situent dans les 50 premières places du classement mondial de l’ONG pour 2011. Ce contexte, où tout n’est pas toujours bon à dire pour les journalistes, explique en partie l’engouement pour les blogs sur la toile africaine. La densité du réseau, ainsi que l’anonymat derrière lequel peuvent parfois se cacher les internautes, leur permet d’y publier des contenus informationnels alternatifs aux diffusions des médias traditionnels plus ou moins muselés. Ainsi les journalistes africains sont-ils souvent des blogueurs appliqués.

Dénoncer les manipulations et rétablir la vérité
C’est notamment le cas au Bénin, qu’RSF situe à la 91ème place de son classement mondial. Dans ce petit pays d’Afrique de l’ouest, la blogosphère est notamment animée par de nombreux journalistes qui apportent une véritable plus-value à l’information délivrée par la presse traditionnelle insuffisamment qualitative, voire même erronée. Gnona est l’un d’entre eux. Il se présente comme étant “investi d’une mission d’informer les internautes sur l’évolution de la situation économique du continent africain et du Bénin en particulier”. Il fait également de son blog un espace consacré à des prises de positions politiques et relatives aux droits de l’homme. Dans une publication en date de mai 2007, il  dénonce l’usage outrancier que font les autorités politiques des médias traditionnels du pays. Dans cet article, il accuse notamment ces mêmes médias d’avoir diffusé des informations mensongères quant à la production de coton du pays, et en profite pour rétablir la vérité. Christophe D. Assogba  situe son blog dans une démarche similaire. Avant de s’illustrer pour son ouvrage intitulé « Presse béninoise, l’échoppe de la mafia », l’homme a longtemps tenu un blog au sein duquel il a, à plusieurs reprises, mis en évidence les pratiques manipulatoires de l’ORTB.
D’autres journalistes se distinguent ainsi à travers le continent africain, en valorisant une information destinée s’approcher davantage de la réalité des faits. Martin Saihonnou est l’auteur du blog Afriksenatorium, dont le sous-titre est pour le moins évocateur : “L’Afrique ne doit plus être trahie ; les peuples ont soif de vérité : c’est à vous que je parle”. Au fil de ses publications, il s’engage pour la liberté d’expression et le libre exercice de la profession, tout en restant totalement anonyme. Si on connaît son nom, son blog ne dispose pas de page de présentation, et il est impossible de connaître la nationalité de ce journaliste-blogueur. Banamikili a quant à lui été initié par 2 journalistes congolais, et aurait pour mission de devenir « le Wikileaks d’Afrique ». Chaque jour, il met les citoyens à contribution dans le but de dénoncer la politique du « sanguinaire Joseph Kabila ». Sans être leur seule vocation, bien d’autres exemples de la libéralisation de la parole par le biais des blogs existent en Afrique.

L’impossible élimination des risques pour la profession?
Malgré tout, c’est dans une totale insécurité que certains blogueurs exercent leur activité. Dans certains pays d’Afrique qui affichent encore des taux de pénétration d’internet relativement bas, la toile est très surveillée. C’est le cas en Ethiopie, où de nombreux journalistes, affiliés à des médias traditionnels –pour ne pas dire « d’Etat »- ou publiant sur internet, sont fréquemment inquiétés. Blogueur assidu, Eskinder Nega en a fait les frais à plusieurs reprises. Arrêté 7 fois au cours des deux dernières décennies, il est à nouveau en prison depuis septembre 2011, pour avoir publié une colonne dans laquelle il dénonçait le non respect de la liberté d’expression. Accusé d’actes de terrorisme, il risque à présent la peine de mort.
Eskinder Nega n’est pas un cas isolé. Preuve que le réseau internet, s’il aide beaucoup, ne peut  tout résoudre, l’Afrique est encore aujourd’hui le continent qui emprisonne le plus les journalistes.

Texte rédigé par Cerise Assadi-Rochet

Le monde arabe autrement sur mashallahnews.com

Des blogueurs d’une vingtaine de villes du Maghreb et du Moyen Orient centralisent leurs articles sur le site Mashallahnews.com. De Casablanca à Téhéran en passant par Istanbul et  Abu Dhabi, les chroniqueurs y étalent des articles de qualité à l’angle décalé. Des sujets inédits et pleins d’enthousiasme. Quelques raisons d’aimer ce site.

C’est plurilingue
« Mashallah ! », ça signifie « quelle beauté ! ». La formule prête son nom au site car elle est employée dans tous les pays qu’il couvre, du monde Arabe plus l’Iran et la Turquie. Si le site est en Arabe, les chroniques sont également en Anglais, avec pour certaines une traduction en français. L’idée est de créer une fenêtre pour les occidentaux qui ne maîtrisent pas l’arabe. Ces derniers doivent faire confiance à leurs médias nationaux et passent à côté de bien des informations et de jeunes artistes.

C’est un autre regard
« Il faut briser les stéréotypes », nous dit Micheline Toubia, étudiante en science politique et membre du bureau de Beyrouth pour le site. « En finir avec l’image des burqas et des familles en pleurs qui noircissent les écrans de télé ». Pas question pour les contributeurs (blogueurs ou étudiants, tous bénévoles) de reprendre les dépêches de googlenews pour parler de la situation dans leur pays. La priorité à Mashallahnews est donnée au terrain : Gens simples, quotidien, culture underground et innovations, les sujets présentent une forme d’originalité par rapport au discours mainstream.

C’est authentique
La chroniqueuse Beyrouthine précise : « La base du site, ça reste notre identité ». Bien que les textes soient en Anglais, les articles sont écrits avec un angle local, décalé de celui des envoyés spéciaux ou des correspondants internationaux. Une source d’inspiration pour les étrangers qui souhaitent porter leur regard sur les nouvelles dans la région sans l’aide d’Al Jazeera. D’où le titre évocateur d’informations désOrientées.


C’est innovant
La primauté est donnée à la nouveauté: Dans le fond des articles, puisque aucun sujet déjà traité par la presse n’est accepté, mais aussi sur la forme, avec un webdesign soigné et la présence de formats multimédias. Ses efforts d’originalité ont valu aux créateurs du site d’être primés en novembre dernier lors du World Summit Youth Award. Les équipes travaillent sur un nouveau concept axé sur le web-documentaire et l’interaction avec d’autres sites innovants.

C’est relax
Le site publie deux à cinq articles par semaine : Pas de quoi stresser. Un design sobre et espacé, sans flashs info ni photos chocs, pas de fil twitter épileptique. Le site mise sur la qualité: le visuel, le choix des sujets et leur contenu.

Étrangement, les auteurs ne sont pas férus de l’appellation “Printemps Arabe”… Découvrez pourquoi, été, automne comme hiver, sur mashallahnews.

Texte rédigé par Cyril Fourneris

Portrait : Basile Niane, journaliste, blogueur, passionné, engagé

Journalisme et blogging : deux activités qui se croisent, se rencontrent, se chevauchent, sans jamais véritablement se confondre. En Afrique, nombreux sont ceux qui exercent cette double fonction. Basile Niane est l’un d’entre eux. A 28 ans, ce jeune Sénégalais a fait ses galons sur les radios Sud FM et Océan FM. Il est à présent chroniqueur TIC sur la RTS, blogueur de renom sur le MondoblogRFI, coordinateur du projet avenue221, et travaille également pour le premier portail d’informations sénégalais : www.seneweb.com. Un emploi du temps chargé qui n’a pas empêché Basile d’accepter l’entretien proposé par Horizons Médiatiques – Edition Afrique. Avec nous, il revient sur les caractéristiques de ses deux métiers, mais également sur l’espoir que génère la blogosphère pour l’enracinement de la démocratie dans son pays.

Cerise Assadi Rochet pour Horizons Médiatiques : Basile, je crois savoir que vous avez suivi des études d’informatique, avant de vous diriger vers le journalisme. Qu’est-ce-qui a motivé cette orientation ?
Basile Niane : Je suis journaliste par passion. J’adore raconter des histoires, et également découvrir des choses, notamment par le biais de mes voyages. Petit, lorsque je regardais la télévision, je rêvais de reconnaissance publique. Selon moi, seul le journalisme pouvait me permettre de lier toutes ces choses. C’est ainsi que j’ai opéré mon choix de carrière.

CAR pour HM : Depuis combien de temps bloguez-vous, et pourquoi ?
BN : Je blogue depuis plus de 10 ans. J’ai commencé sur des blogs tels que Skyrock, avant de progressivement me professionnaliser, en créant un blog sur lequel je pouvais raconter mes propres histoires. C’est une passion, et également un bon moyen de faire partager mes connaissances.

CAR pour HM : Considérez-vous que le blog est un espace d’expression plus libre que la presse traditionnelle. Est-ce pour cela que vous bloguez ?
BN : Oui, exactement. Quand je travaillais à la radio, et que je réalisais des reportages, il m’arrivait de garder certains éléments, pour les partager avec les internautes. On est forcément plus libres sur la toile que dans le mode réel. Et c’est l’une des raisons pour lesquelles je blogue.

CAR pour HM : Au vue de la situation politique du Sénégal, pensez-vous que les blogs ont joué un rôle important dans l’enracinement de la démocratie dans votre pays ? Sont-ils en ce sens porteurs d’un espoir quelconque ?
BN : Je crois qu’une nouvelle génération passionnée de nouvelles technologies voyage à travers le monde. Tout a démarré avec les printemps Arabes. Aujourd’hui, notre pays n’est pas en reste. Pour la première fois dans l’histoire du Sénégal, le net a joué un rôle très important dans une élection présidentielle. Les blogueurs ont su utiliser toutes les possibilités offertes par les réseaux sociaux, à l’image de sunu2012.sn, et #sunu2012. Aujourd’hui, le fait que les chaînes de télévisions elles-mêmes se basent sur le travail des blogueurs pour diffuser des informations via les réseaux sociaux est évidemment la preuve qu’une nouvelle pensée est née. Avec les blogs, l’information n’appartient plus seulement aux hommes de médias, mais peut-être le fruit de chaque personne, à l’échelle mondiale. Cela n’enchante d’ailleurs pas tout le monde…

CAR pour HM : Qui sont les lecteurs des blogs au Sénégal ?
BN : Les lecteurs des blogs sont généralement des internautes avisés. Si on veut être réaliste, il faut dire qu’ils appartiennent le plus souvent à une élite. Malgré tout, beaucoup de ces internautes ne prennent pas encore les blogueurs au sérieux : pour certains, ils ne sont que jeunes passionnés qui racontent leur vie sur la toile. C’est bien dommage, car force est de constater que les journalistes eux-mêmes s’intéressent aujourd’hui davantage aux blogs qu’à la presse traditionnelle. Ce sont, à mon avis, les blogueurs qui diffusent les bons messages, et la juste information.

CAR pour HM : Le fait que le blogging permette l’expression d’un journalisme engagé pourrait paraître paradoxal. Ne pensez-vous pas au contraire que le journaliste, quel qu’il soit, doit se limiter au faits, en les racontant de façon neutre et objective ?
BN : A l’inverse, le blogging est d’abord une liberté d’expression. Le blogueur doit être libre d’exprimer ses opinions sur la toile. Idem pour le journaliste, à ceci près que ce dernier est astreint à une certaine éthique déontologique. Mais il a le droit, selon moi, de se positionner et d’assumer ses écrits en utilisant son blog à des fins d’expression.

CAR pour HM : Dernière question, un peu indiscrète, gagnez vous financièrement votre vie grâce au bloging ?
BN : Je suis catégorique : le blogging ne me permet pas de vivre comme je veux ! Je gagne ma vie car je suis avant tout journaliste. Je travaille, j’arrive à gagner un peu d’argent avec des formations aux NTIC. Mais bloguer ne nourrit pas son homme. Peut-être qu’avec le temps, les choses vont changer…

CAR pour HM : Merci Basile, et bonne continuation à vous.

Propos recueillis par Cerise Assadi-Rochet

Dossier N°3: La caricature de presse arabe, à l’heure des nouveaux médias

La caricature humoristique de presse n’est pas un phénomène nouveau dans le monde arabe. Mais elle a été propulsée sur le devant de la scène par les nouveaux médias qui l’ont fait découvrir en Occident, notamment à travers des blogs au moment du printemps arabe. Comment internet est perçu par les caricaturistes arabes? Comment le web change la donne pour l’humour et la critique de l’actualité? Réponses dans ce dossier.

1. Le web nouvel espace de liberté pour la caricature marocaine, par Célie Gourdon

2. -Z- le web comme arme, par Cyril Fourneris