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The New Yorker: 80 ans d’art face au numérique

L’art comme marque de fabrique.

 Depuis 1925, date de sa création par Harold Ross et Jane Grant, journalistes au New York Times, le magazine The New Yorker a toujours accordé une grande place à l’art et aux illustrations. Aquarelles, esquisses, cartoons, caricatures : tous les genres graphiques sont mis au service de la critique, du reportage ou de l’actualité. L’hebdomadaire culturel propose aussi des reportages soignés, et traite autant de vie new-yorkaise que de politique ou d’international.

De grands dessinateurs sont passés par les pages du New Yorker. Au choix parmi tant d’autres, Sempé, Art Spiegelman, Bek. La célèbre Une est, la plupart du temps, soignée et créative. 80 ans de couvertures en rétrospective ici.

Voici quelques exemples de Unes de ces dernières années:

En juillet 2008, la couverture représente Barack et Michelle Obama en tenue de militaires devant un tableau de Ben Laden. Elle fit scandale et décrédibilisa quelque peu les journalistes, réputés sérieux et responsables.

Le New Yorker 2.0

 Le site du New-Yorker, avec son style épuré et ses graphismes, rappelle l’esthétique du magazine (voir plus de détails ici). Mais qu’en est-il des rubriques ? Comme la version papier, il propose les thèmes traditionnels chers aux lecteurs : vie à New York, reportages, politique, Talk of the Town, billets d’humeurs, photographies, tout en gardant un pied dans l’actualité.

Le magazine, comme tant d’autres, a lancé sur Ipad et tablette sa version numérique (celle du New Yorker est accessible aux abonnés de la version papier). Innovation de ce côté-là, l’éditeur propose aussi une application contenant des archives et anciens contenus du journal. De plus, une chaîne Youtube a été créée dès 2007, mettant en ligne des vidéos variées, présentant aussi bien des petits reportages que des interviews et les coulisses de la rédaction.

Mais le New Yorker version  2.0 ne s’arrête pas là. Sur le site, la fibre artistique du New Yorker trouve de nouveaux tremplins et moyens d’expressions. Petit tour d’horizon…

Amateurs de cartoons et de caricatures, vous trouverez sur le site des slideshows avec les meilleurs contributions des dessinateurs du journal. Toujours dans la rubrique « Cartoons », on trouve aussi des dessins animés. Loin de la rigidité d’une signature sur papier glacé, place à l’humour en animation avec des vidéos très courtes mais dans le même ton que les caricatures habituelles du magazine. Critique, œil acéré sur la société et satire. Une rubrique « Audio & Video » met au service des internautes des podcasts, des bandes annonces, etc.

Plus classiques, des blogs, des dépêches un fil d’actualité permettent de ne pas oublier que l’on se trouve sur le site d’un magazine sérieux ancré dans l’actualité et le débat. Avec un penchant pour l’art et l’imagination…

Alors, est-ce que la caricature de presse et l’illustration se réinventent en ligne ? L’art, si cher au magazine légendaire, trouve-t-il un nouveau souffle dans le numérique ? Se renouveler en ligne, beaucoup l’on fait et n’en sont pas effrayés, mais quand des pratiques artistiques indétrônables sont en jeu, les questions méritaient d’être posées. Mais il semble que le New Yorker y ait déjà répondu.

Texte rédigé par Mylène Hassany

Datavision : de l’art et des données

Combiner art, beauté et données, c’est le challenge que se donne David McCandless, écrivain, journaliste au Guardian et designer anglais. Ce défi porte un nom : la datavision. La technique de McCandless consiste à manier l’image de telle manière que le cerveau de chacun en retienne l’information principale au milieu d’un flux “d’infobésité” quotidien.

On le sait, le data journalisme est un domaine assez difficile à aborder pour un novice mais aussi pour un journaliste traditionnel. Pour appréhender les données complexes et pouvoir les exploiter pleinement, le data journalisme nécessite (en théorie) un journaliste, un designer et un développeur. McCandless a la particularité d’être à la fois un peu des trois. Avec un petit côté artiste en plus.

Informer, mais avant tout décrypter

McCandless prend la casquette de l’intermédiaire entre développeur et lecteur. Son but : adapter l’information en la rendant belle et claire pour en améliorer sa compréhension. “Je débute toute visualisation en partant non pas des nombres auxquels je suis confronté mais de ma propre confusion à leur égard. J’avoue ne pas comprendre ces nombres à l’état brut. Présentés de manière absolue, comme c’est souvent la cas dans les médias, il est difficile de cerner leur portée.” (OWNI) Selon lui, un joli diagramme, un graphique simple, une carte colorée valent mieux qu’on long texte barbant. L’image est claire, simple à décoder et se comprend en un clin d’œil : le cerveau la retient plus facilement qu’un nombre.

Une visualisation qui touche à tous les sujets : d’un recensement des “plus célèbres groupes de rock” à une planche “dangers de mort” qui évalue nos différentes probabilités de morts (du cancer à la météorite qui tombe sur la maison…). Un choix de sujets beaucoup plus recherché que l’on ne peut le penser : “Pratiquer la visualisation de données m’a conduit à réfléchir sur ce qui est intéressant. C’est une notion que l’on considère presque pour acquise alors qu’elle ne l’est pas du tout. Qu’est ce qui rend une chose intéressante et pas une autre ? Cette question me passionne.” (OWNI)

« Trouver mort à son pieds »

Une nouvelle forme d’art ?

Plus qu’un simple recensement de chiffres, McCandless les met en scène. Notre homme devient un véritable artiste des données en utilisant une large palette de couleurs et de motifs qui transforme un simple graphique en peinture. Une peinture qui se rapproche du pop art et qui crée de l’émotion chez le lecteur.

De l’art mais aussi de la simplicité et beaucoup d’humour. On trouve en effet dans les travaux de McCandless, notamment dans son livre Datavision, des études “originales” comme les”animaux péteurs” où différentes tailles de nuages de pets, à l’arrière d’une vache comme d’une danseuse, nous indiquent les émissions annuelles de méthane des animaux en CO² ; ou encore les pourcentages d’étudiants vierges par disciplines universitaires. Un moyen funkie pour le lecteur de renouer avec chiffres et statistiques. ”La visualisation de données c’est à la fois divertissant et sérieux. Je pense avoir peut-être une approche plus espiègle que les autres data-journalistes. Les données permettent et obligent le jeu. Il est nécessaire d’entrer avec elles dans un processus ludique afin d’en extraire des motifs mais aussi pour ne pas laisser leur formalisme paralyser notre imagination.” (OWNI)

Texte rédigé par Coralie Horgue