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Régis Présent-Griot, cordi-allemand vôtre

A la tête de La Gazette de Berlin, le premier webzine francophone des Alpes à la Baltique, Régis Présent-Griot est un entrepreneur passionné.  Après  des études de langues et un passé de financier à Paris, il travaille comme journaliste à Moscou avant de déposer ses valises dans une capitale européenne pour laquelle il voue un amour sans pareil : Berlin. Entre un Club Maté et un thé vert, il a accordé une interview à Horizons Médiatiques, afin de parler de son implication pour les relations franco-allemandes, mais surtout de sa vision de l’évolution du journalisme, à l’heure de la convergence des médias vers le numérique et des nouvelles pratiques qui en découlent.

Régis Présent-Griot, Rédacteur en Chef de La Gazette de Berlin // Photo : Marilyn Epée

Horizons Médiatiques / Marilyn Epée : Qu’est-ce qui t’a poussé à te reconvertir dans le journalisme ?
Régis Présent-Griot :
Il ne s’agit pas vraiment d’une reconversion. Le journalisme  a toujours été présent dans ma vie, dès l’adolescence avec de nombreuses expériences. Mais disons qu’à mon retour de Moscou, j’étais un jeune père et que la possibilité de gagner rapidement ma vie dans le journalisme à Paris ne me paraissait pas très réaliste. Voila donc pourquoi durant 6 ans à Paris j’ai travaillé dans la finance, sans bonheur particulier. Ensuite de retour à Berlin les choses paraissaient plus simples pour travailler dans un secteur plus en phase avec ce qui m’intéressait.

HM / M.E : La Gazette de Berlin, c’est quoi au juste ?
RPG
: “Le journal francophone des Alpes à la Baltique”. En fait on est à la croisée de deux domaines qui me semblent phagocytés par un discours officiel dévoyant : la Francophonie et les relations franco-allemandes. L’idée avec La Gazette, c’est d’être le reflet vivant, authentique et non-institutionnel de la vie du fait francophone en Allemagne et surtout de la réalité de relations intenses et protéiformes entre la France et l’Allemagne qui n’ont pas d’équivalent sur la planète.

HM / M.E : La France et l’Allemagne, une grande histoire d’amour ?
RPG
: Pas sûr. Il y a bien sûr une forme de fascination réciproque des élites des deux pays à travers le temps. Et puis depuis la seconde Guerre Mondiale une forme de mariage de raison dicté par un réalisme géo-politique. Entre angélisme incantatoire sur le fameux “couple franco-allemand” et déclarations germanophobes ou francophobes absurdes, il y a réellement nécessité d’une approche rationnelle liée à la réalité vers une meilleure compréhension.
En parallèle, les liens humains sincères entre les deux pays se sont multipliés. Histoires d’amour, de business (gros ou petit), de coopérations à tous niveaux, d’échanges, etc. La France et l’Allemagne sont bien différentes mais par bien des aspects complémentaires : on a d’excellents fromages et ils ont des pains exceptionnels !
Plus sérieusement, une certaine méconnaissance entretenue par des clichés tenaces des deux côtés engendre pas mal de malentendus. C’est aussi pour lutter contre ces préjugés et malentendus que La Gazette existe.

« Une approche pure player internet nous a donné beaucoup de réactivité et de souplesse.»

Les relations franco-allemandes au coeur du domaine d’expertise de La Gazette de Berlin

HM / M.E : Pourquoi le choix d’un format web ?
RPG
: Ce n’est pas vraiment un choix. La Gazette a d’abord existé en version papier gratuite, puis vendue. Les ventes étaient très bonnes ! Mais l’absence d’assise financière de La Gazette (trésorerie) et l’absence totale de soutien des multiples structures à même de soutenir La Gazette (grosses fondations, grosses entreprises impliquées dans le franco-allemand, voire états et organisations para-étatiques) nous ont fait opter pour le seul Web.
Il est compréhensible d’une certaine manière que ces structures n’aient pas absolument souhaité soutenir un média à la parole libre, indépendant des discours officiels. Peut être n’avons nous pas fait les bonnes courbettes auprès des bonnes personnes…
Il est parfois rageant de voir régulièrement soutenus des projets sans lendemain, ou déphasés par rapport à la réalité… Mais bon, même si dans notre niche une version papier serait tout à fait viable, force est de constater que le papier en matière de presse est moribond. Une approche “pure player” internet nous a aussi donné beaucoup de réactivité et de souplesse.

HM / M.E : Est-ce rentable ? Comment finances-tu le site ?
RPG
: Limite. Les seules sources de financement sont la pub, la vente de liens, les annonces… le tout en veillant à conserver une déontologie qui respecte le lecteur.

HM / M.E : A l’heure du 2.0, comment envisages-tu l’évolution du métier de journaliste ?
RPG
: C’est un vrai défi. Paradoxalement, je pense que l’on a jamais autant lu d’articles qu’aujourd’hui. Mais il y a découplage entre acte de lecture et acte d’achat, c’est une réalité, inutile de le nier. Le 2.0 apporte la chance d’avoir beaucoup plus de réactivité de la part des lecteurs, lesquels sont tous de potentiels auteurs…
À mon sens, tout le monde est un potentiel artiste, journaliste, boulanger ou policier. Mais le fait d’avoir une réflexion sur son métier, une expérience liée au fait que c’est son activité principale apporte un indéniable “plus”. Toutefois même si personnellement je suis contre l’excessive spécialisation professionnelle qui structure nos sociétés, il y a malgré tout un “savoir faire”, un “artisanat” du métier de journalisme. Et on aurait du mal à se passer de cette forme d’expertise, dans l’intérêt même de la démocratie.
Il ne faut donc pas douter de la légitimité de la profession de journaliste face aux nouvelles pratiques. Là encore c’est un défi. Il faut écrire, reporter, etc. en étant plus que jamais conscient du lecteur et surtout de l’intérêt, de la “valeur ajoutée” que l’on apporte en tant que journaliste. Cela augmente juste le niveau d’exigence, ça oblige à se poser plus de questions, plutôt que d’être sûr d’avoir les bonnes réponses, ce n’est jamais un mal…

« Il y a un savoir faire, un artisanat du métier de journalisme. Et on aurait du mal à se passer de cette forme d’expertise, dans l’intérêt même de la démocratie. Il ne faut donc pas douter de la légitimité de la profession de journaliste face aux nouvelles pratiques. »

HM / M.E : Quel est ton avis par rapport à l’avenir de la presse papier ?
RPG
: C’est un peu comme le CD. Vendre un CD aujourd’hui ne fait sens que s’il a une jolie boîte en carton ou en métal, que s’il contient les texte des chansons et de belles photos, etc. En clair s’il est un objet qui apporte vraiment un plus par rapport aux contenus digitaux. Dans la presse c’est un peu la même chose. Un beau magazine, mise en page élégante, papier et photos de qualité a ses chances face au contenu de la presse en ligne. Sinon la presse quotidienne “sèche” a du mal à se faire…

HM / M.E : Quels conseils donnerais-tu à un jeune qui souhaite se lancer dans une carrière de journaliste web ?
RPG
: Multiplier les expériences. Ecrire, photographier, filmer… le plus possible. Un journaliste qui n’exerce pas, c’est un peu comme un acteur sans scène, ça n’existe pas vraiment. Être ouvert aux nouvelles pratiques, être curieux. Et ne pas avoir peur de domaines a priori ingrats comme l’économie, dont trop de journalistes se détournent…

Plus d’infos sur La Gazette de Berlin

Propos recueillis par Marilyn Epée.

Des «plus-produits» pour financer la presse allemande

Les journaux allemands, en réponse à la crise de la presse, se modernisent et trouvent de nouvelles sources de financement via le multimédia. Des nouvelles pratiques journalistiques étonnantes, les sites internet devenant de véritables plateformes de ventes de “plus-produits”.

De la Bible aux sous-vêtements, en passant par un briquet…

Vêtements, accessoires, téléphones mobiles…Bild vous propose une importante gamme de produits.

Le tabloïd Bild est l’exemple parfait de cette nouvelle industrie commerciale. Le journal a créé, sur son site internet, le “Bild Shop” où l’on peut trouver tout et n’importe quoi. Le Bild Shop présente plusieurs catégories:

– le Handy-Shop regroupe tout ce qui touche au mobile: smartphones, tablettes numériques, écouteurs, housses d’iPad, iPhones, cartes SD… mais aussi un forfait téléphonique: le BILDmobil. Le média allemand propose aussi des offres d’abonnements au journal avec le smartphone ou la tablette achetée.

– le Fan-Shop qui condense un vaste choix de t-shirts, maillots, sweats, coussins, casquettes et autres goodies tant pour femmes que pour hommes, de différentes équipes de football et basket-ball.

Bild-Produkte (produits visuels) où l’on trouve DVDs, CDs, clé USB Bild, jeux d’ordinateur, briquet Bild, livres de cuisine ou encore une série de portrait des huit chanceliers par Konrad R. Müeller frôlant les 2000€.

Freizeit und Sport (loisir et sport), la catégorie où différentes marques sportives sont exposées (Adidas, Kappa, Nike, Puma…). On y trouve t-shirts, pantalons, blousons, sacs de sport, montres, bonnets ou  mallettes de poker.

Fashion-Shopping : bijoux, sacs, chaussures et vêtements à la mode.

TagesDeal qui propose des remises de prix sur différentes sorties, voyages, dîners…

– La catégorie Reise-Shop qui, telle une agence de voyage, organise des voyages à prix réduit.

Ce savant mélange de choix hétéroclites fonctionne. Le Bild Shop représente entre 5 et 10% du chiffre d’affaires du groupe Springer (éditeur du tabloïd Bild).

Un marché qui s’étend aux autres journaux
Bild n’est pas le seul média à se prendre à la fièvre vendeuse. Le Spiegel possède aussi son Spiegel Shop qui se distingue de son concurrent en ciblant la famille mais, plus particulièrement, un public plus jeune par la vente de consoles et de jeux vidéos, en plus des traditionnels CDs et DVDs.

Vendre des consoles pour viser un public plus jeune.

Même chose pour le groupe RTL.de, qui possède sa catégorie “Shopping”, le Süddeutsche Zeitung Shop ou encore le Stern Shop.

Plus surprenant, la chaîne de télévision ProSieben tente d’attirer des téléspectateurs en mettant à disposition, sur son site internet, une plateforme de jeux vidéos : tous les moyens sont bons pour trouver de nouveaux lecteurs et téléspectateurs afin d’obtenir de nouveaux fonds.

Une mode qui va probablement traverser les frontières pour venir jusqu’en France, où cette méthode commerciale est déjà quelque peu implantée. On trouve déjà Le Monde Boutique ou La Boutique Libération qui, pour l’instant, ne propose que des DVDs ou CDs en lien avec l’actualité et les productions du journal…

Texte publié par Coralie Horgue

TheEuropean.de fait la part belle au journalisme d’opinion

Dans un contexte où la presse papier connait d’importantes difficultés financières, les journalistes tendent à élargir leur expertise aux nouveaux supports d’informations, avec en ligne de mire, le média Internet. En s’imposant comme le premier magazine allemand 100% web, TheEuropean.de innove et donne un coup de jeune au paysage médiatique de la République Fédérale. Mais s’il se distingue, c’est surtout par la singularité de sa ligne éditoriale. Quelques explications pour mieux comprendre.

« Meinung statt Meldung »

La particularité de TheEuropean.de par rapport à d’autres sites d’informations réside dans son contenu. Quitte à traiter d’un sujet, autant le faire de manière critique et analytique. C’est partant de ce postulat qu’Alex Gorlach, le Rédacteur en chef, a lancé ce projet en 2009, dans l’optique de privilégier l’analyse et le décryptage au scoop et à l’actu chaude. Un traitement ouvertement affiché, comme en témoigne l’accroche sur le profil Twitter du magazine, « Meinung statt Meldung », ou « l’opinion au lieu de l’annonce ».

Profile Twitter de TheEuropean.de

Fier de sa culture du débat et de la controverse, TheEuropean.de réunit de nombreux spécialistes qui réfléchissent autour de grandes thématiques généralement liées à la société, à la culture ou à la politique. Le tout, sous forme d’article en moins de 3500 caractères.

Internet comme place publique

Ce traitement de l’information n’est pas anodin ; il va de paire avec le choix du nom du magazine. “The European” renverrait effectivement à la tradition historique et culturelle de l’Europe, qui puise ses sources entre autres dans l’héritage des cultures antiques grecques et romaines. De fait, ces cultures sont reconnues pour laisser une grande place à la démocratie, et par conséquent, à la liberté d’expression. TheEuropean.de, c’est donc en quelque sorte la cité – au sens antique du terme – propice à l’expression de la libre parole, au débat et à la fermentation des idées. Dans cette perspective, le choix du média Internet est d’autant plus significatif qu’il s’inscrit dans cette démarche de libre échange, les internautes étant également mis à contribution pour nourrir et faire fructifier le débat :

« The emergence of the internet as a global arena for the exchange of ideas and innovation has expanded the opportunities for participation like no previous form of media. We are tasked with the re-assessment and critical examination of our ideals, convictions, utopian dreams and societal models. The European aims to debate responses to fundamental questions together with our authors and readers. »

Un projet audacieux, qui suscite bien des critiques de la part de certains qui taxent TheEuropean.de de magazine élitiste. Pour autant, cela ne semble pas décourager Alex Gorlach pour qui la qualité du journalisme réside en grande partie dans la rigueur du traitement et de l’analyse des sujets. Dans une vidéo réalisée par la journaliste Christina Okello, le Rédacteur en chef du magazine n’hésite pas à l’expliquer :


Cliquer ici pour voir la vidéo : http://www.dailymotion.com/embed/video/xcdmme, The European.de von cfjvideo

Alors élitisme ou non, TheEuropean.de se targue au moins d’apporter un vent de renouveau dans le journalisme web allemand en proposant un traitement alternatif de l’actualité. Une initiative qui ne peut qu’être saluée.

Version originale : http://www.theeuropean.de
Version anglaise : http://www.www.theeuropean-magazine.com

 Sources : theeuropean-magazine.com, https://www.facebook.com/TheEuropean, https://twitter.com/theeuropean, http://www.youtube.com

Texte rédigé par Marilyn Epée