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Edition Océan Indien

Cette catégorie contient 14 articles

En Inde, les journalistes citoyens font le show

En Inde, l’engouement pour le journalisme citoyen est tel que des chaînes de télévisions ont crée des émissions spéciales dédiées à ce nouveau genre de pratique journalistique. « Speak Out India » est un programme télévisé unique en son genre. On y découvre les péripéties d’indiens issus de communautés isolées, qui utilisent le journalisme pour couvrir des sujets percutants, comme les conflits ethniques, la corruption gouvernementale, ou encore la pauvreté. Décryptage d’une émission dans laquelle les journalistes citoyens font le show. 

« Speak Out India »  c’est l’histoire de citoyens ordinaires, comme vous et moi. Pourtant, eux ont décidé de contribuer activement à la collectivité indienne, en rapportant ce qui se passe dans les quatre coins de l’Inde. A travers leurs histoires, ces apprentis journalistes entendent transmettre l’information du point de vue des populations locales. Une manière unique de traiter l’actualité au cœur des plus petits villages indiens.

Plusieurs chaînes de télévisions indiennes proposent déjà des programmes basés sur le journalisme citoyen, mais « Speak Out India » est la première émission dans laquelle la totalité du contenu est produite par les communautés. Par conséquent, en plus de donner une voix à des citoyens isolés, la chaîne en fait les producteurs et acteurs principaux du média. Ranjana Jetley, directrice des programmes chez NewsX’s, se dit « ravie d’être en mesure d’offrir une plate-forme pour ces voix uniques de se faire entendre ».

Si les communautés indiennes ont plutôt l’habitude qu’on parle pour elles, « Speak Out India » sollicite les journalistes citoyens indépendants pour qu’ils expriment eux-mêmes leurs points de vue sur les problèmes qui les touchent directement. La corruption, la pauvreté, les atteintes aux droits de l’homme, ou encore les conflits ethniques, politiques et religieux sont tant de sujets traités à travers les témoignages de ces correspondants locaux. Une émission d’une demie-heure chaque semaine, ayant pour ambition de présenter un éventail de reportages riches et uniques sur les communautés de toute l’Inde.

Les correspondants de « Speak Out India » ont été formés pendant des mois aux pratiques et éthiques du journalisme par l’ONG « Video Volunteers ». Issus de 24 Etats de l’Inde, les participants sont recrutés en fonction de leur sexe, leur age, leur langue ou encore leur religion. Un panel de citoyens d’horizons très disparates, visant à produire un show authentique.  L’objectif de l’ONG est désormais d’étendre son réseau de correspondants, de 30 à 626, chiffre relatif à chaque district, permettant ainsi à toutes les communautés indiennes de faire entendre leurs voix dans les grands médias.

Retrouvez ci-dessous le premier épisode de l’émission « Speak Out India »
Texte rédigé par Amandine Fournier

« Réunionnais du monde » : la communauté d’expatriés vous offre l’actualité

Un nouveau moyen de se tenir informé sur l’actualité réunionnaise a fait son apparition sur la toile. Reunionnaisdumonde.com est un site d’information participatif, alimenté par les Réunionnais en métropole comme à l’étranger et qui permet de relier les expatriés du monde entier à leur île natale.

 

 

Internet abolit les frontières géographiques et temporelles, et permet de créer des passerelles entre un pays et sa diaspora. Dans la tendance web 2.0, on trouve des sites d’informations communautaires comme Reunionnaisdumonde.com. A l’origine de ce projet, un journaliste, Nicolas Martin, qui décide en 2005 de se lancer dans le réseautage en ligne. De retour après dix ans passés loin de son île natale, il décide de créer « Réunionnais du monde », pour les quelques 250 000 expatriés vivant en dehors de la Réunion.

Le site fédère aujourd’hui plusieurs milliers de personnes et dépasse les 400 000 pages vues par mois. Il se différencie des autres réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter, en proposant d’autres types d’informations et des services utiles conçus sur mesure pour les Réunionnais du monde. Soutenu par le service public, ce site constitue un lieu d’échange d’offres d’emplois, de bonnes adresses, de réductions sur les voyages et prestations touristiques, ou encore de produits réunionnais en vente dans la boutique en ligne.

Mais « Réunionnais du monde » c’est surtout un lieu de partage d’informations et d’expériences. Interviews, portraits, reportages, web tv et web radio, tout est réuni pour connaître l’actualité culturelle et économique des Réunionnais à travers le monde. En plus d’informer, le site a pour vocation de promouvoir l’île en terme d’image et de repérer les expatriés disséminés en Métropole et à l’étranger qui s’épanouissent dans leurs études et leur travail tout en exportant les valeurs réunionnaises dans le monde.

 

 

Texte rédigé par Amandine Fournier

Groundviews, l’application des journalistes citoyens Sri lankais

Le journalisme s’adapte aux nouvelles technologies. A moins que ce ne soit les nouvelles technologies qui s’adaptent aux nouvelles pratiques journalistiques ? Le printemps arabe a démontré le pouvoir et l’impact que peuvent détenir les journalistes citoyens. Réseaux sociaux, blogs, téléphones mobiles, tous les outils sont bons pour délayer l’information. Au Sri Lanka, un site d’actualité nommé Groundviews s’est doté d’une application Apple à destination des journalistes citoyens. Une petite révolution qui bouscule le journalisme Sri Lankais.

600 utilisateurs et 60 000 commentaires. Groundviews est un des rares cybers espaces où la population Ski Lankaise peut discuter librement des enjeux et conflits nationaux dans un pays encore loin d’être démocratique. Fort de son succès, le site décide de lancer en 2011 la toute première application mobile Apple de journalisme citoyen au Sri Lanka. Disponible sur l’iPod Touch, l’iPad et l’iPhone, la plateforme Groundviews permet a chacun de consulter rapidement et n’importe où les informations relayées des quatre coins de l’île.

Le Sri Lanka compte une population d’environ vingt millions de personnes d’origines, de religions, de langues et de coutumes différentes. En donnant la parole et la légitimité nécessaire aux citoyens Ski Lankais, Groundviews permet à la parole de tous les habitants du pays et de ceux de la diaspora d’être représentée convenablement. La détermination de son fondateur et rédacteur en chef, Sanjana Hattotuwa, a d’ailleurs permis au site de remporter le prix du web journalisme citoyen. Une reconnaissance internationale pour Goundviews qui est désormais perçu comme l’un des sites les plus critiques envers le gouvernement Sri Lankais.

Sanjana Hattotuwa explique
les enjeux des nouvelles technologies pour le journalisme citoyen

 

L’application Groundviews est gratuite et permet à l’utilisateur d’envoyer une photo accompagnée de son récit directement par e-mail à la rédaction de Groundviews. Cette technique permet un accès à l’actualité en temps réel. L’application propose également des rubriques satiriques et une plateforme de curation. Sans compter un graphisme de haute résolution personnalisable par l’utilisateur.

Groundviews n’est pas le seul média à surfer sur la vague de l’application mobile pour cette nouvelle forme de journalisme. Il existe en effet une dizaine d’applications dans l’iTunes store qui proposent au citoyen lambda de jouer son rôle de reporter. Parmi les meilleures, on compte celles de Meporter, de CNN, d’Associated Press, et d’Al Jazeera. Quand certaines offrent simplement la possibilité de soumettre des conseils ou des idées d’articles, d’autres permettent d’envoyer des photos et des vidéos directement aux salles de rédaction. Un seul constat, le rôle du journaliste citoyen s’affirme de plus en plus et devrait occuper une place de plus en plus importante au sein des médias.

Texte rédigé par Amandine Fournier

20m² de NPJ à Maurice

La générosité de l’UNESCO a permis à la petite île de Maurice de se mettre à la page. Avec un don de 27.000$ via l’ International Programme for the Development of Communication, l’Université de Maurice (UoM) a pu créer en 2008 Le Mediacom Studio, un centre multimédia complétant la formation en communication classique en y intégrant les dernières technologies. Une aubaine pour l’Université, qui ne disposait jusqu’alors d’aucun pôle spécifique pour la formation des futurs journalistes du pays.

A l’origine du projet, on trouve une chargée de cours en Média et Communication à l’Université de Maurice, Christina Meetoo, (Itv ici) qui depuis quelques années déjà rêve de créer un véritable studio multimedia dédiés aux étudiants afin de mettre en pratique les cours théoriques du cursus. A l’origine, les jeunes étudiants n’avaient accès que pendant quelques heures aux équipements du Mauritius College of the Air, institution de l’UoM pour les cours longue-distance, et ne pouvaient même pas les manipuler. Aujourd’hui, avec le Mediacom Studio, ils sont complètements autonomes et ont décuplé leurs heures de pratique. Grâce à cette petite structure de tout juste 20m2 qui leur est réservée!

Malgré la contrainte budgétaire, Christina Meetoo a voulu faire les choses en grand. « C’est mon époux, Avinash, qui est également chargé de cours en informatique à l’université de Maurice, qui a choisi et installé les équipements. Avec le budget dont on disposait, on a acheté le maximum d’équipements. Et une chose est sûre, le matériel ne risque pas d’être obsolète de si tôt », déclarait-elle au webjournal L’Express.mu pendant la mise en place du studio. Quatre iMac flambants neufs avec logiciels d’édition et de publication, camescopes HD (les caméras HD attendront l’entrée des aspirants journalistes à la MBC, la télévision nationale), un kit lumière avec trépieds, du matériel d’enregistrement audio numérique et même un écran LCD pour le visionnage post-montage de leurs reportages, avec le système Apple TV. Ce dernier fait de du téléviseur une extension de du iMac, iPod, iPad, iGadgetEnToutGenre.

La création du studio a bien sûr été accompagnée de la création d’un site web, sur lequel ces apprentis journalistes postent leurs reportages réalisés au Médiacom Studio. Mais Christina Meetoo et ses élèves ne se sont pas contentés du site web du Mediacom Studio et ont créé par la suite, en mars 2009, une chaine youtube, où toutes leurs productions vidéos sont visibles par le monde entier. De quoi donner de l’espace aux quelques 20m2 dans lesquels se cantonne le studio!

Grâce au dispostif mis en place, les étudiants en communication de l’Université de Maurice ont ainsi la possibilité de produire leurs propres reportages audios et vidéos, et même des émissions de radio. Le but est de leur donner les moyens de « créer des produits de niveau professionnel et de les diffuser à un large public ». Le rêve pour tout étudiant en journalisme!

La méthode Meetoo, qui a fait naître le studio, semble faire ses preuves. La chaine Youtube compte maintenant plus d’une cinquantaine de vidéos postées et a dépassé les 10 000 visites. Plus encore, et pas plus tard qu’en décembre dernier, les photographies de 8 de ses étudiants en première année de journalisme, réalisées dans le cadre d’un cours intitulé « Digital Imaging », ont été publiées sur le blog du New York Times pour illustrer le thème « Pictured: A World at 7 Billion ». Une belle consécration

Photographies:
Ali Mehboube Soliman, Breadboard ;
Coralie Sampson, Wheelbarrow ;
Sakinah Caunhye, Last catch

Texte rédigé par Caroline Chatelard

TéléPlus : la première Web TV de l’île Maurice

Lexpress.mu a toujours été le site d’informations le plus visité de l’île Maurice. Mais ces dernières années, un petit nouveau a fait son apparition et poursuit lentement son ascension. Le defimedia.info a lancé en janvier 2012 sa Web TV, TéléPlus, une chaîne qui surfe sur la vague des faits divers et des scandales en tout genre, des sujets qu’affectionnent particulièrement les mauriciens.

Si tous les médias mauriciens sont présents sur la toile, TéléPlus est la première Web TV à Maurice. Après la presse écrite, la radio, et le site web, le Défi Media Group s’est lancé dans une nouvelle aventure, la webtélé. Un pari réussi, puisque cette innovation a boosté les visites du site, qui s’est classé le jeudi 22 mars à la première place des sites d’informations les plus visités de l’île, détronant ainsi lexpress.mu. Par ailleurs, la chaîne Youtube de TéléPlus a enregistré pas moins de 1 601 868 vues depuis sa création en janvier 2012.

TéléPlus propose des émissions politiques, économiques, magazines, ou sports. Mais son programme phase s’intitule « Archives Criminelles ». Celui-ci retrace les crimes et autres faits divers qui ont marqué l’île. Un produit qui a été taillé à la mesure des attentes des téléspectateurs, qui raffolent de ces sujets. Si le Défi Media Group a osé s’aventurer sur d’autres supports multimédia, c’est pour bousculer la manière qu’on les mauriciens de s’informer, et de les divertir en plus de les éduquer.

L’objectif était aussi de proposer une alternative à la diffusion propagandiste de la télévision nationale mauricienne, qui détient le monopole de l’information télévisuelle depuis trop longtemps. En tant que média privé, le Défi Media Group souhaite que la population mauricienne est davantage accès à l’information libre et indépendante. Disponibles en streaming et sur tous supports possédant une connexion Internet, cette Web TV constitue une véritable évolution dans la façon de regarder la télévision à Maurice.

Cela relance la compétition entre les médias mauriciens. Les deux autres principaux quotidiens de l’île, l’Express et le Mauricien, assistent à l’avancée du Defimedia et commencent à réaliser qu’il est grand temps de rentrer dans l’ère de la télévision mobile.

Ci-dessous une vidéo faits divers…


Texte rédigé par Amandine Fournier

The Times of India : premier site d’information au monde

The New York Times est sans doute le journal anglophone le plus connu au monde. Mais c’est The Times of India le plus vendu et le plus consulté sur Internet. Avec près de 200 millions de vues chaque mois, il se place devant les géants anglo-saxons comme le New York Times, le Sun, le Washington Post, ou encore le Daily Mail

Une omniprésence papier et web
Depuis de nombreuses années The Times of India est le journal anglophone grand format le plus vendu au monde. Avec une circulation de 2,14 millions de copies par an et un lectorat de 7,4 millions de personnes, TOI est publié à partir de quinze villes indiennes : Mumbai, Delhi, Chennai, Kolkata, Bangalore, Hyderabad, Ahmedabad, Pune, Chandigarh, Lucknow, Nagpur, Jaipur, Goa, Bhopal et Nashik.
Comme si cela ne suffisait pas, TOI se place aussi numéro un des sites d’informations les plus consultés au monde, avec 65% de ses lecteurs extérieurs à l’Inde. Le site semble exceller dans le domaine du web, notamment pour garder l’attention de ses lecteurs le plus longtemps possible sur son site. Quand les visiteurs du NYT passent en moyenne de 2,8 minutes par visite, les lecteurs de TOI, eux, y passent 5,2 minutes.

Des applications mobiles à la pointe de la technologie
The Times of India est sur tous les fronts. En 2011, le journal crée le buzz en lançant des applications mobiles gratuites pour iPhone, iPad, Android, Blackberry, et Nokia au même moment. Un lancement d’applications mobiles simultané jamais vu auparavant. Gratuites, complètes et interactives, chacune des applications ont été conçues par des développeurs différents. Les utilisateurs peuvent partager des articles ou des images via Facebook, Twitter et par e-mail, ou encore sauvegarder des articles dans leur téléphone.

La presse écrite ne connaît pas la crise
Dans un pays où la pénétration d’Internet est très faible et le taux d’analphabétisme élevé, The Times of India réalise un exploit surprenant. Le journal a su rester attrayant à l’ère du numérique. Parallèlement, la presse papier ne connaît pas la crise. Les médias papiers continuent de connaître une croissance indéniable. L’Inde compte le plus grand nombre de quotidiens (environ 2700) de toute la planète et la plus grande diffusion de journaux payants au monde. Vingt des cent plus grands journaux au monde sont indiens. Le journalisme a donc encore de beaux jours devant lui.

Texte rédigé par Amandine Fournier

Le dodo déplumé : l’humour au service de l’actualité mauricienne

Jacques Maunick, ancien directeur de la radio à la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC), la société nationale de radio-télévision de Maurice, se lance dans un pari fou : mettre en ligne un site Internet d’information satirique sur l’actualité. A l’heure où les lecteurs mauriciens s’informent de plus en plus sur la toile, Jacques Maunick a pour ambition de proposer « une formule différente qui se distingue des codes habituels ».

Alors que la chaîne nationale MBC déverse quotidiennement son flux de propagande politique et religieuse au public mauricien, certains journalistes ont l’ambition de proposer une alternative à l’actualité formatée qu’on trouve dans les médias traditionnels. C’est le cas de Jacques Maunick, ancien directeur de la radio à la MBC, qui lance aujourd’hui ledododeplume.com, un site d’information à l’humour cinglant. Jacques Maunick le dit lui-même, « le curseur a déjà remplacé le stylo ». Internet et ses réseaux sociaux sont venus bouleverser l’information, ses sources et sa diffusion. Une nouvelle forme de journalisme est née avec une écriture différente, et la jeune génération mauricienne s’informe désormais sur Internet. C’est pourquoi il a voulu proposer « une formule basée sur l’humour qui pourrait plaire aux anciens comme aux nouveaux lecteurs ».Mais le but principal de ce canard est avant tout de « détourner l’info pour en rire (jaune) », comme le rappelle le slogan du site. Le dodo déplumé traite des sujets de l’actualité quotidienne mauricienne, avec un humour décapant et savoureux, ponctué de quelques idiomes en créole. « Je ne voulais absolument pas respecter les codes d’écriture de la presse écrite» affirme Jacques Maunick.
Le dodo déplumé possède quatre rubriques, traitant de la politique, la société, les faits divers ou encore l’économie. Mais c’est surtout sur la forme que le site se démarque des autres. Composés de seulement trois paragraphes, les articles vont droit au but. Un style volontairement concis, fait de jeux de mots qui incitent le lecteur à se creuser les méninges pour comprendre le message. « Ces jeux de mots permettent une grande concision et, surtout, une liberté de ton plus direct que dans un éditorial classique avec ses phrases à tiroir » explique Jacques Maunick.
Le site comprend également une rubrique intitulée « Maurice insolite », qui met en lumière des anecdotes rigolotes qui font la richesse de la société mauricienne, « des choses autour de nous que nous ne voyons pas » avance le rédacteur en chef. Par exemple, le fait que la plus grande mosquée de l’île soit située en plein cœur du quartier chinois. En voici un autre exemple :
Sortir des sentiers battus pour proposer une actualité alternative à celle proposée dans les grands médias mauriciens est donc le but de ce site humoristique, qui a bien compris que la toile devient de plus en plus le terrain de jeu de la dérision. Et Jacques Maunick espère bien que « les lecteurs enverront leurs propres jeux de mots via les comptes Facebook et Twitter du dodo déplumé ».

Texte publié par Amandine Fournier

United We Blog ! Devenir journaliste citoyen au Népal

Le web journalisme népalais cri haut et fort qu’il veut se développer. Dans un contexte pour le moins difficile, seul 48,6% de la population est lettrée et à peine 2 à 3% utilise Internet selon les chiffres indiqués par le World Fact Book de la CIA, les blogs tentent de renouveler le système d’information népalais par le journalisme citoyen. Et si aujourd’hui des sites tel que WebLali peuvent recencer dans les 300 blogs népalais (sur le Népal ou écrits par des népalais), au départ (comme pour tout départ me direz-vous…) il n’y en avait qu’un: United We Blog!

L’histoire de ce pionnier népalais, ou plutôt ces pionniers puisqu’ils sont deux fondateurs, est intimement liée à l’histoire politique du pays. Suite à l’affaire du massacre de la famille royale en juin 2001, Gyanendra, frère de feu le prince héritier, monte sur le trône alors que la guerre entre le pouvoir royal et les maoistes fait rage depuis déjà 5 ans. Puis en octobre 2002, le Roi décide de se passer de parlement, de conseils locaux, et même de premier ministre, qu’il juge incompétents face au problème des insurgés maoistes. De ce fait, il prive le Népal de tout pouvoir élu. Mais, rebondissement, en juin 2004, Gyanendra remet en poste l’ex-premier ministre… pour un temps.

Encore loin de la sphère politique, encore sur un nuage digital, une nouveauté apparait. Le 1er octobre 2004, les journalistes Dinesh Wagle et Ujjwal Acharya postent régulièrement sur un blog des articles sur leur « expérience personnelle du journalisme et du reportage ». Plutôt journal intime que journal avec un grand J, les deux précurseurs bloggent paisiblement pendant 4 petits mois, jusqu’à ce que la politique les rattrape. Gyanendra démet à nouveau le premier ministre et s’octroie les pleins pouvoirs, s’entourant de ses fidèles en guise de ministres. Quand on l’attaque, le roi contre-attaque et décrète  l’état d’urgence tout en suspendant les droits fondamentaux.

Si les hommes sont lourdement touchés par ces mesures, le net n’y coupe pas non plus. Les népalais sont privés de connexion durant toute la première semaine de février 2005. Au même titre que les sites classiques, le jeune United We Blog! (UWB) fait une pause forcée. Mais dès lors que la connexion est rétablie, nos deux bloggeurs commencent à écrire sur les évènements . Et pendant que leurs confrères journalistes souffrent de la censure des médias « classiques », sur le nouveau médium blog, UWB devient momentanément la seule source d’information népalaise indépendante.

 

Aujourd’hui, United We Blog! fonctionne comme une plateforme de journalisme citoyen ouverte à tous. Le blog se veut un outil d’expression pour les journalistes souhaitant écrire à propos du Népal mais ne pouvant s’exprimer dans les journaux, papiers ou web, mainstream. Dharma N. Adhikari, directeur du Media Monitoring du Népal, expliquait, dans une interview accordée à Saroj Gartula en 2008, la popularité croissante du journalisme citoyen au Népal en ces termes: « Les medias mainstream n’ont pas été capables de diversifier leur couverture ». C’est donc ce qui fait la force et le charisme de UWB! face à des Ekantipur.com et autres thehimalayantimes.com. Plutôt que de dépêcher des journalistes aux quatre coins du pays pour des articles sur des régions reculées souvent délaissées par les médias, le blog met à contribution les citoyens déjà sur-place, à qui il tient à cœur de diffuser l’actualité de leur région. Et le concept a su trouver son public en plus de ses acteurs car, si l’on ne compte pas le nombre de contributeurs à travers le pays et le monde, UWB! est suivi par pas moins de 9 852 internautes, soit un dixième des « followers » du Ekantipur, l’un des leaders du web journal mainstream.

 

Texte rédigé par Caroline Chatelard

 

L’Océan Indien à l’heure du média participatif

Les médias papiers n’ont plus vraiment le monopole de l’information de nos jours, ils laissent progressivement la place aux plateformes internet. Au cœur de l’Océan Indien, le site Exprimanoo.com permet aux internautes d’être les seuls acteurs de l’actualité, proposant ainsi une alternative à l’information formatée des médias officiels. Un pari réussi pour le site, qui s’est aussi lancé dans une version papier.

Alors que le monde connaît une période de mutation accélérée des médias depuis l’émergence du numérique, des médias sociaux et citoyens fleurissent un peu partout sur la toile. Le 1er octobre 2008, le site Exprimanoo a vu le jour au sein de la Réunion, Madagascar, les Comores, les Seychelles, Maurice, ainsi que des départements d’outre-mer français.

Ce site d’information présente une particularité : les rédacteurs sont simplement des citoyens indépendants. Après une inscription gratuite, les internautes peuvent publier librement en français, anglais ou créole les articles de leur choix. Une initiative ambitieuse et originale qui permet aux personnes du monde entier de s’alimenter en actualités sur l’Océan Indien. A l’heure où certains pays imposent une censure chronique sur la presse locale, Exprimanoo constitue un espace d’expression libre, à la fois pour les citoyens et les journalistes de ces Etats insulaires, qui peuvent si ils le souhaitent déposer leurs papiers sous couvert d’anonymat. Chaque article publié est validé au préalable par un rédacteur en chef.

Exprimanoo constitue le premier media participatif de l’Océan Indien. L’intérêt des lecteurs et des rédacteurs ont permis la création d’une version papier dont le premier exemplaire est sorti le 1er avril 2009 sur l’île de la Réunion. L’édition mensuelle comprend une sélection des articles les plus lus par les internautes. Il s’agit du premier journal gratuit de la Réunion et du premier média participatif national papier dans ce pays de l’Océan Indien. Une avancée spectaculaire pour tous ceux qui ont des choses à dire.

Exprimanoo offre donc aux citoyens du monde une nouvelle façon indépendante de s’informer sur l’actualité de l’Océan Indien. Car ce qu’il y a de bien sur internet, c’est que la libre expression n’a pas de frontière.

Texte rédigé par Amandine Fournier

En Inde, CGNet donne une voix aux sans-voix

Dans le Chhattisgarh, le plus petit État de l’Inde centrale, les citoyens ont revêtu la fonction de journaliste afin de faire valoir leurs droits. Persécutés par des extrémistes maoïstes, ils utilisent internet comme outil de visibilité pour dénoncer les violations aux droits de l’homme dont ils sont victimes. Les grands médias indiens sont, pour la grande majorité, détenus par de grandes sociétés qui n’accordent guère de place aux préoccupations des tribus. C’est pourquoi le CGNet, site internet du peuple du Chhattisgarh a été crée.


CGNet est un forum citoyen qui permet de traiter les sujets que les médias traditionnels n’abordent pas ou ne peuvent pas couvrir. La population aborigène des Adivasis, résidant dans le Chhattisgarh, se bat quotidiennement pour ne pas être laissée pour compte. La tribu souffre d’un taux d’alphabétisation critique, car les Adivasis sont une des populations les plus démunies de la société indienne. Persécutés par les extrémistes de gauche indiens, les Adivasis se réfugient dans les forêts, isolés du reste de la société. Le premier ministre indien, Manmohan Singh, s’inquiète de l’insurrection sanglante menée par les maoïstes, qui pose un problème de sécurité des tribus résidant en Inde centrale.

Aucun journaliste professionnel n’exerce au sein de ces populations. Ils peuvent à peine communiquer avec elles. Si bien que les Adivasis ont dû eux-même s’improviser journalistes. Grâce au CGNet, ils ont pu dévoiler au grand jour les violations multiples des droits de l’homme dont ils étaient victimes et auxquelles la presse indienne ne s’était jamais intéressée. Une visibilité nouvelle qui a permis d’attirer l’attention des médias, et par la même occasion des militants des droits de l’homme.

Le CGNet fonctionne donc grâce aux jeunes Adivasis qui sont formés aux pratiques du journalisme citoyen. Ils apprennent ainsi à utiliser leur portables pour enregistrer les événements de leur zone géographique. Pour ce faire, les citoyens n’ont qu’à appeler d’un portable et laisser un message vocal, qui sera ensuite vérifié par de vrais journalistes. Leurs témoignages écrits et vidéos font ensuite l’objet de débats sur le forum. Depuis sa création en 2009, CGNet a reçu pas moins de 37 000 appels et a publié 750 reportages.

La réussite du groupe animant le CGNet est tel que le site a partagé son savoir-faire avec 80 millions de personnes, issues des communautés tribales voisines qui manquaient cruellement de moyens de communication pour faire entendre leurs voix. A l’origine de ce projet novateur mais risqué, Kamlesh Painkra et Shubhranshu Choudhary, journaliste indien ayant travaillé pour The Guardian et la BBC. Ce dernier a été récompensé pour son travail et a reçu de la part du Centre International des Journalistes la Knight Fellowhip, accordée chaque année à des journalistes internationaux.

Texte rédigé par Amandine Fournier