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Edition Monde Arabe

Cette catégorie contient 9 articles

Le monde arabe autrement sur mashallahnews.com

Des blogueurs d’une vingtaine de villes du Maghreb et du Moyen Orient centralisent leurs articles sur le site Mashallahnews.com. De Casablanca à Téhéran en passant par Istanbul et  Abu Dhabi, les chroniqueurs y étalent des articles de qualité à l’angle décalé. Des sujets inédits et pleins d’enthousiasme. Quelques raisons d’aimer ce site.

C’est plurilingue
« Mashallah ! », ça signifie « quelle beauté ! ». La formule prête son nom au site car elle est employée dans tous les pays qu’il couvre, du monde Arabe plus l’Iran et la Turquie. Si le site est en Arabe, les chroniques sont également en Anglais, avec pour certaines une traduction en français. L’idée est de créer une fenêtre pour les occidentaux qui ne maîtrisent pas l’arabe. Ces derniers doivent faire confiance à leurs médias nationaux et passent à côté de bien des informations et de jeunes artistes.

C’est un autre regard
« Il faut briser les stéréotypes », nous dit Micheline Toubia, étudiante en science politique et membre du bureau de Beyrouth pour le site. « En finir avec l’image des burqas et des familles en pleurs qui noircissent les écrans de télé ». Pas question pour les contributeurs (blogueurs ou étudiants, tous bénévoles) de reprendre les dépêches de googlenews pour parler de la situation dans leur pays. La priorité à Mashallahnews est donnée au terrain : Gens simples, quotidien, culture underground et innovations, les sujets présentent une forme d’originalité par rapport au discours mainstream.

C’est authentique
La chroniqueuse Beyrouthine précise : « La base du site, ça reste notre identité ». Bien que les textes soient en Anglais, les articles sont écrits avec un angle local, décalé de celui des envoyés spéciaux ou des correspondants internationaux. Une source d’inspiration pour les étrangers qui souhaitent porter leur regard sur les nouvelles dans la région sans l’aide d’Al Jazeera. D’où le titre évocateur d’informations désOrientées.


C’est innovant
La primauté est donnée à la nouveauté: Dans le fond des articles, puisque aucun sujet déjà traité par la presse n’est accepté, mais aussi sur la forme, avec un webdesign soigné et la présence de formats multimédias. Ses efforts d’originalité ont valu aux créateurs du site d’être primés en novembre dernier lors du World Summit Youth Award. Les équipes travaillent sur un nouveau concept axé sur le web-documentaire et l’interaction avec d’autres sites innovants.

C’est relax
Le site publie deux à cinq articles par semaine : Pas de quoi stresser. Un design sobre et espacé, sans flashs info ni photos chocs, pas de fil twitter épileptique. Le site mise sur la qualité: le visuel, le choix des sujets et leur contenu.

Étrangement, les auteurs ne sont pas férus de l’appellation “Printemps Arabe”… Découvrez pourquoi, été, automne comme hiver, sur mashallahnews.

Texte rédigé par Cyril Fourneris

RSF récompense les cyber-dissidents syriens

Le Prix du Net-Citoyen 2012, décerné par Reporters Sans Frontières (RSF), revient aux «Journalistes-citoyens» des Comités locaux de coordination en Syrie. Bien plus que de simples activistes militants, il s’agit d’un nouveau genre de journalistes, engagés dans une véritable guerre de l’information. Ils ont mis en place un dispositif performant pour percer la chape de plomb du gouvernement qui étouffe la communication sur les événements syriens.

La cyber-dissidente syrienne Jasmine, 27 ans, exilée au Canada, reçoit le prix RSF au nom de tous les journalistes-citoyens syriens, à Paris, le 12 mars.

«S’ils sont à ce point pourchassés, c’est bien parce que les net-citoyens sont devenus indispensables au processus de collecte de l’information», a déclaré Dominique Gerbaud, président de Reporters Sans Frontières. Il ajoute: «les dirigeants l’ont bien compris, en mettant en place des appareils de censure et de surveillance de plus en plus sophistiqués et efficaces, et une répression toujours plus forte». Selon RSF, 200 Net-citoyens ont été arrêtés en 2011, soit 30 % de plus qu’en 2010, cinq ont été tués et plus de 120 sont actuellement emprisonnés.

RSF a donc décerné son Prix du Net-Citoyen 2012 aux «Journalistes-citoyens» des Comités locaux de coordination en Syrie. Ce n’est pas la première fois que ce prix récompense des activistes du monde arabe, puisque les lauréates 2010 étaient des cyber-féministes iraniennes, et en 2011 les auteurs d’un blog collectif tunisien. RSF rappelle que les médias internationaux sont, pour la plupart, tenus à l’écart de la Syrie: «en leur absence, [les comités locaux de coordination] représentent presque le seul moyen de tenir le monde informé de la violence qui ravage le pays. Ils ont émergé spontanément au début de la révolte syrienne en mars dernier, et rassemblent des militants des droits de l’homme aux côtés de journalistes locaux», souligne RSF.

Les médias center de coordinations syriens sont organisés en groupes sur le terrain, dans différentes villes, tandis que des activistes à l’extérieur du pays servent de relais pour la transmission des informations. Ces cyber-journalistes-citoyens collectent l’information, la traduisent et la transmettent instantanément aux médias internationaux. Ils ont aujourd’hui plus d’un millier de contacts de journalistes dans le monde et envoient plus de 50 e-mails par jour. Ils disposent également d’un centre de documentation pour archiver et stocker les données. La guerre de l’information en Syrie a donc bien ses soldats de l’ombre, qui risquent leur vie chaque jour. Ils résistent contre l’information officielle imposée par le gouvernement, et contre le blocage des journalistes étrangers à la frontière de la Syrie.

Interview  vidéo AFP de Jasmine qui a reçu le Prix RSF au nom de tous les journalistes-citoyens syriens, à Paris, le 12 mars.

Et pour en savoir plus, interview  de Jasmine par le Nouvel Observateur.

Texte rédigé par Célie Gourdon

Fedwa Misk, celle qui veut révolutionner la presse féminine marocaine

Il y a trois mois, Fedwa Misk a lancé le « magazwine » Qandisha, un site collaboratif féminin d’actualité et de débats, qui se veut différent et anticonformiste. Elle ne s’attendait pas à un si bon accueil sur la toile marocaine. Jeune femme super-active au parcours étonnant, Fedwa Misk ne compte pas s’arrêter en si bon chemin : avec Qandisha, elle veut offrir une tribune libre aux marocaines et révolutionner la presse féminine.

www.qandisha.ma

Fedwa Misk, élégante marocaine de bientôt 31 ans, a choisi l’un des salons de thé « Paul » de Casablanca pour notre rencontre. Un rendez-vous qui s’inscrit dans le cadre d’un travail pour mon journal d’accueil, Challenge, qui prépare pour le 8 mars un numéro spécial sur les femmes qui font bouger le Maroc. Et Fedwa Misk fait partie de cette génération montante, pleine de nouvelles idées et d’envies de changement.  Avec le web-magazine féminin Qandisha, elle s’est lancée dans l’aventure du journalisme collaboratif en ligne. Nouvelles pratiques journalistiques mais surtout nouvelle vision de la presse féminine.

Qandisha, l’oeuvre d’une super-active passionnée
Tout a commencé lors d’une discussion entre copines sur les magazines féminins marocains. Ni la forme, ni le fond ne les attirent vraiment. Elles rêvent d’un féminin intelligent, loin du diktat de la pub, qui leur parle aussi d’actu. Justement, ce magazine existe grâce à une femme remarquable, Fedwa Misk. C’est elle qui a imaginé et créée Qandisha, un féminin sans rubrique cuisine, ni mode, ni beauté. Un web-magazine d’une grande liberté de ton, mélangeant média d’opinion et presse féminine.  Un site collaboratif auquel participe régulièrement une dizaine de figures féminines de la presse, des blogs et de la littérature marocaine. Mais qui donne aussi la parole à toute femme qui souhaite proposer un article en français, en arabe ou en anglais.

Fedwa Misk est donc la fondatrice, modératrice et coordinatrice de Qandisha. Bloggeuse depuis longtemps, la jeune marocaine a une bonne connaissance du web, mais elle a aussi une plume aiguisée au travers de son expérience de journaliste. Pigiste pour de nombreux journaux marocains et étrangers, animatrice d’un café littéraire à Casablanca, aimant parler philosophie et littérature, Fedwa Misk a pourtant suivi des études scientifiques. Aujourd’hui, elle est en fin de préparation de sa thèse de médecine. Elle pense un jour ouvrir son cabinet et exercer en tant que médecin. Ou peut être pas. On ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve. En tout cas, elle n’a pas attendu la fin de ses études pour vivre ses passions et ses rêves à fond, aussi éclectiques soient-ils. C’est grâce à son caractère volontaire et super-actif qu’est né Qandisha, publication appréciée de la toile marocaine et récoltant de bonnes statistiques après trois mois seulement d’existence.

Féminin décalé et libéré, ouvert aux hommes

Ce qui est étonnant, c’est que les fans de Qandisha sur facebook sont à 50% masculins. Avec son web-magazine, Fedwa Misk va de surprises en surprises. Selon elle,  l’intérêt des hommes pour Qandisha prouve que, loin des idées reçues, l’homme marocain a désormais besoin d’une femme différente qui revendique ses droits et qui parle franchement. D’ailleurs Fedwa Misk a tenu à ce que Qandisha ait une rubrique spéciale qui donne la parole aux hommes. Bien entendu, les débats soulevés par le web-magazine sont parfois sujets à polémique et Qandisha a fait l’objet de quelques critiques et controverses. Mais pour sa fondatrice, c’est tout à fait normal, elle a même parfois publié ces critiques sur le site.

Devant le succès de Qandisha, Fedwa Misk veut poursuivre son action en essayant de toucher de plus en plus de lectrices, et continuer à recevoir les articles des marocaines. Son souhait est de décoincer la parole féminine. Selon elle, si le Maroc n’a pas connu une véritable révolution, les printemps arabes ont tout de même permis de libérer la parole et de débloquer le dialogue au Maroc. Elle veut en profiter et continuer dans ce sens, en espérant pousser la presse féminine à évoluer.
Actuellement Fedwa Misk réfléchi au modèle économique de Qandisha. Pour le moment le site est entièrement gratuit et sans publicité. Mais des rentrées d’argent permettraient d’avoir un budget pour des enquêtes de terrain. La jeune femme y pense, tout en se promettant de ne jamais « se faire bouffer » par la publicité. Quand elle pense à l’avenir, elle explique fermement que si des annonceurs souhaitent soutenir Qandisha, il faudra qu’ils sachent qu’ils participent à un projet d’émancipation et qu’il n’est pas question de brider l’écriture de ses collaboratrices.

Texte rédigé par Célie Gourdon

Dossier N°5 : Nouvelles formations au journalisme web dans le Monde Arabe

Renouveler l’information par le journalisme citoyen, améliorer les compétences web des journalistes et réussir la transition numérique des médias. Tels sont les nouveaux enjeux dans l’ensemble du monde arabe. Dans ce dossier nous vous présentons des exemples de deux pays du Maghreb : le Maroc où les formations au journalisme multimédia se multiplient pour permettre aux professionnels de s’adapter au marché de la presse électronique et la Tunisie où des clubs dédiés à l’enseignement du journalisme citoyen voient le jour en marge des instituts classiques.

 

 

Un réseau d’information alternative sur la toile Tunisienne

Des ateliers de formation au journalisme citoyen sont créés sur l’ensemble du territoire Tunisien. Les maisons de jeunes s’improvisent en véritables rédactions d’où émanent une source d’information locale fiable qui concurrence l’agence de presse TAP.

Sous le régime Ben Ali, quelques coups de téléphones suffisaient à dissoudre une information. Quand les premiers soulèvements avaient lieu dans les contrées reculées du pays, les titres des journaux de la capitale relataient de banales « agitations ». En l’absence d’antennes locales des groupes médiatiques et de presse régionale écrite et radio, seule l’agence de presse TAP est encore à même de reporter de manière professionnelle ce qui se passe dans les régions.

Un des objectifs de la révolution est de mettre fin à cette impasse médiatique. Les citoyens tunisiens sont parvenus à en sortir provisoirement en partageant massivement des informations sur les réseaux sociaux et les blogs. Des groupes facebook sont créés pour relayer les informations locales, comme c’est le cas de la page Feriana news qui couvre les actualités d’une commune d’environ 25 000 habitants et qui compte plus de 2000 fans. Mais ces initiatives ne répondent pas aux impératifs d’analyse et d’enquête. Il s’agit dès lors de créer des structures autonomes mêlant temps, moyens et savoir faire. Des associations de blogueurs ainsi que des ONG parviennent à réunir des financements dans ce but. C’est par exemple le cas de l’organisation non gouvernementale Speak up Tunisia.

Mais le projet le plus ambitieux reste celui mené par le site participatif nawaat.org. Orchestré conjointement avec le ministère de la jeunesse et le groupe Canal Franc International, il vise à la création de structures locales unifiées sur un réseau national qui pourrait à terme concurrencer la TAP. Des formations au journalisme citoyen sont créées dans les maisons de jeune des villes de petite et moyenne taille. On y enseigne les techniques de reportage, de rédaction et d’édition web. Des centres ont déjà vu le jour à Sidi Bouzid, Kasserine, Kebili, Gafsa et Siliana. D’autres clubs seront créés prochainement, l’objectif étant de couvrir les 330 maisons de jeunes que comptent le territoire Tunisien. Des reportages ont déjà été publiés sur le site officiel des centres.

Depuis la Révolution, les administrateurs de Nawaat sont passés du statut d’exilés politiques à celui de représentants de la société civile. De part les nombreuses activités qui s’y déroulent en toute transparence (un hackerspace, ateliers opendata, réunions de hackers…), les locaux du site sont des lieux de passages pour les ministres et les agences publiques de télécommunication : Nawaat est devenu un partenaire incontournable des autorités. Houssem Hajlaoui est responsable du projet côté nawaat et webmanager du site. Nous lui avons posé trois questions au sujet de la création de ces clubs.

Horizons médiatiques : Pourquoi ces centres de formation au journalisme citoyen?

Houssem : Nous militons pour une info locale et décentralisée. La réforme des médias est un chantier énorme. Nous y participons en créant des médias alternatifs indépendants, qui incitent aux débats sur des problématiques locales. A terme le but est d’avoir un réseau national comprenant un maximum de bureaux possibles, des sortes de « petits nawaaat » collaboratifs, et de faire en sorte que tout soit lié à l’ensemble national.

Qui est impliqué dans la création des clubs ?

Le ministère de la jeunesse est un appui physique, en nous donnant accès aux maisons de jeunes et à certains financements. CFI prend en charge les professionnels qui seront chargés des formations : Deux animateurs par ville forment une dizaine de personnes. Ces dernières deviendront à leur tour des formateurs qui seront les véritables créateurs des clubs. Nawaat s’occupe de faire le tour des centres et du maintient de la coordination des projets.

Pourquoi avoir axé vos formations sur internet ?

Commencer par le web est beaucoup plus facile que monter un journal ou une télé. Mais les clubs ont la liberté de faire ce qu’ils veulent. Dans un des centres ils veulent créer une webradio. Un journal citoyen, ce serait énorme. Nous à nawaat on essaye de rester focalisés sur le fond. On sait pertinemment que ces actions vont déboucher sur d’autres projets.

Texte rédigé par Cyril Fourneris

Formation professionnelle: les journalistes marocains à la conquête du web

Pas question de rater le coche du journalisme web. Les rédactions marocaines sont passées ou sont en train de passer à l’ère 2.0. Pour réussir cette transition numérique, il faut des journalistes qui comprennent les enjeux, qui soient à l’aise avec internet et les nouvelles technologies, et capables d’apporter des propositions et solutions pertinentes. Au Maroc, la formation au journalisme web se met en place.

12 mois pour devenir des journaliste bloguer au top, c’est le challenge des étudiants de l’ESJC de Casablanca. Cette École Supérieur de Journalisme et de Communication, reçoit depuis décembre 2011 un séminaire de formation sur un an, pour renforcer les capacités des étudiants en matière de création et d’animation de blog, buzz, échange et partage de contenu… La formation « Blogs trotters » est assurée par trois femmes, dont une journaliste américaine et une rédactrice en chef marocaine. Les étudiants mettent en pratique leurs nouvelles connaissances en animant le blog d’actualité « CasaDialna ».

MIT Media, entreprise marocaine spécialisée dans la fourniture de contenu et dans le conseil éditorial pour des supports électroniques et off-line, propose dans ses prestations des formations sur le journalisme en ligne et les nouveaux médias. En 2008, MIT Media a obtenu un contrat de financement pour un programme comprenant un cycle de formation sur le journalisme en ligne. Ce programme est destiné à 200 journalistes nationaux et régionaux, ayant moins de 35 ans et étant en poste dans des rédactions marocaines. Il s’est tenu dans plusieurs villes, et pas seulement dans les deux capitales politique et économique du pays que sont Rabat et Casablanca, mais aussi dans d’autres villes plus réduites comme Nador, Ifrane ou Tétouan. Les journalistes participant au programme ont pu développer leurs compétences en matière de techniques de rédaction et de publication sur internet, webmastering, visioconférence, blogs, podcasts, veille d’information …

Ces deux exemples de formation web sont loin d’être les seuls, l’ISIC (Institut Supérieur de Journalisme et de Communication de Rabat) s’est également penché sur la question, comme bien d’autres. Les initiatives se multiplient au Maroc. Ce mouvement s’inscrit dans le cadre d’une réflexion que le pays mène depuis plusieurs années sur sa transition numérique, et notamment celle de la presse. Le 28 janvier 2010, le parlement marocain a lancé un débat national intitulé « Journalisme en ligne et nouveaux médias », à l’initiative des chefs de groupes parlementaires de nombreux partis marocains. Il s’agit d’un processus consultatif, avec des ateliers de travail et de réflexion, regroupant les parlementaires et les acteurs du champs médiatique. Quels sont les objectifs? «Dresser l’état des lieux des technologies de l’information et des nouveaux médias au Maroc, établir une radioscopie de l’édition en ligne, des nouveaux médias et du journalisme électronique, et établir des recommandations et des mesures pour encourager les nouveaux médias et le journalisme en ligne au Maroc».

Texte rédigé par Célie Gourdon

Dossier N°3: La caricature de presse arabe, à l’heure des nouveaux médias

La caricature humoristique de presse n’est pas un phénomène nouveau dans le monde arabe. Mais elle a été propulsée sur le devant de la scène par les nouveaux médias qui l’ont fait découvrir en Occident, notamment à travers des blogs au moment du printemps arabe. Comment internet est perçu par les caricaturistes arabes? Comment le web change la donne pour l’humour et la critique de l’actualité? Réponses dans ce dossier.

1. Le web nouvel espace de liberté pour la caricature marocaine, par Célie Gourdon

2. -Z- le web comme arme, par Cyril Fourneris

Le journalisme citoyen sur la toile arabe: l’exemple de Mamfakinch.com

Les médias citoyens fleurissent sur le web du monde arabe. Mamfakinch.com est l’un d’entre eux. Ce site collaboratif marocain, a vu le jour en marge du mouvement du 20 février 2011. Un courant de protestation toujours actif réclamant des réformes économiques, politiques et sociales. Mamfakinch.com est animé par des blogueurs et activistes marocains. Il traite de l’actualité arabe et marocaine, avec des analyses, des débats et de l’information multimédia, publiées en français, arabe et anglais.

Page d’accueil du site mamfakinch.com

Dans la présentation de Mamfakinch.com, on peut lire : « [ce site] ne prétend pas être un journal mais un média citoyen qui croit au droit à l’accès à l’information. Information souvent ignorée voire déformée par d’autres médias plus ou moins officiels ». Le ton est donné.

Comme beaucoup de médias web citoyen, ce site est né, en grande partie, à cause d’un défaut de confiance dans les médias traditionnels. Ce n’est pas une particularité exclusive du journalisme citoyen du web arabe. En Europe la défiance vis-à-vis des médias est également visible. Mais dans le monde arabe ce sentiment est exacerbé. Pourquoi les médias traditionnels ne parviennent ils pas à convaincre ? Ils souffrent des grands maux de la société arabe de ces dernières décennies, la censure et la corruption. Mais l’image des médias est également mise à mal par un problème qui concerne aussi l’Europe et sans doute une bonne partie du monde : la main-mise des grands groupes commerciaux et financiers sur la presse et les médias qui vivent de la publicité. Un tableau très noir, qu’il convient de nuancer. Mais c’est pourtant cette image catastrophique de l’état du journalisme que retiennent les lecteurs, auditeurs et téléspectateurs. Ils souhaitent alors devenir leur propre source d’information.

Avec la pénétration progressive de l’internet dans les pays arabe, cette vision terrible des médias et la méfiance qu’elle engendre, entraîne l’essor du journalisme citoyen. Il s’agit d’abord d’un besoin d’informations brutes, l’envie de créer un espace pour échanger de la matière prise sur le vif et sans fioriture. L’idéal premier est là. Mais derrière ce besoin de vérité et d’instantanéité, le média citoyen dévoile l’aspiration au débat, et surtout à la mise en avant de sa propre opinion. Mamfakinch.com ne prétend pas être ce qu’il n’est pas, un journal. Mais il prétend être un média citoyen. Dans l’expression, il y a tout de même le mot média et la subjectivité n’est pas étrangère à ce mode de diffusion!

Pourtant, les médias citoyens sont plébiscités par les internautes arabes, qui leur offrent d’honorables scores d’audimat. Les lecteurs ne semblent pas condamner la prise de position, en revanche ils apprécient la clarté du positionnement. Le média citoyen en effet, ne cache pas qui il est. Mamfakinch ne cherche pas à faire oublier qu’il est né en marge d’un mouvement de protestation, ni qu’il est alimenté par des militants et des activistes. S’il a le look d’un pure player d’information, les atouts et les outils web d’un vrai média, il n’hésite pas à proposer un onglet «mobilisation et activisme ». L’internaute arabe choisi ses lectures en connaissance de cause, là où il a l’impression que les médias traditionnels essayent de bluffer ou de brouiller les cartes.

Texte rédigé par Celie Gourdon

Panorama mondial des nouvelles pratiques journalistiques

Ce site propose un tour d’horizon des évolutions du journalisme et des médias d’information à travers le monde. Il s’appuie sur les contributions des étudiants du master Nouvelles pratiques journalistiques de l’université Lumière Lyon 2 à l’occasion de leur stage d’un semestre à l’étranger effectué au sein de diverses entreprises de presse. Etats-Unis, Tunisie, Allemagne, Belgique, Côte d’Ivoire, Royaume-Uni, Liban, Burkina Faso, Suisse, Ile Maurice, Irlande, Maroc, Canada… : autant de lieux d’implantation, autant de « camps de base » pour cette édition 2012 à partir desquels l’exploration des innovations journalistiques à l’échelle internationale sera menée. Dans un souci d’ergonomie, le site s’organise en « éditions » couvrant de grandes zones géographiques. Sans prétention d’exhaustivité mais avec l’objectif d’élargir nos horizons médiatiques