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Ultragonzo.com revisite le journalisme de l’ultrasubjectivité sur la toile

Oubliez tout ce que vous savez sur les «bonnes » pratiques journalistiques. Relayez les faits, oui, mais surtout, ajoutez-y votre touche perso, soyez délire, et aussi, donnez votre avis. Ceci n’est pas une blague de mauvais goût, non… juste le parti pris du journalisme de l’ultrasubjectivité, également appelé journalisme gonzo. Cette technique d’investigation popularisée par Hunter S. Thompson dans les années 60 prône la prise de position du journaliste dans son traitement des faits. En cela, elle va à l’encontre de la sacro sainte objectivité plébiscitée par les médias qui fait fureur à l’ère de l’obsession du factuel, du chiffre, des données. Un demi-siècle après Thompson et avec pas mal d’humour, la bande de journalistes d’Ultragonzo déboule sur la toile pour nous livrer des articles totalement gonzo friendly. Mais pas pour longtemps, puisque la durée de vie du site est d’un mois (du 25 mai au 25 juin 2012). A l’origine du projet : Benoit Dupont et Miguel Ange Lopez Martin qui n’ont pas hésité une seconde à se livrer le temps d’un entretien pour Horizons Médiatiques.

 

 

Horizons Médiatiques / Marilyn Epée : Ultra gonzo, qu’est ce que c’est ?

Miguel Ange Lopez Martin : La genèse de ce projet, c’était il y a environ un mois, dans une taverne à Bruxelles. Je disais à Benoit que j’aimerais bien un jour lancer une plateforme journalistique gonzo, faire renaitre cette pratique, et il a trouvé que c’était une chouette idée. Comme souvent, lorsque tu déjeunes à midi à toute vitesse dans une taverne et que tu lances une idée, tu te dis que celle-ci va rester dans un coin. Mais pas du tout ! Avec Benoit, on a commencé à parler du projet via Twitter, en demandant aux twittos s’ils seraient intéressés pour collaborer avec nous. On a proposé le sujet de manière brute, comme on l’avait fait la veille dans la taverne, en 140 caractères. Petit à petit, les gens ont commencé à manifester leur intérêt et on s’est retrouvés en une semaine à 15 personnes. Au bout de cette semaine là, on s’est dit qu’on allait faire une première réunion “en vrai”, pour en parler et se mettre tous d’accord.

Quant au choix du mot, on a pris “gonzo” car c’est un terme connu et qu’il correspond en partie à ce que l’on voulait faire. Aujourd’hui, il y a une vague de journalisme objectif qui renvoie à tout ce qui est factuel, aux chiffres ; nous, on veut prendre le contre-pied et dire que non, il n’y a pas moyen d’être objectif. C’est une querelle médialectique qui dure depuis des siècles ! Du coup, comme il n’y a pas moyen d’être objectif, soyons pleinement subjectif et assumons notre subjectivité par rapport aux faits qu’on veut relayer !

HM/M.E : Donc vous pensez que ce n’est pas possible d’être objectif lorsque l’on fait du journalisme ?

Miguel Ange Lopez Martin : Moi je pense que pour investiguer le réel il y a une très bonne méthode qui s’appelle la méthode scientifique. Le problème, c’est qu’elle s’applique très mal à des faits que veut relayer le journalisme. Il y a donc une autre méthode pour investiguer ce réel là : c’est la critique historique. En tapant “fact checking” dans Google, on tombe sur des gens qui discutent de l’art d’appliquer la critique historique à l’histoire immédiate, c’est-à-dire à une histoire que relaie le journalisme. Dans ce cas de figure, il y a un vrai intérêt. Je crois que là tu peux peut-être être objectif.

Il faut savoir que la critique historique, c’est juste dire “voilà ma méthode, voilà comment je travaille, voilà mes hypothèses, le cadre dans lequel je travaille et ses limites”. Cela revient à spécifier son objet tout en sachant que l’on va intervenir sur cet objet. Aucun journaliste ne fait ça. Par manque de temps. Or, si l’on devait vraiment être factuel, c’est précisément ce que l’on devrait faire. Malheureusement, c’est très lourd à mettre en place et ce n’est pas à la portée de tous. Donc autant être subjectif. C’est ce que l’on souhaite faire avec Ultragonzo : on essaie de faire du journalisme subjectif. Ca ne marche pas à tous les coups parce qu’on est à la limite entre le blog et le journalisme… Mais même si l’on parle de manière subjective il faut qu’on parle d’un fait “journalisable”.

 

  Hunter S. Thompson dans toute sa splendeur

 

Benoit Dupont : Moi j’ai une activité de journaliste donc effectivement le journalisme gonzo c’est quelque chose qui me concernait en premier lieu. Je voulais m’inscrire contre le data journalisme qui est très tendance, on l’a vu notamment lors des débats, à l’occasion des élections présidentielles. Le fact-checking aussi a fleuri un peu partout et le problème avec ce genre d’activités, c’est qu’elles effacent le journaliste. Celui-ci devient une espèce de compilateur de données d’informations chiffrées, il les retransmet un peu comme un prompteur. Je pense que le journaliste a une personnalité ; sa valeur ajoutée est dans l’expression de sa personnalité, au travers de ses articles. Et le gonzo va au delà de ça. Il représente à la fois un fait journalistique, mais également la façon dont le journaliste a obtenu ses informations, la façon dont il les ressent, son filtre, son recul a priori sur ce qu’il dit.

Il y un moment où il faut arrêter ! Le journalisme n’est pas un pot de fleur, il ne faut pas faire du journalisme décoratif ; il faut que le journaliste s’affirme, qu’il n’ait pas peur de donner son avis, qu’il dise ce qu’il ressent au moment où il relate les faits, sans quoi l’absence de ressenti, d’émotion et d’approche personnelle conduit à une sorte d’apathie dans les médias. Sur le même ton complètement neutre, on nous parlera d’un massacre en Syrie et de la fête du village voisin qui s’est terminée par un chouette feu d’artifice. Je pense qu’il faut remettre le journalisme au cœur du fait.

HM/M.E : Le point de vue du journaliste serait donc LA valeur ajoutée de l’ultrasubjectivité à l’exercice journalistique ?

Benoit Dupont : Effectivement, le journalisme gonzo est un moyen pour moi de me réapproprier le journalisme et l’écriture. Un moyen de ne plus être formaté par des impératifs commerciaux par exemple, ou par des longueurs de texte. Aujourd’hui, on sait qu’un article c’est 3000 signes par page et qu’on a le droit à deux pages max, on ne doit pas déborder, on doit synthétiser, etc. Il y a de moins en moins de pages, de moins en moins de place pour l’information et de plus en plus de choses à dire. Alors la tendance naturelle du journaliste est de devenir factuel. Le gonzo ça va peut être trop loin, c’est une réaction épidermique à cette espèce d’apathie générale.

 Miguel Ange Lopez Martin : Pour moi la plus-value c’est ça : adopter une écriture plus littéraire, être capable de donner des impressions, parvenir à faire sentir le fait au lecteur.

 HM/M.E :  Pourquoi avoir voulu remettre le journalisme gonzo au goût du jour ?

Miguel Ange Lopez Martin: Parce que dans le gonzo, il y a un côté déconne assez amusant, un côté je-m’en-fous-du-résultat, je suis libre ; ce côté là, c’est un peu l’image qu’on a des années 60. Il y a une tradition journalistique américaine qui est plus littéraire que ce que l’on connait en Europe et en France. Avant Thompson, il y avait aussi Truman Capote qui l’a fait, dans Le Sang Froid. Dans cette œuvre, l’approche est complètement gonzo, c’est du journalisme, mais très subjectif. Cette tradition là, je l’aime beaucoup. Et compte tenu du contexte actuel qui prône cette espèce d’hystérie du fait, je trouvais intéressant de ramener ça.

 

Bande annonce du film adapté du livre de Truman Capote, De sang froid

 

HM/M.E : Et vous pensez que le journalisme gonzo est adaptable aux nouveaux formats qu’impliquent la révolution numérique (web, réseaux sociaux, data, etc.) ?

Benoit Dupont : C’est effectivement cette question que l’on s’est posée dès le départ. Si on regarde la pratique journalistique de Thompson, on se rend compte qu’elle pouvait facilement  rendre fou un rédac chef : il envoyait ses articles à la toute dernière minute avec la mention “c’est trop tard pour vérifier mais vous pouvez imprimer”. Des tartines de texte envoyées trop tardivement pour être retouchées par le rédac chef qui publiait tel quel. Est-ce que l’on peut faire ça sur le web ? Comment faire du gonzo sur la toile ? Comment organiser ses idées ?

HM/M.E : J’ai du mal à concevoir comment l’on peut faire du gonzo via Twitter, par exemple. C’est un outil qui fait justement “dans le factuel”…

Benoit Dupont : C’est vrai qu’il y a un usage immédiat ; il se passe quelque chose, je relaie le fait. Mais quand c’est trop immédiat, alors le fait qui est relaté n’en n’est pas un ; il est plutôt question du fait tel qu’il est vécu par la personne qui le relate. Parfois, c’est complètement à coté de ce qui se passe réellement une fois que l’on a pris le recul sur l’événement. Sur Twitter, on trouve un peu de tout, il y a des relais d’informations mais aussi des gens qui donnent leur avis. Ca n’a pas ce côté “fleuve” du journalisme gonzo, certes,  mais je ne pense pas que ce soit une source 100% objective.

En ce qui me concerne, lorsque je relaie une info, je mets la source, et entre crochets, je donne un avis plus personnel qui est la façon dont je ressens le fait en question. Si c’est drôle tant mieux, sinon tant pis mais une chose est sûre, je n’utiliserais pas Twitter si je n’avais pas cette possibilité de mettre entre crochets quelque chose qui me parle. Si c’est juste histoire de relayer des datas, ça ne m’intéresse pas.

HM/M.E : Pourquoi un site web éphémère ?

Miguel Ange Lopez Martin : la première raison c’est que ça fait très gonzo d’être éphémère, ça allait avec le côté Rock’n’Roll. La deuxième raison, c’est que tenir des gens pendant un mois sans être payés, ce n’est pas possible. La troisième, qui est plus a posteriori, c’est que gérer 22 personnes de manière très libre, ça tient un temps limité et après ça explose. L’idée c’est donc de se retirer avant d’exploser.

HM/M.E : Quelles sont les qualités selon vous d’un bon journaliste gonzo ?

Benoit Dupont : C’est une question difficile (rires) ! Je ne sais pas si ça existe un bon journaliste gonzo. C’est une pratique quand même assez extrême du journalisme et je ne pense pas qu’aujourd’hui, un rédacteur en chef accepte de publier ce genre de papier. En ce qui concerne les qualités pour faire du journalisme gonzo, je pense qu’il ne faut pas avoir peur de revoir un peu sa façon d’écrire.

Lorsqu’on écrit ses papiers finalement, on y passe beaucoup plus de temps car l’écriture est plus littéraire, plus exigeante que le journalisme orienté data, où la présentation des données appelle à un vocabulaire qui reste relativement limité en fonction du domaine. Le journaliste gonzo, c’est quelqu’un qui ne doit pas avoir peur. Parce que sorti de son contexte, le propos gonzo peut être extrêmement néfaste pour une carrière de journaliste ; si on extrait juste une phrase du site et que l’on dit que tel jour, un tel a dit ça sans expliquer que c’est une démarche gonzo et donc complètement subjective, c’est dangereux !

 Miguel Ange Lopez Martin : Pour moi un bon journaliste gonzo doit connaître le fait et se connaître lui-même dans son rapport au fait. Dès lors, il est capable de relayer subjectivement le fait qu’il essaie de relayer.

 

Propos recueillis par Marilyn Epée

n0tice, nouvelle étape pour le Guardian Media Group dans la course à l' »open Journalism »

n0tice est un projet d’information locale participative lancé par The Guardian en Octobre 2011 (n0tice.com) sous une version beta. Il revient en mars dernier sur le devant de la scène, dans un habillage officiel, avec une version définitive ouverte au public, de nouvelles fonctionnalités et un principe de viabilité économique innovant.

Le projet n0tice avait fait une timide entrée en fin d’année sous une version beta ouverte à un nombre restreint d’utilisateurs. Il s’agissait d’une plateforme communautaire d’information en ligne, utilisant la géolocalisation pour offrir aux collaborateurs un panorama des nouvelles locales en lignes. La communauté a été ensuite ouverte au public en mars 2012.

Le groupe lance cette fois-ci une version revisitée de n0tice, avec un panel d’outils que l’on retrouve sur n0tice.org. Le site répertorie les différentes manières d’utiliser sa plateforme, une page étant dédié à chaque type d’utilisateur: particuliers, marques, groupes, développeurs. L’accent est mis sur la pédagogie, avec un soupçon de marketing: n0tice veut visiblement rentrer dans les usages et devenir un outil commun de partage d’information en ligne.

n0tice suit la nouvelle tendance qui touche presque tous les médias aujourd’hui: la personnalisation. Ouvert aux particuliers comme aux entreprises et aux communautés, il propose d’ouvrir une page personnalisable, à l’exemple du blog, regroupant un fil d’actualités locales (évènements, nouvelles, offres commerciales) mis en ligne par l’entité ou le particulier. N0tice espère ainsi toucher un panel élargi d’utilisateurs.

Pour quel type de contenu ? n0tice offre à ses utilisateurs un large choix puisqu’il est possible de diffuser n’importe quel type de contenu multimédia, du simple texte au tweet en passant par les photographies, vidéos et pistes audio. Un système de commentaires et de vote vient relier la communauté d’utilisateurs, les “n0tice-ers” : une étoile “intéressant” servant de validation.

N0tice tente également d’offrir un modèle économique viable à ce projet d’information locale et hyperlocale: les revenus sont issus de la publicité (elle-même ciblée). Les bénéfices sont partagés entre n0tice et l’utilisateur à hauteur de 25-85%. C’est là une avancée intéressante en la matière, les projets d’information hyperlocale (en particulier aux États-Unis) ayant souvent souffert de leur manque de viabilité économique.

Texte rédigé par Marie-Charlotte Dapoigny

Journalisme web : la collecte de l’info à l’heure du Crowdsourcing

Derrière ce terme abscons se cache une pratique de plus en plus répandue dans la sphère journalistique. Son caractère attractif en terme de créativité mais surtout, en terme de rentabilité, y est certainement pour quelque chose. Qu’est-ce que le crowdsourcing ? Dans quelles mesures cette activité représente-t-elle une aubaine pour la pratique du journalisme ? Quelques pistes pour mieux comprendre.

Le principe

Littéralement, le crowdsourcing est l’ “approvisionnement par la foule”. Depuis quelques années maintenant, cette pratique connaît un succès grandissant dans des domaines aussi variés que l’encyclopédie, la publicité, ou encore – et c’est ce qui nous intéresse ici – le journalisme web. Généralement, on parle de crowdsourcing lorsqu’une entreprise fait appel au public pour l’aider à alimenter son contenu. Dans le cas du journalisme web, cela se manifeste par l’implication des internautes dans la recherche d’informations et dans la rédaction d’articles pour un site Internet d’infos.

Quels apports pour le journalisme ?

En faisant appel aux services des internautes, les journalistes démultiplient leurs possibilités de création. Ils peuvent ainsi élargir leur propos puisque  les participants sont amenés à alimenter le contenu avec leurs connaissances et compétences personnelles spécifiques. Ils peuvent également dénicher de nouveaux sujets grâce aux suggestions des volontaires. Dès lors, les journalistes peuvent se targuer de fournir une information plus complète car riche des ressources et des témoignages des internautes. On connaît tous l’exemple du témoin d’une scène inédite (incendie, catastrophe naturelle, etc.) qui envoie une vidéo amateur à un média en vue de sa diffusion.

Le crowdsourcing en Europe 

Si le Vieux Continent est encore en retard par rapport à son voisin américain, il compte à son actif un panel intéressant d’entreprises médiatiques investissant dans le crowdsourcing. Le succès de certains pures players dans cette région du globe en est un exemple frappant : Owni, Agoravox ou encore Rue89 pour n’en citer que quelques uns. Certaines entreprises appelées microstocks, comme Fotolia, pratiquent le crowdsourcing pour collecter des images. Plus original encore, OpenStreetMap (à vocation internationale) s’attelle à récolter les donnés cartographiques des internautes du monde entier. Le site possède aussi un portail francophone. Enfin, les wikis (Wikipedia en 1er) sont un bel exemple de la portée du crowdsourcing.

Source : Irevoluion.net

Cette pratique s’inscrit donc de plein pied dans la mutation des pratiques journalistiques. A l’heure où la convergence vers le numérique donne la part belle aux médias participatifs, force est de constater que les frontières entre journalistes professionnels et internautes amateurs sont parfois floues. Le crowdsourcing remettrait-il en cause la hiérarchie traditionnelle (pros > amateurs) ? Si la question reste ouverte, une chose est sûre en revanche, c’est une méthode très rentable.

Quoi qu’il en soit, le crowdsourcing me semble intéressant dans la mesure où il est révélateur d’une certaine prise de confiance des médias vis à vis du public. En choisissant d’impliquer les citoyens lambdas dans le processus de recherche, collecte et rédaction de l’information, les entreprises qui “crowdsourcent” participent à la démocratisation de la diffusion de l’info et en cela, se rapprochent un peu plus de leur cible.

A noter

Le néologisme “crowdsourcing” a été inventé par l’Américain Jeff Howe, également éditeur du site wired.com. Dans cette vidéo, il explique quels sont les rudiments de cette activité.

Texte rédigé par Marilyn Epée

Faire un webdoc sans toucher au code html, c’est possible avec Klynt

Vous n’y connaissez rien en code html et pourtant vous aimeriez réaliser un webdocumentaire? Et bien le logiciel Klynt est certainement fait pour vous. Ce programme, créé par une société parisienne il y a maintenant 3 ans, permet de réaliser un récit multimédia, interactif et connecté, sans entrer dans des manipulations numériques trop complexes. France 24, la Repubblica ou encore la Radio Télévision Suisse font partie des nombreux médias européens qui ont déjà été séduits par la formule.

Visuel du logiciel Klynt

Un webdocumentaire, qu’est-ce que c’est ?
Avant toutes choses, rappelons brièvement à quoi correspond un webdoc. De plus en plus populaire, cette nouvelle forme journalistique tire sa force d’une double dynamique : une diversité de formes narratives regroupées en un seul reportage et une grande interactivité avec le public.

Photos, vidéos, son, texte… La première force du webdoc est bien son côté multimédia. Mais ce n’est certainement pas son plus grand avantage. Non, l’atout le plus significatif du webdoc, c’est plutôt son interactivité avec le public. Un tel documentaire permet en effet au spectateur de devenir acteur. Plutôt que de rester passif devant sa télévision, celui-ci a la possibilité de choisir ce qu’il veut voir ou ne pas voir. Dans une société constamment pressée comme la nôtre, les webdoc sont parfaits pour relancer le genre documentaire, car le spectateur n’est pas obligé de regarder le reportage en entier, il sélectionne. Autrement dit, ce qui distingue un webdoc d’un documentaire classique, c’est la possibilité de visionner le film en 5 minutes ou en 3 heures.

Concrètement, le fonctionnement d’un webdoc est assez simple. Il est basé sur le choix. Tout au long du parcours, le spectateur-acteur a la possibilité de choisir entre différents chemins à explorer. Oui, explorer. Il semblerait que ce soit le terme qui corresponde le mieux au genre webdocumentaire.

Klynt, ou comment créer un webdoc sans coder
Autant dire que pour créer un tel documentaire connecté et complexe par les enchevêtrement de choix possibles, ça n’est pas vraiment chose facile. Il faut savoir manier le code html et disposer d’un certain capital de départ. Pourtant, aujourd’hui, le genre webdocumentaire prospère sur internet. Et le logiciel Klynt y est un peu pour quelque chose…

En effet, il permet de créer un webdocumentaire sans avoir à apprendre à coder. Séduits par la simplicité qu’offre Klynt, de nombreux médias européens ont déjà opté pour ce logiciel. Jugez plutôt.

Un an après, le Japon bouleversé…, de France24

C’era una volta in Argentina, du quotidien italien la Repubblica

De l’agneau au gigot, de Radio Télévision Suisse

Les webdocumentaires réalisés avec l’aide du logiciel Klynt viennent en effet de différents pays d’Europe. France, Italie, Suisse, Belgique etc. Cette application parisienne, créée par la société Honkytonk, a donc déjà conquis divers médias européens comme La Repubblica, la Radio Télévision Suisse, la Radio Télévision Belge Francophone, France24, L’Equipe, Télérama… Mais ce n’est pas tout. Plusieurs ONG, telles que Greenpeace, WWF, ou encore Enfants du Mékong, ont également misé sur Klynt. Et ce logiciel, conçu pour faciliter la création de webdocumentaires,  a même été l’outil de prédilection de certaines formations en journalisme, comme le Centre Universitaire d’Enseignement du Journalisme (CUEJ) à Strasbourg, l’Ecole des Métiers de l’Information (EMI) à Paris, mais aussi l’Université de Floride. Bref, le logiciel Klynt, créé en 2009, peut déjà se vanter d’avoir collaboré avec de grandes institutions européennes, mais aussi mondiales.

Un webdoc à la structure arborescente
Concrètement, comment fonctionne ce logiciel?

Hands-On Klynt: The Basics (in french) from Klynt on Vimeo.

Sur Klynt, le webdocumentaire prend une forme arborescente afin de faciliter le montage par une vue d’ensemble simplifiée. Le tronc est constitué de l’introduction et du menu alors que les branches (ou sous-branches) représentent les différents paliers de choix qui s’offriront au spectateur une fois le webdoc terminé. Il suffit donc de prendre le média visuel ou sonore de votre choix (préalablement monté et mis en ligne) et de le placer où vous le souhaitez sur votre scénario arborescent.

Bref, avec Klynt, finit la prise de tête avec le langage html. Libéré de (presque) toutes préoccupations techniques, votre esprit peut être concentré sur l’aspect créatif du webdocumentaire.

“Le logiciel devait permettre à Samuel Bollendorff et Olivia Colo (créateur du webdoc L’obésité est-t-elle une fatalité?) de gagner en autonomie sur l’écriture interactive et leur donner davantage de liberté sur la construction du récit, tant en terme de structure que de rythme”, explique Arnaud Dressen sur Le Blog Documentaire le 25 janvier 2012.

Arnaud Dressen, producteur de ce logiciel, confiait au British Journal of Photography le 23 avril dernier ses espoirs de voir un jour son programme devenir un outil incontournable pour toute rédaction de journalistes. En effet, le logiciel s’avère relativement accessible, puisqu’il coûte 150€ pour une version allégée et 500€ pour une version pro.

Mais la prochaine étape du développement de ce programme est avant tout de permettre une visualisation des webdocumentaires produits avec Klynt sur tablettes et smartphones. Et c’est pour bientôt, puisque cette avancée est prévue pour ce printemps.

Pearltree autour du sujet ici

Texte rédigé par Lucile Jeanniard

JO 2012: les nouveaux médias au service du sport

Dans 81 jours très exactement, le monde entier aura les yeux rivés sur Londres, capitale organisatrice des Jeux Olympiques de 2012. En attendant le grand jour, Alex Balfour, à la tête de New Media pour les Jeux Olympiques et Paralympiques Londres 2012 paufine sa stratégie pour mettre les nouveaux moyens de communication au service de cet événement sportif mondial.

Qu’on soit passionné de sport ou non, on a peu de chance d’échapper à cet événement sportif planétaire. Pour l’édition 2012, les Jeux Olympiques impliquent 205 nations, 15 000 athlètes, 20 000 journalistes et représentants de médias et 7 000 volontaires ; un challenge de taille en terme de communication, dans un paysage médiatique qui a bien changé depuis les derniers Jeux de 2008 à Pékin. En 4 ans, le haut débit a remplacé le dial-up (modem fonctionnant avec une ligne téléphonique), l’accès à la 3G s’est rependu et la popularité des réseaux sociaux n’est plus à démontrer.

Le comité New Media en charge de la communication pour la manifestation sportive compte bien mettre à profit ces avancées technologiques; surfant sur cette vague des nouveaux médias, le comité lancera deux applications pour smartphones : l’une répondant au nom de « Join In », qui suivra le parcours de la torche olympique et fournira des informations à propos des événements culturels, l’autre intitulée « Results » qui donnera, aussi surprenant que cela puisse paraître, les résultats de la compétition en temps réel. Le site internet du comité des jeux London 2012 invite les gens à s’enregistrer pour suivre en temps réel l’actualité de la manifestation sportive. Jusqu’à présent, 4,3 millions de personnes s’y sont inscrits mais Alex Balfour espère bien voir les adhésions augmenter à mesure que les Jeux Olympiques approchent. Au menu du site internet tout de fluo vêtu, une description de chaque discipline, une biographie des athlètes et bien sûr un calendrier pour ne rien rater . Des photos de Getty, photographe officiel de l’événement, seront aussi disponibles en ligne ; aucune vidéo en revanche puisque le diffuseur officiel en a l’exclusivité.

En attendant le début de la manifestation sportive le 27 juillet prochain,
les visiteurs du site Getty Images peuvent admirer des photos de
Londres ainsi que des précédents Jeux Olympiques.

Considérant les médias sociaux comme une véritable opportunité pour les Jeux Olympiques, Balfour encourage chacun à partager à travers Facebook et Twitter. « Ce qui est nouveau pour un événement de cette envergure, c’est que les sportifs seront eux aussi actifs sur les réseaux sociaux, explique-t-il. Cela plongera les spectateurs au cœur de la vie de leurs sportifs favoris ». Un bon moyen donc pour recueillir les impressions d’un athlète après un exploit sportif et pour accéder à des tweets qui entreront peut être dans la posterité. Le comité responsable de la communication a en effet créé un compte dès le 2 février 2009, @London2012 destiné à stimuler l’interaction avec les followers (496 587 au moment où ces lignes sont écrites) et les renvoyant régulièrement sur les comptes d’athlètes participant à la compétition. Le comité, en prise directe avec les amateurs de sport surveillera au plus près les réseaux sociaux afin d’analyser les sujets qui intéressent les internautes et de répondre à leurs attentes. Cette année, les amateurs de sport devraient plus que jamais être au coeur de l’événement.

London2012 met l’interaction avec ses followers au coeur de ses préoccupations

Texte rédigé par Tania Messaoudi

“Quand la dynamique web-papier est maîtrisée, elle permet de générer des profits”

L’Avenir.net est le 5ème site d’information le plus visité en Belgique francophone selon le Centre d’Information sur les Médias. Ce score est d’autant plus significatif qu’au sein de ce top 5, le site du quotidien régional belge affiche la plus nette progression, avec une hausse d’audience de 16,2 %. “L’Avenir est au contenu” nous dit le journal, mais il est aussi au Web comme nous l’explique Nathanaël Jacqmin, l’un des trois Rédacteurs en chef-adjoint du quotidien


L’Avenir est au contenu… et au web.

 

Horizons Médiatiques / Lucile Jeanniard : Le web apporte-t-il réellement un nouveau souffle à votre rédaction papier?
Nathanaël Jacqmin :
Dans un premier temps, les journaux papier sont dans une phase où toute l’info papier bascule sur le web. Sauf qu’à terme, c’est vraiment signer l’arrêt de mort du papier. Pourtant, c’est une phase un peu obligatoire au départ, car les rédactions ne passent pas du jour au lendemain à travailler sur plusieurs supports. C’est très progressif.

L’Avenir est aujourd’hui sorti de cette phase de transition…

 

 

Le tout est maintenant d’atteindre le juste équilibre entre le papier et le web, car ces deux supports peuvent être réellement complémentaires. Le papier coûte cher et les formats des journaux sont de plus en plus petits. Ainsi, pour un carnaval ou une festivité locale par exemple, nous publions une photo légende dans le journal en renvoyant le lecteur vers le site où il pourra en trouver 50 autres. À l’inverse, lorsque nous prévoyons de traiter une info dans le journal du lendemain, il n’est pas rare que nous publions un dix-lignes sur le site, pour signifier que nous avons l’information et pour renvoyer au journal du lendemain matin.

Je suis persuadé qu’en agissant ainsi, plutôt que de détruire le papier, nous permettons aux internautes qui ne nous connaissaient pas de savoir que notre titre existe. Et avec un peu de chance, ils achètent ensuite le journal papier, le consultent en format PDF ou à travers la version iPad ou iPhone. Grâce à tous ces nouveaux outils, mais aussi à Facebook, Twitter et Google+, notre marque est aujourd’hui connue dans des zones où elle n’existait pas avec le papier. Avant cela, L’Avenir ne couvrait pas des villes pourtant importantes comme Liège, Bruxelles ou Charleroi. Récemment, nous avons même engagé un journaliste web sur Liège et un sur Bruxelles qui ramènent également de l’info pour le papier. Tout cela forme donc un tout. C’est une belle dynamique web-papier qui, lorsqu’elle est maîtrisée, permet de mieux faire connaître la marque et de générer du profit.

 

Le studio vidéo de L’Avenir.net / Photographie de Jacques Duchateau, journaliste images multimédias de L’Avenir

 

Justement, est-ce que L’Avenir se porte bien financièrement?
Cela fait quatre ans que nous présentons un bilan positif. Dans le contexte actuel, c’est vraiment bien. Maintenant, c’est un marché très évolutif et la presse ne se porte pas bien d’une manière générale. Il ne faut donc pas non plus se reposer sur nos lauriers. Les défis à relever pour l’année qui vient sont vraiment importants. En effet, les bénéfices dégagés l’an passé permettraient à peine de couvrir l’indexation des salaires ou l’évolution du prix des matières premières. Cette année-ci, il faut donc impérativement engranger d’autres bénéfices. Et heureusement pour nous, le site nous offre énormément de possibilités à ce niveau là. Sur le net, le marché publicitaire est en pleine expansion. Et en tant que journal régional, nous pouvons également exploiter tout ce qui est publicité régionale.

 

La Une interactive du 23 avril 2012

 

Sur votre site d’info, vous proposez des vidéos, des coverit, des storify, des images interactives, ou encore des wordle. Est-ce cela qui permet une bonne dynamique web-papier?
Oui, c’est le genre d’outils qui apportent au site une réelle plus-value. Mais attention, l’important sur le web c’est de bien doser les choses. À L’Avenir, nous nous sommes par exemple posés la question de faire des coverit sur du tribunal ou des cours d’assise. Mais quel est l’intérêt finalement? Nos concurrents le font, mais doit-on forcément le faire? Je pense que non. Il y a des reportages de ce type là où oui c’est important d’avoir l’info dès que la condamnation tombe, le plus rapidement possible. Mais suivre tout un procès en coverit est à mon avis un peu un non-sens. Sur le net, on est vite emballé par la technologie. C’est vrai que sur le net on peut tout faire, mais ce qui est important aussi à un certain moment c’est de se mettre à la place de l’internaute, de voir réellement comment lui utilise internet. Je ne connais pas tellement d’internautes qui vont suivre un procès en coverit, c’est un peu ennuyeux. Je peux le comprendre pour un match de foot par exemple, le direct a de l’intérêt dans ce cas là. Mais il ne faut pas non plus faire du live pour tout.

L’Avenir a-t-il encore des projets pour le web ?

 

Pour découvrir toutes les possibilités qu’offre L’Avenir à ses internautes, direction pearltre

Entretien réalisé par Lucile Jeanniard

La newsroom du journal suisse Blick, un modèle du genre

Pour faire face à la crise de la presse, le quotidien suisse de langue allemande Blick n’a pas attendu le déluge. Il y a deux ans, il créait déjà sa newsroom 3.0. Une newsroom qui avait fait grand bruit parmi les médias du monde entier au moment de son inauguration. Retour aujourd’hui sur ce qui est et restera un modèle du genre.

Qu’est ce qu’une newsroom 3.0?
“Newsroom” signifie en fait “salle de rédaction”. D’après, Jean-Christophe Liechti, professeur du Centre Romand de Formation des Journalistes (CRFJ), interrogé en mars 2010 par le magazine suisse EDITO, on parle d’abord de newsroom 1.0 pour désigner les rédactions dans lesquelles le web et le papier sont clairement séparés: les journalistes travaillent chacun de leur côté, sans grande concertation. Vient ensuite la newsroom 2.0, où les différents supports cohabitent et collaborent pour créer une certaine cohérence entre le web et le papier: certains sujets seront par exemple publiés en urgence sur le web avant de faire l’objet d’un papier d’analyse dans le journal du lendemain matin. Et enfin, la newsroom 3.0, au sein de laquelle les journalistes travaillent cette fois-ci indépendamment des types de support. Actuellement, cette dernière est loin d’être implantée dans tous les médias. La plus répandue reste en effet la newsroom 2.0, car les médias comprennent peu à peu que le web doit aujourd’hui occuper une place à part entière dans la vie des rédactions. Mais il semblerait que Blick ait saisi ce point plus vite que les autres, puisque ce journal suisse en est déjà à l’étape suivante: la newsroom 3.0.

Quatre rédactions en une

Quatre rédactions en une
Opérationnelle depuis déjà deux ans (inaugurée le 7 mars 2010), la newsroom de Blick reste donc aujourd’hui un modèle du genre. Concrètement, cette newsroom s’est formée en fusionnant les 4 rédactions du journal Blick: celle du quotidien du matin, le tabloïd Blick, celle du gratuit du soir, Blick am Abend, celle du site Blick.ch, et enfin celle de l’hebdo du dimanche SonntagsBlick. Les journalistes de Blick n’écrivent donc plus pour un seul titre bien défini, mais plutôt pour un service spécifique: sport, actu, politique, économie… Ainsi, lors de la répartition des sujets au petit matin, les journalistes ne savent pas encore sur quel support leur article paraitra. Ce n’est que dans le cours de la journée que les sujets sont redirigés vers les différentes déclinaisons de la “marque” Blick. Seuls les quatre rédacteurs en chef continuent d’être affectés à leur titre.

Aujourd’hui, la newsroom de Blick est devenue un espace multimédia, favorisant le travail d’équipe et accordant une place à part entière au travail en temps réel sur le web. Pour rendre possible ce mode de fonctionnement, un nouvel espace de travail a dû être créé. Un espace au centre, qui fait le pont entre les différents supports de Blick, au sens propre, comme au sens figuré.

Nouvelle donne, nouvelle rédaction
Pourquoi une telle organisation? En quoi est-ce plus adéquat à l’écosystème journalistique d’aujourd’hui? Les habitudes de consommation de l’information ont changé. Avec l’arrivée du web, des smartphones ou encore des tablettes, le journalisme n’est plus le même. C’est un fait. Un fait à prendre en considération. Et c’est ce qu’a fait la rédaction de Blick.

Capture d’écran d’un diaporama créé par Pascal Zemp,
travaillant pour le développement commercial du groupe de presse
Ringier (qui possède Blick)

Capture d’écran de ce même diaporama

Pour Stefan Hackh, porte-parole du groupe Ringier, le but de la newsroom 3.0 est d’offrir aux différents types de lecteurs les contenus qu’ils désiraient sur les supports appropriés. “L’actualité sera d’abord traitée par Blick.ch sous la forme de petits articles”, expliquait à l’époque Stefan Hackh. “Ensuite, selon les délais d’impression elle sera relayée et augmentée par le Blick ou le Blick am Abend. Une suite pourra également être élaborée dans le cadre d’un article de fond dans le SonntagsBlick.”

La rédaction du futur?
Aujourd’hui, des rédactions du monde entier rêvent d’une organisation à la Blick. Et on le comprend, car grâce à cette newsroom 3.0, le journal suisse a pu remonter la pente: le déclin du lectorat des différents titres de Blick a été stoppé. D’autre part, des économies ont pu être réalisées, puisque Blick n’envoie maintenant sur le terrain qu’un seul journaliste pour tous les supports de la “marque” pour la couverture d’un événement.

Pourtant, tout n’est pas rose. Une baisse des effectifs a par exemple dû être menée. 22 postes avaient ainsi été supprimés par le groupe Ringier à la création de cette newsroom. Pourtant, il y a un an, les dirigeants de Blick reconnaissaient que ces licenciements avaient été une erreur. La charge de travail était devenue trop importante pour certains journalistes au sein de la nouvelle newsroom, amenés à pondre trois à quatre articles par jour. L’année dernière, Blick avouait alors avoir recommencé à embaucher. Autre point noir: tous les journalistes n’étaient pas formés pour écrire sur les différents supports de Blick. Et non seulement la formation prend du temps, mais elle a également un coût.

Bien entendu, dans tout changement de cette envergure, il faut accorder un certain temps d’adaptation. Ne serait-ce que parce que l’investissement réalisé prend un certain temps à être rentabilisé. Alors rédaction du futur? Difficile à dire pour le moment. En tous cas, à titre d’exemple, le 19 mars dernier, le journal L’Équipe a fait une visite d’études au sein de cette fameuse newsroom située à Zurich. Preuve supplémentaire (s’il en fallait) du statut de modèle que possède aujourd’hui la rédaction 3.0 de Blick.

Pearltree autour du sujet

Texte rédigé par Lucile Jeanniard

Citizenside, un regard citoyen sur l’actualité

Avec Citizenside, les citoyens du monde entier se transforment en reporters photographes et apportent leur pierre à l’édifice médiatique, en partageant leurs images liées à l’actualité qu’elle soit politique, culturelle, locale ou juste insolite.

Les premières images du trader de la Société Générale Jérôme Kerviel en garde à vue en février 2008, c’est à Citizenside qu’on les doit. Tout comme la vidéo du couturier John Galliano déclarant sa flamme à Hitler dans un état d’ébriété avancée, à la terrasse d’un café parisien. Le site qui comptait au début de l’année 2012 plus de 70 000 photographes amateurs, professionnels et freelance, originaires de plus de 150 pays semble avoir trouvé une formule qui satisfait à la fois les médias et les citoyens-reporters.

La première photo de Jérôme Kerviel,
prise par un « citoyen reporter » et diffusée par Citizenside
a été largement relayée dans la presse
(ci-dessus, la Une de Paris Match, le 31 janvier 2008)

L’objectif du site Citizenside est de rassembler la plus grande communauté de reporters amateurs et/ou indépendants, en offrant à chacun la possibilité de partager ses vidéos et ses photos. Véritable agence photographique en ligne, elle présente néanmoins un avantage de taille sur ses concurrentes en offrant une rémunération beaucoup plus élevée que ce que propose les agences traditionnelles  pouvant aller jusqu’à 65% du prix total de leur cliché. Faisant office d’intermédiaire entre les particuliers et les médias de toute la planète, la plateforme se charge de négocier la vente des documents mis en ligne. Tout ce que les reporters d’un jour ont à faire, en plus de se trouver au bon endroit et au bon moment bien sûr, c’est de s’armer de leur appareil photo ou de leur caméra puis de publier leurs documents sur le site et d’attendre.

Citizenside propose des photos en prise directe avec l’actualité
grâce à ses 70 000 reporters et aux applications pour smartphones
dont le site dispose depuis 2009.

Créée en 2005 par Matthieu Stefani, Philippe Checinski et Julien Robert sous le nom de Scooplive. l’agence basée à Paris devient Citizenside en 2007 lorsque l’Agence France-Presse (AFP) et la société IAM investissent dans le projet. En s’équipant début 2009 d’une application iPhone et Android permettant d’envoyer du contenu directement depuis un smartphone, le site s’est placé à la pointe de la technologie pour s’adapter à des utilisateurs toujours plus mobile, tout en prenant en compte la qualité des photos prises à l’aide de smartphones qui ne cesse de s’améliorer. Le côté pratique n’est pas mis à l’index puisque grâce aux onglets « tutoriels » présent sur le site, chacun dispose de conseils généraux ou plus techniques pour réussir de bonnes photos de presse, nettes, variées et bien exposées. Grâce à Citizenside, même les photographes du dimanche dont l’espace de travail se limitait jusqu’alors aux réunions de famille peuvent reprendre espoir.

Texte rédigé par Tania Messaoudi

Pearltrees: la nouvelle perle des accros du web

Fondé en décembre 2009 par Patrice Lamothe, Pearltrees n’en finit pas de s’étendre sur le net. Réunissant au départ quelques centaines de geeks, cet outil de « curation », est désormais visité par plus d’un million d’internautes par mois, tandis que plus de 350 000 personnes contribuent à son enrichissement. Pour comprendre le succès grandissant de Pearltrees, je me suis entretenu avec Antoine Msika. Diplômé de l’EDHEC Business School de Lille en 2009, il est depuis Juin 2010 le Community Manager français de Pearltrees.

« Cultiver ses intérêts » 

Benjamin Valla/Horizons Médiatiques : Pouvez-vous me présenter Pearltrees et les principales fonctionnalités de cet outil ?
Antoine Msika : Pearltrees est un outil créé pour cultiver ses intérêts : concrètement il permet de collectionner, organiser et partager les contenus qu’on aime sur le web. En quelque sorte Pearltrees donne la possibilité de créer sa bibliothèque numérique. Pour cela, l’internaute sélectionne les liens trouvés au cours de sa navigation et les met dans son compte. Ces liens deviennent alors des perles qui peuvent être rangées, manipulées, organisées dans des dossiers qu’on appelle donc des « Pearltrees ». Cet outil convient parfaitement aux tablettes tactiles : si l’internaute a un ordinateur il manipule les perles avec sa souris, et s’il a un Ipad par exemple il peut vraiment littéralement manipuler et organiser le contenu du bout des doigts.

 L’un des Pearltrees les plus riches du moment,
c’est bien sûr celui consacré à l’élection Présidentielle en France


Quels sont les avantages de Pearltrees pour les utilisateurs du web ?
A.M : Premier avantage de taille : c’est très facile à comprendre et à utiliser pour n’importe qui. En un clic l’internaute peut sélectionner la page, puis la manipuler et l’organiser comme il le veut.
Ensuite, Pearltrees est un outil social et collaboratif : la bibliothèque numérique peut être faite en équipe. Par exemple si quelqu’un fait un Pearltrees sur son club de football préférée, il va mettre les nouveautés trouvées en lisant le site de L’Equipe, ajouter des vidéos trouvées sur Youtube, etc. S’il fait équipe avec un de ses amis, il va pouvoir aussi ajouter les contenus qu’il trouve. Cela leur permet de faire en temps réel une bibliothèque commune.
Enfin, comme c’est un outil social, il est très facile de trouver des contenus proches de ses propres intérêts. Pour reprendre l’exemple du football, on peut très rapidement retrouver des pages web organisées par d’autres utilisateurs sur le football en général ou sur une équipe précise.

« 1 million de visiteurs par mois, 350 000 contributeurs »

Combien de personnes utilisent Pearltrees et quel est leur profil ?
A.M : Il faut savoir qu’il y a un peu plus d’un million d’utilisateurs par mois qui viennent consulter des Pearltrees, réalisés par un peu plus de 350 000 contributeurs. Concernant leur profil, on trouve de tout : des gens qui veulent collectionner des recettes de cuisine, qui suivent l’actualité politique, web, médiatique. On retrouve aussi dans les contributeurs des blogueurs, des sites de médias comme Marianne 2 et l’Usine Nouvelle, ou encore des institutions comme l’IFRI (Institut des relations françaises internationales). Pearltrees leur permet non seulement de garder, d’avoir une trace des pages web, mais aussi de les partager facilement. On retrouve enfin tout type de collection : dernières innovations scientifiques, recettes de cuisine, etc.

De par ses fonctionnalités, peut-on dire que Pearltrees est un complément des réseaux sociaux ?
A.M : Nous sommes effectivement un complément des médias sociaux de manière général. Sur les réseaux sociaux on est dans l’instantanéité, dans le partage rapide de l’information. A côté de cela Pearltrees est un complément accessible très facilement qui permet de conserver, collectionner l’information trouvée sur les blogs, réseaux sociaux, ou n’importe quelle source d’information.

« Un plus pour l’organisation et le partage des sources du journaliste »

Quels sont les intérêts que Pearltrees offre aux journalistes?
A.M : Pearltrees a beaucoup d’avantages pour les journalistes. Cela permet d’abord d’organiser ses sources. Personnellement je blogue un peu donc quand je lis des articles sur des sujets sur lesquels j’ai envie d’écrire, j’organise dans un premier temps mes sources pour les retrouver facilement. Ensuite, je peux commencer à structurer mon article en procédant Pearltrees par Pearltrees suivant les thématiques que je vais aborder.

Pearltrees permet aussi de partager ses sources avec les lecteurs : par exemple un journaliste fait un dossier sur un sujet, il va écrire son article et intégrer son Pearltrees à la fin. De cette façon, les lecteurs peuvent directement tout en restant sur l’article aller lire des sources complémentaires organisées par le journaliste. Le site Mariane 2 le fait beaucoup.

Pearltrees réalisé par le site Marianne 2 en lien avec le sujet
« La sécurité de retour dans la campagne »

Enfin Pearltrees peut permettre de suivre un dossier. Prenons l’exemple de l’affaire Clearstream, qui s’est étalée sur des années et devenait complexe à suivre. Le journaliste peut au fur et à mesure organiser ce qui se dit sur le sujet. Comme ça à chaque fois qu’il en parle dans un article il l’intègre dans son Pearltrees. Le lecteur peut ainsi retrouver en un coup d’œil et comprendre plus facilement la structure de l’affaire, ce qui s’est passé avant et les liens avec ce qu’il se passe maintenant.

Pearltrees concernant l’affaire Clearstream

Pearltrees est un outil de « curation ». Quels sont les grands principes de cet anglicisme?
A.M : En anglais un « curator » c’est un conservateur de musée : c’est celui qui sélectionne les œuvres que le musée va exposer et qui prépare les expositions. L’idée de la curation, c’est de sélectionner du contenu parmi une masse, puis l’organiser afin de le présenter à quelqu’un. Typiquement dans un musée, le conservateur va choisir quelques œuvres sur une époque ou un artiste, l’organiser dans des salles et le présenter en racontant une histoire aux visiteurs. L’idée de Pearltrees c’est à peu près la même chose : permettre aux gens de sélectionner ce qui les intéresse sur un sujet, l’organiser, puis le partager avec d’autres personnes.

Pouvez-vous pour terminer me présenter votre mission de Community Manager ?
A.M : Ce qui fait que Pearltrees est Pearltrees c’est sa communauté, ce sont les personnes qui viennent organiser des liens, organiser leurs perles. Donc moi je m’occupe de cette communauté, je fais en sorte que tout se passe bien, je guide, oriente ceux qui en ont besoin. En plus de ça je m’occupe de la faire croitre. Je fais en sorte qu’il y ait toujours plus de gens qui viennent, qu’il y ait toujours plus de perles organisées afin que Pearltrees soit toujours davantage fourni et intéressant.

Propos recueillis par Benjamin Valla

Et un, et deux, et trois écrans?

RTL, le géant belge de l’audiovisuel privé, a lancé le 5 mars dernier son application iPad dite de “second écran”. Une appellation unique pour plusieurs applications en réalité, puisque le groupe diffuse sur trois canaux différents, RTL TVI, RTL Plug et RTL Club, et propose aux usagers une application par chaîne. Mais qu’est ce qu’une application de second écran?

Le projet part, en fait, d’un constat très simple sur l’évolution de l’attitude du téléspectateur devant son écran. Jean-Jacques Deleew, directeur de RTL New Media explique ces bouleversements au Soir : “De plus en plus de gens regardent la télévision, tout en surfant sur leur ordinateur, leur smartphone ou leur tablette afin de faire des commentaires, de chercher du contenu… L’écran de télévision réunit à nouveau toute la famille dans le salon. Grâce au wi-fi, plus besoin comme avant de s’isoler dans sa chambre ou son bureau pour consulter internet. L’écran principal est collectif. Le second est personnalisé. Nous essayons de capter ces gens qui utilisent ce second écran en leur proposant une foule de choses en complément de l’émission afin de renforcer nos propres chaînes.

« De plus en plus de gens regardent la télévision, tout en surfant sur leur ordinateur »

Que trouve-t-on sur ces applications?

Et voilà comment ces applications de second écran ont vu le jour. Le but n’est pas de permettre aux usagers de regarder les programmes de RTL sur la tablette, mais plutôt d’apporter un complément d’information au téléspectateur sur les émissions de la chaine. Concrètement, seuls les programmes déjà diffusés en direct sur internet par RTL, comme l’info ou la ligue des Champions, seront visibles sur votre tablette.

Pour le reste, l’application iPad vient en fait en complément des émissions diffusées en direct sur la chaine. En démarrant l’appli, vous trouverez ainsi un espace “social TV”, où vous pourrez échanger vos impressions sur l’émission en cours avec les autres téléspectateurs. L’onglet de l’émission diffusée est accessible dès votre connexion à l’application, via lequel vous trouverez des quizz ou autres jeux-concours sur l’émission en question, et bien plus encore. Prenons l’exemple de Top Chef. Recettes de cuisine, biographie des candidats sont ainsi à votre disposition.

L’outil idéal pour être encore plus au fait sur votre émission favorite mais aussi pour rendre les émissions de la chaine encore plus interactives. L’outil idéal, aussi, pour faire parler de ses émissions sur les réseaux sociaux et aller conquérir un nouveau public. De quoi pousser la concurrence à suivre le pas de RTL, dans les plus brefs délais. Et bientôt, peut-être, vous ne pourrez plus vous passer de ce complément. Et vous irez faire l’acquisition d’un troisième écran pour faire ce que vous ne pouvez plus faire sur le deuxième. Bienvenue dans le 21ème siècle.

Texte rédigé par Damien Shernetsky