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Edition Amérique du nord

Cette catégorie contient 22 articles

Métro et la presse gratuite: demandez l’édition spéciale!

La presse est en crise; de moins en moins de personne lisent les journaux papier. Vraiment? Et la presse gratuite dans tout ça? A Montréal, les journaux gratuits n’en finissent pas d’attirer des lecteurs. Horizons Médiatiques a décrypté les raisons d’un tel engouement avec Eric Aussant, le rédacteur en chef de l’édition montréalaise du journal Métro.

L ’île de Montréal, c’est le quart de la population du Québec. Autant de lecteurs potentiels pour les journaux. Depuis 10 ans, Métro occupe la place de leader de la presse gratuite et même de la presse en général. Les chiffres sont assez significatifs: 670 points de distributions, 790 500 lecteurs hebdomadaires, une croissance de 13% en 2012.

«L’idée de base, c’est de se dire que le moment des déplacements dans les transports en commun n’est plus perdu puisqu’on s’y informe, affirme Eric Aussant. Métro est allé chercher des lecteurs qui ne lisaient pas les journaux traditionnels.»

Ça, c’était il y a dix ans. Depuis, la bataille fait rage dans les rues de Montréal entre Métro et son rival 24h, qui appartient au groupe Québécor. Pour tirer son épingle du jeu, Métro a deux armes: Les rédacteurs en chef invités et les éditions spéciales.


 

Inviter un artiste ou une personnalité à endosser  le costume de rédacteur en chef le temps d’un numéro est un exercice qui a fait ses preuves (on peut citer l’exemple de Libération qui fait souvent appel à cette formule). Métro a franchit le pas voilà quelques années déjà. Plusieurs fois dans l’année, toutes les éditions mondiales reçoivent leurs directives éditoriales d’une célébrité. James Blunt, Lady Gaga ou encore Karl Lagerfeld ont déjà tenté l’expérience. Mais le plus souvent, ce sont des personnalités locales qui investissent la salle de rédaction et en prennent le contrôle, le temps d’un numéro spécial dont le succès découle, entre autre, de la campagne publicitaire qui le précède.

« Lorsque l’ex ministre des finances du Québec Monique Jérôme-forget a accepté de prendre ma place, ce fut vraiment intéressant de l’entendre parler de son métier. Idem quand l’homme politique Mario Dumont est venu puisque c’était sa première sortie publique après sa démission de l’Action démocratique du Québec. Quant aux artistes, il est difficile d’en citer quelques uns mais l’équipe de la série Passe Partout et le conteur Fred Pellerin ont beaucoup marqué l’équipe », explique le rédacteur en chef.

Le choix de l’invité ne se fait pas au hasard. L’heureux élu doit avoir un regard particulier sur les évènements présents ou faire lui même parti de l’actualité.

 

L’autre grande différence de Métro par rapport à ses concurrents, c’est son appartenance à un réseau mondial. Près d’une centaine d’édition coexistent en effet à travers le globe. Fort de cela, le journal est en mesure de distribuer plusieurs fois dans l’année des éditions spéciales: Spécial Bonheur, édition verte, Saint-Valentin, spécial enfant ou encore édition rose se succèdent tout au long de l’année.

Enfin, Métro s’appuie largement sur des interventions de chroniqueurs externes ; humoristes, polémistes, hommes politiques, activistes, sont, en effet, invités à donner leur avis sur l’actualité. Et cela fonctionne assez bien. Chaque semaine, les frasques des Justiciers Masqués (un duo comique) dans les pages du journal, font couler beaucoup d’encre et sont très largement partagés sur les réseaux sociaux.

«Le choix de nos chroniqueurs est souvent fait par fidélité. Beaucoup sont là depuis le début. Je pense que chacun amène un point de vue intéressant pour notre lectorat », déclare Eric Aussant.

Texte rédigé par Maxence Knepper

Wavii, l’agrégateur de contenu d’un genre nouveau

Connaissez-vous Wavii, le nouveau média social consacré à la recherche d’information ? Lancé le 10 avril dernier par une start-up de Seattle, le site crée le buzz en quelques jours d’activité seulement, grâce son concept novateur. Explications.

Une version amplifiée de twitter, consacrée à l’information
C’est la comparaison qu’on peut entendre ou lire dès qu’il est question de Wavii. En effet, le site se présente comme un ersatz de twitter sauf qu’au lieu de suivre des personnalités ou des amis proches, on suit des sujets d’actualités en fonction de nos centres d’intérêt : politique, culture, etc.

Le site propose, en fait, un flux d’information mis à jour continuellement, sur une interface qui n’est pas sans rappeler celle du réseau social qu’on ne présente plus, Twitter, d’où la comparaison avec ce dernier.

Dans un premier temps, l’internaute est appelé à choisir le sujet dont il désire connaître l’actu: People, politique, entreprise etc. Puis Wavii prend en charge la collecte non-stop d’informations et ce, en se rapportant à des milliers de sources: médias en tout genre,  blogs ou réseaux sociaux (tweets, facebook, etc.).

Première étape dans l’utilisation de Wavii :
le choix de sujets à rechercher

Une information simplifiée et personnalisée
La où le site innove c’est dans son traitement de l’information rapportée à l’internaute. Wavii réorganise et réécrit automatiquement les données qui sont, par la suite, retranscrites sous la forme d’un flux d’actualité personnalisé et continuellement mis à jour.

Et au lieu d’afficher un lien vers un article, le site fait remonter un court résumé de ce dernier. Ni simple aperçu du papier, ni extrait du titre ou du chapeau, ce résumé est en fait un condensé de l’information principale, long d’à peine quelques lignes.

Si le sujet intéresse le lecteur, un clic suffit pour accéder à une nouvelle interface et avoir un aperçu plus conséquent de l’article ainsi qu’à une fenêtre permettant de commenter ou partager l’info détectée par Wavii. Le site dispose d’un onglet permettant de transmettre les données reçues après recherche via les réseaux sociaux Twitter ou Facebook. Un lien vers l’article complet est évidemment disponible dans cette seconde fenêtre.

Une fois le choix de sujet choisi, Wavii fait remonter sur un fil d’information,
les données les plus récentes et pertinentes et ce sous la forme
d’un court texte résumant le contenu de l’article.

Wavii se présente comme une nouvelle sorte d’agrégateur d’information. En livrant une actualité épurée et personnalisée selon les centres d’intérêts de l’internaute, le site pourrait bien tirer son épingle du jeu dans la course aux médias sociaux les plus populaires contre Pinterest et autres.

Néanmoins, tout n’est pas parfait. Mis en ligne récemment, le choix de sujet proposé par Wavii reste pour l’instant limité, mais pourrait certainement s’accroître dans les semaines à venir si le site rencontre du succès.

Pour conclure, voici la démonstration en image de l’utilisation de ce nouvel outil de veille numérique qu’est Wavii

Texte rédigé par Florent Bovicelli

La French Tv: Arte à la sauce américaine

Depuis 1989, Arte rehausse le niveau de la télévision européenne grâce à sa programmation artistique et culturelle. Depuis le mois dernier, une web Tv franco-américain entend exporter le modèle et mener le même projet outre atlantique : c’est la French tv.

Lancé courant février, La French tv est une web Tv américaine basé à San Francisco. Son fondateur, le réalisateur de documentaire Laurent le Gall est californien depuis presque 30 ans, mais comme le nom de sa chaine l’indique, il est avant tout français.

La French TV est une chaine résolument tournée vers la culture  comme sa lointaine cousine franco-germanique dont le slogan est «la télé qui vous allume» . Pour ce faire, l’équipe propose des capsules sur l’art, le voyage, et des documentaires sur la nature.

Une chaîne multilingue et multiculturelle
Cette nouvelle chaine s’adresse principalement a la communauté francophone d’Amérique du Nord – en cela, elle s’apparente plus ou moins à une version animée du magazine France-Amérique -. Ce choix de cœur de cible l’incite a utilisé conjointement les langues de Shakespeare et de Molière. On peut ainsi profiter du contenu du site dans une langue comme dans l’autre.

Parallèlement, l’aspect multiculturel de son auditoire l’oblige à diffuser des reportages à la fois sur ce qui intéresse les américains de la culture des frogs, et ce qui nous intéresse, nous, du rêve américain. Ainsi, la programmation du moment laisse la place belle à The Artist, l’Amérique en marge, celle qui sent la liberté (Le Burning Man), ou encore au DJs de la French Touch.

Pour couronner le tout, il y a ce qui fait le succès de la webTv: la découverte de l’Amérique profonde grâce à un oublié de la télévision française: Gérard Klein.

The Teacher
On l’avait quelque peu perdu de vue en France, Gérard Klein, l’ancien acteur de la série télévisée «L’Instit» a rejoint l’équipe de La French Tv pour les besoins d’un documentaire en mode Road Trip.

Celui qu’on a connu comme Victor Novak explore depuis quelques temps les États-Unis, d’État en État, pour «L’Amérique dans tous ses états». Résultat, 50 épisodes qui racontent les 50 États d’Amérique. Au final, c’est une véritable encyclopédie sur l’american way of life que nous livre l’acteur.

Chacun de ces opus est un pont entre les la France et l’Amérique, comme celui sur le Vermont où M. Klein nous apprend que cette région c’est un peu la Normandie made in USA. Bref, Victor Novak a définitivement abandonné moto, tableau noir et élèves pour un pick up et un banjo et s’est lancé dans une nouvelle aventure loin des sentiers battus.

“La French TV, based in San Francisco (California), is a cultural web TV channel promoting open-mindedness via inspiring videos to its multicultural audiences.“

 Retrouvez la French Tv sur twitter: http://twitter.com/lafrenchtv

Texte rédigé par Maxence Knepper

Le journalisme web, l’avenir du papier?

Métro Montréal est un journal bien dans son temps. Né il y a dix ans sur le papier, le média développe depuis 2008 une plateforme d’information sur internet. Rencontre avec l’équipe web du journal pour savoir ce que ce bouleversement a changé dans leur quotidien et leur vision du journalisme.

Tous les matins, dès 4 h du matin, les lecteurs peuvent, à chaque coin de rue et devant chaque bouche du métro montréalais, assouvir leur soif d’information grâce aux nouvelles qu’ils lisent dans le quotidien gratuit Métro. Les plus interactifs peuvent pourtant, et depuis 2008, lire ces infos sur la Toile, la veille. La raison de ce prodige? Une équipe de journalistes web assez réactive.

Et Dieu créa le Web journalisme
L’intrusion du Web dans le journalisme est la principale innovation qui a touché la profession au courant des années 2000.
«Il y a un coté gestion chez le journaliste web que n’a pas forcement le journaliste traditionnel, affirme Audrey Lavoie, journaliste web. Et il y a la rapidité. On ne travaille pas pour le journal de demain mais pour l’immédiat.»
La promotion de ses articles sur les réseaux sociaux et les échanges interactifs entre professionnel est une donnée qui paraît aujourd’hui très banales mais qui, il y a dix ans, n’étais pas du fait des journalistes.
Pour Christian Duperron, directeur des plateformes interactives, le passage au numérique a révolutionné son mode de travail. «Au départ, j’étais journaliste papier. La transition s’est faite quand on a crée un site web pour accompagner le format papier. Tout cela a changé notre rapidité d’exécution.»
Il est désormais primordial d’avoir l’information le plus rapidement possible, de les construire très vite et de la mettre en ligne alors même qu’elle n’est pas achevée, selon le journaliste. La règle principale demeure la rapidité.
Pour autant, le journalisme Web, ce n’est pas seulement rajouter des liens hypertextes à un papier. «Je suis tanné d’entendre les gens dire qu’il faut rajouter des vidéos et des hyperliens. Nous sommes en 2012. Le web journalisme, se n’est pas écrire comme en 1992 et rajouter un lien, C’est une manière de penser, c’est aussi faire les choix des intervenants grâce au support.»

Allier les supports en les différenciant
Est-ce qu’avoir un site internet, ce n’est pas juste un gadget qui répète les informations déjà présentes sur les pages du journal?
Pas tout à fait pour Rachelle McDuff, co-directrice de l’information.
«Chez Métro, nous traitons nos deux supports comme deux médias très différents. Certains articles ne vont que sur le web, d’autres ne font l’objet que de brèves sur le papier et sont davantage développés sur internet. L’information ne prend pas la même forme d’un format à l’autre.»
Autre différence, le site web se focalise sur l’hyperlocal alors que la version papier est plus généraliste. Metro essaye de toujours illustrer ce qui se passe à Montréal au même moment sur sa page d’accueil.

Le numérique va-t-il tuer le papier?
«À court terme, il est clair que le le web ne tuera pas les journaux physiques, explique Audrey Lavoie. Mais a long terme le support électronique devrait prendre davantage de place, notamment avec la popularité des tablettes. »
Cela dit, un journal comme Métro n’a de sens que sur papier puisque c’est un journal de transport, un canard distribué aux passants.
Perdre les journaux tel que nous les connaissons aujourd’hui, c’est perdre la relation privilégiée et tactile qu’on lie au papier, celle du café accompagné du froissement des feuilles, affirme la journaliste de Métro qui reconnaît pourtant s’informer principalement sur le web.
Pour d’autres membres de l’équipe, la cohabitation entre les deux formats est possible et le journal Métro en est le bel exemple. « On lie de plus en plus de liens entre les supports et les plateformes, mais certaines choses ne seront jamais vraiment «web friendly», affirme Anicée Lejeune, une autre journaliste web de la rédaction.

La nostalgie du Papier
Anicée redoute la disparition du papier avec lequel elle a grandit et avec lequel elle a commencé sa carrière. «Je serai toujours une journaliste papier dans l’âme», confie la journaliste.
«Si nos journaux papier venaient à disparaître, je serai forcement nostalgique, mais j’ai quand même espoir dans les possibilités qu’offre les tablettes et leur portabilité. Rien ne remplacera le sentiment de lire un journal papier. Pour autant, la nostalgie ne s’entend que pour ceux qui ont grandit avec le papier. Mon fils ne sera surement pas nostalgique du papier si il venait a disparaître », conclut le directeur des plateformes interactives de Métro.

L’équipe du Journal Métro Montréal

Texte rédigé par Maxence Knepper

NPR : Du global au local et vice versa…

La radio nationale américaine NPR mène une expérience locale à l’échelle nationale… Près de 3 millions de dollars sont investis dans ce projet appelé « Argo ». Et les premiers résultats sont à la fois encourageants et surprenants.

La National Public Radio couvre l’actualité nationale aux Etats-Unis. Elle est composée de plusieurs stations locales mais le siège se trouve à Washington. Plusieurs millions d’américains se connectent chaque jour sur le site qui propose par ailleurs un travail journalistique d’une qualité remarquable. «Nos expériences précédentes nous ont montrées que les utilisateurs de nos pages avaient un appétit certain pour les informations locales » affirme Bob Kempf, directeur générale du secteur digitale de la radio. Les journalistes ont aussi observé la capacité des internautes à utiliser les liens vers d’autres radios pour avoir accès à des informations plus précises. Mais aucune mesure précise n’avait été effectuée jusqu’à présent.

Au total treize stations locales participeront à ce pilote à travers le pays. Chacune de ces stations se concentrera sur un thème ayant une résonance nationale mais du point de vue locale. Les utilisateurs se connectant dans une des régions concernées par le test verront automatiquement s’afficher sur la page d’accueil un petit encadré vers la rubrique d’informations locales. WBUR, radio locale de Boston a ainsi un espace réservé au thème de la santé. KPCC en Californie traitera en revanche les questions liées à l’immigration. Pour Vivian Schiller, président de NPR, la radio nationale peut faire ce que peu de médias peuvent faire. « Beaucoup se demandent comment traiter le local et le national. C’est ce que nous pouvons faire car nous avons les infrastructures pour ça. » se réjouit-il. Il sera également aidé pour cela d’un chèque de 3 millions de dollars pour mettre en place le réseau numérique, gérer la page Facebook et mener des enquêtes d’investigations sur le terrain. Évidemment les internautes sont invités à participer. Des espaces de discussions sont prévus à cet effet pour poster les critiques, les suggestions ou pour les dons.

Afin d’avoir des informations précises sur ce qui intéresse les utilisateurs du site, les organisateurs ont divisé les stations en deux catégories. Sept d’entre elles posteront sur leur page d’accueil des liens vers leurs propres sujets locaux. Les six autres posteront des liens vers les sites des autres radios. A titre personnel, résident à Los Angeles je devrais donc avoir un accès au site de NPR avec un encadré sur les informations locales liées à l’immigration. La preuve par ce lien et en regardant à droite de la page. Et si on ouvre cet encadré ont arrive donc directement sur cette page. Et le sujet est effectivement l’immigration.

Une expérience menée conjointement sur Facebook.
La radio NPR est évidemment présente sur les principaux réseaux sociaux. La page Facebook compte environ 2.3 millions de fans. Mais les administrateurs de la page ont observé des résultats étonnants lors des dernières expériences qu’ils ont menées. En parallèle des posts nationaux qui continuent d’alimenter jour et nuit la page, certaines informations ne sont visibles que pour une partie précise des utilisateurs de la page. Là encore la géolocalisation et les paramètres du réseau social ont permis de ne rendre les sujets locaux visibles que pour les habitants de la région. Les mesures de fréquentations, de partages et de « Like » sont très différentes d’un sujet à un autre.

Voici le graphique pour un sujet national visible par tous.

et voici le graphique pour un sujet local visible uniquement pour les habitants de Seattle.

Les résultats montrent un intérêt et une capacité de diffusion bien plus importantes malgré le nombre restreint de lecteurs.
De même on observe une plus grande activité sur les forums pour un sujet local. on peut effectivement penser que certaines questions posées à Seattle n’intéressent que peu les habitants de Boston ou de Los Angeles

Le pilots doit durer environ un mois encore . Si tous se passe bien il sera généralisé à toutes les radios du pays, ce qui représente pas moins de 960 stations. L’information locale prendra alors une toute autre dimension.

Texte rédigé par Jean-Bernard Bossu

Emmanuel Letouzé, dessinateur expatrié : « La caricature de presse est très adaptée aux nouveaux médias »

Emmanuel Letouzé, plus connu sous le nom Manucartoons, a toujours dessiné. Expatrié à Brooklyn, cet économiste voyageur, ancien de Sciences Po, occupe son temps libre à croquer la vie politique française et américaine et ne désespère pas d’être un jour publié dans le célèbre New Yorker… En attendant, il est possible de voir ses dessins sur Rue89, son blog www.manucartoons.com, et le site Stuff Expat. Ses publications font souvent le tour des réseaux sociaux. Pour Horizons Médiatiques, il revient sur l’activité de caricaturiste de presse et son rapport avec les nouveaux médias.

Être illustrateur/blogueur expatrié aux USA, cela implique de connaître l’actualité de deux pays. Comment vous informez-vous au quotidien ?
De différentes façons. Pour l’actualité française, exclusivement sur Internet : LeMonde.fr, Libération.fr, Rue89, Lefigaro.fr… J’y vais tous les jours. Je vais aussi sur Facebook et Twitter. Pour la presse internationale, c’est le New York Times, The Economist, Le New Yorker… je lis beaucoup de presse écrite, je m’informe partout, en fait.

Quels thèmes vous inspirent le plus ?
Pour Rue89 et mon blog, c’est la politique qui domine. Mais je soumets aussi des dessins au New Yorker toutes les semaines, qui ne sont pas des sujets d’actu, mais plus des dessins sociaux sur les relations humaines… Ce n’est pas la même approche sur le fond et graphiquement. J’ai commencé en janvier à proposer mes dessins régulièrement au New Yorker, et j’ai dû adapter mon style. Tous les mardis, j’apporte mon « batch », mon lot de dessins. J’ai dû en apporter une quinzaine depuis la première fois.

A choisir, si vos dessins étaient publiés dans le New Yorker, vous les préféreriez sur le Web ou sur la version papier ? La version papier n’est-elle pas plus « prestigieuse » ?
Les dessins du New Yorker se prêtent bien au web : ils sont en noir et blanc, épurés. Ils ont même leur propre application Ipad. On peut les mettre facilement en album photo et en slideshow. Le Cartoon editor du New Yorker, Bob Mankoff, a créé Cartoon Bank, un répertoire en ligne de tous les dessins du New Yorker depuis ses débuts. Le projet d’une publication en ligne ou une BD électronique, sur Ebook par exemple, ne me dérangerait pas.

Avec le New Yorker, vos dessins sur Rue89, et d’autres publications d’illustrateurs en ligne, peut-on dire que le Web est une alternative à la caricature de presse sur papier ?
Le New Yorker marche très bien sur papier. Le dessin de presse se prête très bien aux nouveaux médias. C’est un mode de consommation visuel, comme la lecture, qu’on peut pratiquer dans le train ou le métro. La plupart de mes dessins ne passent pas sur le papier, ni à l’entrée ni à la sortie. Je travaille sur tablette digitale et sur Photoshop, et j’uploade directement sur mon blog !

Votre dessin sur le Halal et la « première préoccupation des français » a beaucoup tourné sur le Web. Le message d’une caricature, la critique par le dessin, sont-ils plus facile à partager qu’un billet ou qu’un éditorial écrit ?

L’aspect graphique est intéressant, parce qu’il attire l’œil. Il y a deux différences : c’est à la fois plus facile et plus difficile. Il faut trouver une accroche visuelle, pour que ça crée un choc immédiat. Et c’est plus facile qu’un article ou il faut être précis, avec des chiffres par exemple, avoir un côté scientifique. On peut se permettre d’être caricatural. D’ailleurs, j’ai eu des commentaires qui me reprochaient ce dessin, disant que certaines personnes qui vont aux Restos du coeur refusent des produits non halal. Mais le dessin permet d’y aller avec des gros sabots : les gens ne s’attendent pas à ce que ce soit aussi mesuré, sourcé, qu’un article.

Le fait que le dessin soit digital change-t-il la donne ?
Pour certains dessinateurs, oui. Ils trouvent que les dessins sur palette graphique sont trop flashy, les couleurs trop criardes. C’est le cas du dessinateur de presse Chimulus (fils du dessinateur Jacques Faizant, célèbre éditorialiste au Figaro).
Mais si on maîtrise le noir et blanc, la palette graphique est un bon outil! Elle permet aussi d’ajouter plus de couleurs, d’autres contenus que du dessin, comme du multimédia, des photos…
Et en voici un exemple !

D’autres caricatures de Manu :

Propositions au New Yorker :

Propos recueillis par Mylène Hassany

Vers la création d’un statut de journaliste au Quebec

Il y a quelques mois, les membres de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) ont voté à 87 % pour la mise en place d’un titre de journaliste professionnel. Aujourd’hui, à un tournant de l’histoire médiatique, les journalistes souhaitent se distinguer des blogueurs et des journalistes-citoyens. Quelles solutions pour y parvenir?

La FPJQ vit là un changement majeur de sensibilité de la part de ses adhérents. Déjà, au milieu des années 2000, la question avait déjà été abordée, mais en vain.Les débats restent houleux entre les défenseurs et les opposants au projet. Déjà, avec le rapport Payette, la question était lancée.
En plus de l’adoption d’un titre professionnel, le rapport de la FPJQ recommande l’instauration d’une aide financière de Québec et des allocations annuelles allouées au Conseil de Presse. Par ailleurs, la Fédération souhaiterait que les journalistes québécois soient dans l’obligation de s’acquitter de cours de français chaque année pour participer à la défense de cette langue.
Lors de l’assemblée générale de la FPJQ, fin 2010, les administrateurs ont voté à l’unanimité en faveur de l’élaboration d’un titre. Et finalement, le vote d’avril 2011 confirme la volonté d’une partie des journalistes de voir leur profession reconnue et protégée.

«Il y a une majorité significative de journalistes qui veut la création d’un titre», Brian Myles, président de la FPJQ. 

Il faut souligner que tous les journalistes québécois ne sont pas membres de la FPJQ. Ce n’est donc pas la majorité des professionnels qui appui ce programme. Dans tous les cas, la décision finale reviendra au gouvernement libéral, qui, par une loi, décrétera ou non la création du titre.
«On veut un titre pour différencier les journalistes des blogueurs, pour obtenir des droits et pour contrer les pressions externes. Les gens sont de plus en plus craintifs dans le métier, il faut dire qu’on gère une longue décroissance», poursuit le président de la fédération.

Des nouveaux modèles
Deux modèles pourraient émerger d’une telle décision. Un modèle à la française ou des critères d’attribution ressemblant à ceux qu’utilise aujourd’hui la FPJQ, c’est à dire que chacun serait libre d’y adhérer ou pas.
En France ou en Italie la carte de journaliste est obligatoire et confère des privilèges et des responsabilités. Le Québec semble se diriger vers un autre modèle plus léger que le français.
«Il faut encore peaufiner la démarche et rencontrer surtout rencontrer les autorités», conclut Brian Myles.
Ce genre de titre n’existe pas du côté du Canada anglophone, ni même aux États-Unis. Le Québec serait donc la première province à mettre en place un tel système de régulation de la profession. Un bon point pour la Belle Province.

Texte rédigé par Maxence Knepper

Le Tebowing ou l’art d’entretenir le buzz selon les médias américains

Comment parler de nouvelles pratiques journalistiques sans même aborder le phénomène du “buzz”. Cet anglicisme qui signifie  « bourdonnement » d’insecte est à l’origine une technique consistant, comme son nom l’indique, à faire le plus de bruit possible autour d’un événement, d’une offre ou d’un nouveau produit. Et avec l’arrivée d’internet, le principe du Buzz ne se limite plus seulement au marketing, mais à tout ce qui peut attirer l’attention de millions de lecteurs, d’internautes et de téléspectateurs. Une véritable mine d’or pour les médias américains qui l’ont bien compris.

“Faire le buzz”, voilà une expression des plus actuelles, propre à la génération internet. Entrée dans le langage courant depuis le développement du web, l’expression, utilisée quelques années plus tôt, en aurait rendu plus d’un ridicule. Aujourd’hui même les médias l’utilisent à foison, et pas seulement en Amérique mais dans le monde entier. Mais reconnaissons à nos confrères d’outre-manche qu’ils savent particulièrement bien s’y prendre pour entretenir un engouement nouveau. Malheureusement pour eux, le buzz est, par nature,imprévisible. Impossible de prédire ce qui va attirer la curiosité et déchainer les passions du public. Et c’est tant mieux. S’il y avait une recette secrète pour le créer, tout les groupes de presse en quête de une à sensation l’appliqueraient et la notion même du buzz y perdrait tout intérêt. Pourtant dés que le public montre une curiosité grandissante pour un quelconque phénomène, les médias vont immédiatement s’y rapporter, c’est logique, c’est leur rôle premier. Mais quand il s’agit d’un buzz déjà relayé par des milliers de personnes, cela ne se limite plus à de l’actualité simple mais à une excellente occasion d’attirer des milliers d’internautes et lecteurs pris de passion pour un évènement ou une personne au centre de toute les attentions .Entretenir le buzz est devenu une pratique courante dans l’actuelle production de l’information. Et même si les médias s’avèrent incapables d’être à l’origine d’un tel engouement, ils savent parfaitement comment y contribuer. Et ainsi le cultiver par le biais d’articles, reportages et autres interviews. Et l’exemple le plus parlant actuellement, c’est le joueur de football américain Tim Tebow.

Quelques explications
Le Tebowing, qu’est ce que c’est? Et bien tout simplement le geste de prière effectué avant, pendant ou même la fin de chaque match par Tim Tebow. Star montante du football américain, ce joueur des Broncos de Denver était méconnu il y a quelques mois de cela. Fin 2011, l’équipe de Tebow, jusque là considérée comme équipe moyenne de championnat, enchaîne six victoires d’affilé. Les Broncos de Denver deviennent se hissent même au rang de favori pour disputer le mythique Superbowl, finale du championnat de foot américain. Et l’attention des spectateurs, ainsi que des médias se dirige rapidement sur Tim Tebow, quaterback de l’équipe qui n’hésite pas à mettre le genou à terre et prier, l’espace de quelques secondes, pour la victoire de ses camarades.

Un buzz progressif
Comment un geste, en apparence anecdotique a pu créer un tel engouement sur le web? Tout remonte au 23 octobre dernier, lors d’un match contre les Dolphins de Miami. L’équipe de Denver est dans une situation critique et voit la victoire lui échapper. Avant la dernière période de jeu du match, le quaterback Tim Tebow pose un genou sur le terrain et fait un bref prière. Après ça, Denver bat de peu les Dolphins de Miami grâce à deux passes décisives de Tebow, qui devient ainsi l’homme du match. Il n’en faut pas plus à Jared Kleinstein, fan absolu de l’équipe de Denver, pour rendre hommage à son nouveau héros, Tim Tebow. Il poste sur internet, quelques heures après l’extraordinaire performance de Tebow, la photo suivante sur le net via son compte facebook.

Le jour suivant, constatant l’énorme popularité de sa photo hommage, il décide de créer un site consacré à la posture du quaterback de Denver. Site sur lequel les particuliers peuvent poster leurs photos hommage à Tim Tebow. Le site voit le jour le 25 octobre. Le Tebowing est né.

Quelques exemples de Tebowing réalisés par des amateurs

L’intervention immédiate des médias
Bon soyons d’accord, les médias n’ont eu aucun rôle à jouer dans l’engouement suscité autour de Tim Tebow. Pourtant, là où ils interviennent, c’est dans le traitement qu’ils vont donner à cette actualité. En 48 heures, le site crée par Jared Kleinstein affichait 175 000 visiteurs. Des chiffres qui ont suffi à convaincre les médias nord américains. Le 27 octobre, Yahoo! Sports,le Huffington Post, NFL.com, AOL Sporting News, Bleacher Report et le NY Daily News couvrent le sujet. Le buzz autour du Tebowing pouvait commencer. Et tout s’est enchaîné par la suite, pure players (Huffington Post), chaînes d’informations sportives (Foxsports) ou quotidien papier (Wall Street Journal, Washington Post), s’emparent du sujet et le traitent à toutes les sauces. Dans la recherche google du mot Tebowing : près de 2 500 000 résultats apparaissent. Rien que ça.
Et quand on voit les titres des différents articles , on comprend que les médias font tout pour entretenir la curiosité autour de Tim Tebow.

Le tebowing est-il une attaque contre la religion chrétienne?

“Des Lycéens renvoyés après avoir fait un Tebowing”

Des émissions de télévision vont même jusqu’à reprendre, sur leur plateau, le geste du quaterback de Denver.

D’un simple geste porte bonheur à véritable phénomène de société
Le traitement médiatique aidant, le tebowing est devenu une expression des plus familières outre-atlantique. Si bien qu’en moins de trois mois, le néologisme “tebowing” est officiellement rentré dans le langage courant, reconnue comme une expression à part entière par le Global Langage Monitor (une organisation américaine qui étudie années après années les tendances de langage.  C’est elle par exemple qui avait fait indiqué que l’expression Obamania était une des expressions les plus utilisées après l’élection de ce dernier).
Summum de la consécration lors de la traditionnelle cérémonie des Oscar de février dernier, diffusée sur la chaîne ABC, Robert Downey Junior, superstar du cinéma hollywoodien, doit monter sur scène pour remettre l’oscar du meilleur documentaire. N’arrivant pas devant le public , la caméra file en coulisses où l’on surprend l’acteur dans la même position de prière que Tim Tebow. La preuve ci-dessous

L’engouement est né des plaisanteries d’un internaute mais sans les médias un tel buzz aurait-il été possible? Évidemment la réponse est oui, mais il est impossible de ne pas se demander si tout cela aurait été aussi loin sans le traitement excessif réservé au Tebowing. Quand on voit à quel point les médias parviennent à faire en sorte que l’engouement perdure, on peut être surpris. Des articles consacrés au tebowing commencent même à apparaître dans les colonnes des journaux européens, alors que sur le vieux continent, le football américain est loin d’atteindre la popularité qu’il connait outre-atlantique.

Texte rédigé par Florent Bovicelli

Avec News Me, l’information se personnalise

Les journalistes américains connaissent bien Twitter et Facebook. Ces deux réseaux sociaux sont devenus incontournables dans la diffusion de l’information. Une nouvelle application sur l’IPhone fait aujourd’hui son apparition sur le marché. Son nom : « News.me » Son objectif ? Grandir et devenir « The » réseau social.

Avant de se lancer dans une aventure qui pourrait les conduire à devenir l’avenir des réseaux sociaux, les créateurs de News.me se sont posé plusieurs questions. Leurs observations sur le fonctionnement des plates-formes d’information et le comportement des internautes ont conduit à plusieurs constats.

Et en premier lieu, ils ont constaté que les lecteurs d’aujourd’hui ont plusieurs rôles. Ils consomment l’information mais surtout ils la diffusent via leurs réseaux sociaux. Les développeurs se sont également aperçus que la façon la plus régulière de partager l’information reste par courriel. Or les utilisateurs se trouvent assez rapidement débordés par une avalanche d’informations. Et trop d’info tue l’info.

Jake Levine, directeur de News.me, cherche alors « une application qui combine l’efficacité d’un Twitter mais plus personnelle et sous la forme d’une conversation » L’application qu’il fini par créer permet de sélectionner les informations qui conviennent à chaque utilisateur en fonction de ses préférences.

Autre constat : les forums sur internet ne fonctionnent pas. Difficile en effet d’avoir une discussion constructive sur un article à partir d’un site internet. Il n’y a aucun contrôle sur les personnes qui interagissent. En ce qui concerne les réseaux sociaux tous vos contacts sont également en mesure de réagir à vos publications. Dans les deux cas ce sont plusieurs centaines de personnes qui peuvent être embarqués dans la conversation. L’application permet, quant à elle de limiter la diffusion aux personnes qui vous intéressent. Fini également le « like » de Facebook. Trop généraliste pour News.me qui permet de commenter librement l’article en question par le mot qui vous semble le plus pertinent. Bref rien de très révolutionnaire mais une interface plus simple et une liberté plus grande que les deux autres réseaux sociaux.  De plus ce qui se dit dans le cadre d’une conversation précise reste dans ce cadre. Il n’est visible que par un nombre restreint de personnes.

Pour l’instant l’application n’en est encore qu’à ces balbutiements. Lancée l’année dernière, elle peine à générer des profits substantiels. Pour Jake Levine la priorité actuelle est de se constituer une base solide d’utilisateurs avant de penser à développer l’aspect économique. Ce dernier reste confiant sur le succès grandissant de son application. Il peine pourtant à convaincre sur l’aspect réellement original de son offre. Si le filtrage des personnes concernées permet probablement de limiter les trolls et les commentaires non désirés, l’application ne résout pas le problème du trop grand nombre d’informations.

News.me permet néanmoins de relever une tendance que des applications comme Foursquare ou Zite ont déjà commencé d’exploiter. A savoir la personnalisation des réseaux sociaux, qui devrait permettre à terme, à tous les utilisateurs de choisirent ses sources mais aussi les bénéficiaires de l’information. News.me pourrait permettre aux journalistes de créer des cercles plus restreint en fonction de leur spécialité. Une façon plus commode de sélectionner les informations avant de les transmettre dans un cercle plus large. L’application permet en effet de diffuser ensuite les liens vers les grands réseaux sociaux. Outre l’aspect économique les développeurs de News.me doivent encore arriver à convaincre le public qu’ils sont un intermédiaire crédible entre les sources originelles de l’information et les réseaux sociaux. Et surtout ils devront se battre dans un marché ultra concurrentiel. D’ailleurs les grands réseaux commencent également de s’intéresser de près à ces nouvelles évolutions.

Texte rédigé par Jean-Bernard Bossu

L‘information sur internet devient payante

Dans la foulée de près de 80 médias du groupe Gannett le Los Angeles Times va devenir payant à partir du mois prochain. Les dirigeants espèrent en tirer des profits substantiels. Mais cet optimisme n’est pas partagé par tous. Explications…

Gannett est le plus grand groupe de presse américain. Un géant à l’américaine. Près de 600 titres de presse et 23 stations de télévisions locales à travers tout le pays. Parmi les noms les plus célèbres on trouve le grand quotidien national USA today. Au niveau local le groupe détient le Arizona Republic à Phœnix ou encore The Courrier Journal à Louisville dans le Kentucky. La liste serait évidemment trop longue à établir en intégralité. Au total le chiffre d’affaire en 2011 est évalué à 5.2 milliards de dollars, soit une baisse de 3.7% par rapport à son précédent exercice. Une baisse qui s’explique par une érosion des ventes et une diminution des revenus issus de la publicité. Un air de déjà-vu. Il faut néanmoins noter que ce passage au payant sera effectif pour tous les médias du groupe à l’exception notable de USA today. Les dirigeants espèrent tirer de cette opération des revenus supplémentaires qu’ils estiment officiellement à 100 millions de dollars.

C’est en s’appuyant sur cette décision que le LA times a justifié par un communiqué sur son site qu’il procédera à la même opération. Et ce dès le 5 mars prochain. Les quatre premières semaines seront facturées 99 cents. Puis le prix sera de 1.99 dollars, ce qui inclut l’édition du dimanche. Les abonnés pourront continuer de s’informer pour 3.99 dollars par semaine. Les abonnés à la version papier du quotidien auront un accès gratuit. Il est possible de ne pas payer mais vous n’aurez alors accès qu’à une quinzaine d’articles sur une période de 30 jours. Pour l’instant les lecteurs utilisant des téléphones portables et des Ipad sont également épargnés. Bref si vous êtes accros au LA times mais pas assez pour ne pas payer il va falloir jouer sur les adresses IP. Si vous avez suivi mon blog depuis le début vous savez que le Boston Globe avait déjà effectué cette opération en septembre. Du côté de la santé financière, les ventes du LA times étaient en baisse de 26% en 2011 malgré le succès du site internet.

Alors rendre payant les sites, solution miracle ? C’est le débat qui oppose aujourd’hui les partisantes et les opposants au passage au payant. Dans le cas du LA times les dirigeants du journal s’appuient sur l’expérience du New-York Times qui est déjà passé au payant sur internet. Selon une de ses porte-parole « les prédictions nous disaient que nous allions avoir une forte baisse de fréquentation mais nous n’avons vu qu’une très légère diminution. »

Retrouvez ici l’intervention de James Harding sur le passage au mode payant (Article diffusé sur BBC News)

En ce qui concerne les médias du groupe Gannett, le journaliste de Forbes, Jeff Bercovici approuve la décision. Selon lui USA Today ne peut pas devenir payant car il fait face à la concurrence nationale de journaux comme le Wall Street Journal. Or USA Today, pour sa diffusion, compte essentiellement sur sa diffusion indirecte via les hôtels, les aéroports ou les lieux publics. En revanche le passage au payant des autres médias devrait provoquer une hausse de 25% des revenus soit environ 100 millions de dollars. C’est en tout cas le pari de l’équipe en place devant les actionnaires.

Mais tout le monde ne partage pas cette spéculation ambitieuse sur l’avenir. Jeff Roberts de paidContent.org est plus réservé dans son analyse. Selon lui « les objectifs se basent sur un renouvellement de presque tous les abonnements aux 80 médias locaux concernés par la mesure. » les prix s’adapteront pour chaque journal. Le groupe parie également sur la demande en termes d’informations locales. Mais en faisant cela le journaliste doute de la capacité du groupe à développer des applications locales efficaces. De plus les journaux en ligne seront financés par les revenus issus de la presse papier. Si la chute de ces derniers venait à s’accélérer cela perturberait le financement des éditions en ligne. Enfin les revenus issus de la publicité sont toujours aussi incertains. L’essentiel des gains attendus seront issus des abonnements.

Dans tous les cas c’est bien un nouveau tournant qui a été pris par les groupes de presse pour continuer à exister. L’information payante en vient à se généraliser. C’est donc sur les contenus professionnels et les applications sur les mobiles que les journalistes s’appuient pour justifier ce passage au payant. Une réponse sur le fond et sur la forme. Les chiffres d’affaires de 2012 seront les révélateurs du bien fondé ou non de cette stratégie.

Texte rédigé par Jean Bernard Bossu