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Edition Afrique

Bloguer, et être libre de parler

Ils sont en augmentation constante depuis le début des années 2000. Les blogs, qui occupent un espace très important sur la toile africaine, apportent une véritable plus-value dans le traitement de l’information du continent.

Contourner les médias traditionnels
Malgré une large progression de la liberté de la presse sur le continent africain, Reporters Sans Frontières y pointe une situation néanmoins toujours préoccupante, puisque 7 États seulement se situent dans les 50 premières places du classement mondial de l’ONG pour 2011. Ce contexte, où tout n’est pas toujours bon à dire pour les journalistes, explique en partie l’engouement pour les blogs sur la toile africaine. La densité du réseau, ainsi que l’anonymat derrière lequel peuvent parfois se cacher les internautes, leur permet d’y publier des contenus informationnels alternatifs aux diffusions des médias traditionnels plus ou moins muselés. Ainsi les journalistes africains sont-ils souvent des blogueurs appliqués.

Dénoncer les manipulations et rétablir la vérité
C’est notamment le cas au Bénin, qu’RSF situe à la 91ème place de son classement mondial. Dans ce petit pays d’Afrique de l’ouest, la blogosphère est notamment animée par de nombreux journalistes qui apportent une véritable plus-value à l’information délivrée par la presse traditionnelle insuffisamment qualitative, voire même erronée. Gnona est l’un d’entre eux. Il se présente comme étant “investi d’une mission d’informer les internautes sur l’évolution de la situation économique du continent africain et du Bénin en particulier”. Il fait également de son blog un espace consacré à des prises de positions politiques et relatives aux droits de l’homme. Dans une publication en date de mai 2007, il  dénonce l’usage outrancier que font les autorités politiques des médias traditionnels du pays. Dans cet article, il accuse notamment ces mêmes médias d’avoir diffusé des informations mensongères quant à la production de coton du pays, et en profite pour rétablir la vérité. Christophe D. Assogba  situe son blog dans une démarche similaire. Avant de s’illustrer pour son ouvrage intitulé « Presse béninoise, l’échoppe de la mafia », l’homme a longtemps tenu un blog au sein duquel il a, à plusieurs reprises, mis en évidence les pratiques manipulatoires de l’ORTB.
D’autres journalistes se distinguent ainsi à travers le continent africain, en valorisant une information destinée s’approcher davantage de la réalité des faits. Martin Saihonnou est l’auteur du blog Afriksenatorium, dont le sous-titre est pour le moins évocateur : “L’Afrique ne doit plus être trahie ; les peuples ont soif de vérité : c’est à vous que je parle”. Au fil de ses publications, il s’engage pour la liberté d’expression et le libre exercice de la profession, tout en restant totalement anonyme. Si on connaît son nom, son blog ne dispose pas de page de présentation, et il est impossible de connaître la nationalité de ce journaliste-blogueur. Banamikili a quant à lui été initié par 2 journalistes congolais, et aurait pour mission de devenir « le Wikileaks d’Afrique ». Chaque jour, il met les citoyens à contribution dans le but de dénoncer la politique du « sanguinaire Joseph Kabila ». Sans être leur seule vocation, bien d’autres exemples de la libéralisation de la parole par le biais des blogs existent en Afrique.

L’impossible élimination des risques pour la profession?
Malgré tout, c’est dans une totale insécurité que certains blogueurs exercent leur activité. Dans certains pays d’Afrique qui affichent encore des taux de pénétration d’internet relativement bas, la toile est très surveillée. C’est le cas en Ethiopie, où de nombreux journalistes, affiliés à des médias traditionnels –pour ne pas dire « d’Etat »- ou publiant sur internet, sont fréquemment inquiétés. Blogueur assidu, Eskinder Nega en a fait les frais à plusieurs reprises. Arrêté 7 fois au cours des deux dernières décennies, il est à nouveau en prison depuis septembre 2011, pour avoir publié une colonne dans laquelle il dénonçait le non respect de la liberté d’expression. Accusé d’actes de terrorisme, il risque à présent la peine de mort.
Eskinder Nega n’est pas un cas isolé. Preuve que le réseau internet, s’il aide beaucoup, ne peut  tout résoudre, l’Afrique est encore aujourd’hui le continent qui emprisonne le plus les journalistes.

Texte rédigé par Cerise Assadi-Rochet

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