+
vous lisez
Edition Afrique

Analyse : quand les blogs mettent la fracture numérique au tapis

Il y aurait ceux qui sont connectés et ceux qui ne le sont pas. Deux sociétés qui s’opposent, comme la lumière et l’obscurité, la richesse et la pauvreté, le blanc et le noir, même, si l’on ose.  Plusieurs phénomènes observés ces dernières années sur le continent africain nuancent pourtant le concept de fracture numérique. La blogosphère, qui s’étend à présent jusqu’en Afrique subsaharienne, pourrait même le remettre en question.

Blogosphère africaine : un essor paradoxal
Avec un taux de pénétration d’Internet sur le continent avoisinant les 12%, soit un tiers seulement de la moyenne mondiale, l’Afrique reste le continent le moins connecté du globe. (chiffres 2011, Internet World Stats)

En cause : les tarifs d’accès à internet, actuellement 5 fois plus élevés que dans le reste du monde, à fortiori pour les lignes haut débit (seulement 2% de taux de pénétration sur le continent). L’absence de réseaux internationaux à haute capacité sur le territoire freine en effet pour l’instant une diminution des coûts d’accès.

Néanmoins, la toile africaine se structure notamment autour de ce qui semble devenir un véritable phénomène de société. Apparue sur le continent dans le milieu des années 2000, la blogosphère initiée en Afrique anglophone s’étend en effet à présent sur tout le territoire. Selon l’agrégateur Afrigator, depuis 2007, ce sont 150 nouveaux blogs qui naissent mensuellement dans l’afrosphère, et viennent enrichir les quelques 30 000 articles publiés mensuellement sur la toile africaine. (chiffres 2008), ce qui s’explique, entre autre, par la gratuité et la simplicité d’utilisation des plateformes. Un nombre qui peu paraitre timide au regard des millionsw de billets postés chaque jour à travers le monde, mais qui prouve que la blogosphère africaine parvient à s’organiser malgré le manque de connectivité.

Doit-on encore parler de fracture numérique africaine?
Ainsi l’idée d’une fracture numérique, si elle peut être contournée par ceux qui en seraient les victimes, pourrait bien dévoiler certaines de ses failles. Reposant simplement sur le dénombrement des équipements reliés au réseau, elle ne s’intéresse pas aux usages spécifiques de ces outils. Certains particularismes africains méritent pourtant d’être mentionnés lorsque l’on aborde la question de l’utilisation d’internet, et notamment son aspect collectif. Le développement des cybercafés, voire même, pour certains pays, son foisonnement, a considérablement contribué au développement des TIC. Idem pour les cybercases, qui relient aujourd’hui des dizaines de villages isolés, au réseau mondial. Ces espaces d’accès à Internet, qui offrent un service de proximité à moindre coût à un grand nombre de personnes, nuancent considérablement la notion de fracture numérique, de même que les usages extra-familiaux dont peuvent faire l’objet les équipements informatiques de certains foyers.

Abordant l’accès à internet sous un angle uniquement quantitatif, le concept de fracture numérique néglige également ce qui pourrait être de l’ordre de la qualité des flux émis ou reçus. Chaque transmission est en effet admise comme étant une diffusion d’information, sans que nul ne s’intéresse à la valeur réellement informative du message. Or, s’il était possible d’exclure de l’évaluation de la connectivité des territoires et des populations, la pollution numérique (SPAM et autres publicités) ou encore la prolifération des virus, extrêmement répandus là où les taux de pénétration du net sont les plus importants,  il y a fort à parier que la représentation binaire du monde que donne actuellement à voir ledit concept serait vraisemblablement bien différente.

Bloguer moins, mais utile
Revenons-en à présent à la blogosphère africaine, qui va justement dans le sens de cette remise en cause. Les blogs africains, dont le nombre, qui bien qu’en progression, reste encore faible si on le compare au reste du monde, font mouche de par leur qualité. Preuve en est, s’il en faut une, le succès consécutif de deux blogueurs africains lors des “ BoB’s“, -Coupe du monde des blogs organisée par la radio internationale allemande Deutsche Welle-. En 2007, c’est Cédric Kalonji, journaliste congolais, que le jury du concours a choisi de récompenser pour son blog mêlant actualité, réflexions et vie quotidienne. L’année suivante, c’est le jeune journaliste ivoirien formé par la presse écrite Israël Yoroba, devenu depuis lors blogueur professionnel,qui décroche le titre.

La qualité du contenu des posts intra-africains, parfaitement illustrée par la récompense de ces blogs, pourrait donc être en mesure de compenser leur quantité. Abordant l’actualité sportive, politique et économique du continent, ils empruntent bien souvent un ton résolument journalistique, et sont même fréquemment tenus par des journalistes. Dans une perspective parfaitement utilitariste, les Africains peuvent écrire dans leurs billets ce que les médias traditionnels cachent par peur de représailles. Aidés par le développement léger mais néanmoins perceptible du réseau et des initiatives locales pour l’accessibilité d’internet au plus grand nombre, les blogueurs dépossèdent progressivement la notion de fracture numérique de son sens.

Texte rédigé par Cerise Assadi Rochet

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :