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Métro et la presse gratuite: demandez l’édition spéciale!

La presse est en crise; de moins en moins de personne lisent les journaux papier. Vraiment? Et la presse gratuite dans tout ça? A Montréal, les journaux gratuits n’en finissent pas d’attirer des lecteurs. Horizons Médiatiques a décrypté les raisons d’un tel engouement avec Eric Aussant, le rédacteur en chef de l’édition montréalaise du journal Métro.

L ’île de Montréal, c’est le quart de la population du Québec. Autant de lecteurs potentiels pour les journaux. Depuis 10 ans, Métro occupe la place de leader de la presse gratuite et même de la presse en général. Les chiffres sont assez significatifs: 670 points de distributions, 790 500 lecteurs hebdomadaires, une croissance de 13% en 2012.

«L’idée de base, c’est de se dire que le moment des déplacements dans les transports en commun n’est plus perdu puisqu’on s’y informe, affirme Eric Aussant. Métro est allé chercher des lecteurs qui ne lisaient pas les journaux traditionnels.»

Ça, c’était il y a dix ans. Depuis, la bataille fait rage dans les rues de Montréal entre Métro et son rival 24h, qui appartient au groupe Québécor. Pour tirer son épingle du jeu, Métro a deux armes: Les rédacteurs en chef invités et les éditions spéciales.


 

Inviter un artiste ou une personnalité à endosser  le costume de rédacteur en chef le temps d’un numéro est un exercice qui a fait ses preuves (on peut citer l’exemple de Libération qui fait souvent appel à cette formule). Métro a franchit le pas voilà quelques années déjà. Plusieurs fois dans l’année, toutes les éditions mondiales reçoivent leurs directives éditoriales d’une célébrité. James Blunt, Lady Gaga ou encore Karl Lagerfeld ont déjà tenté l’expérience. Mais le plus souvent, ce sont des personnalités locales qui investissent la salle de rédaction et en prennent le contrôle, le temps d’un numéro spécial dont le succès découle, entre autre, de la campagne publicitaire qui le précède.

« Lorsque l’ex ministre des finances du Québec Monique Jérôme-forget a accepté de prendre ma place, ce fut vraiment intéressant de l’entendre parler de son métier. Idem quand l’homme politique Mario Dumont est venu puisque c’était sa première sortie publique après sa démission de l’Action démocratique du Québec. Quant aux artistes, il est difficile d’en citer quelques uns mais l’équipe de la série Passe Partout et le conteur Fred Pellerin ont beaucoup marqué l’équipe », explique le rédacteur en chef.

Le choix de l’invité ne se fait pas au hasard. L’heureux élu doit avoir un regard particulier sur les évènements présents ou faire lui même parti de l’actualité.

 

L’autre grande différence de Métro par rapport à ses concurrents, c’est son appartenance à un réseau mondial. Près d’une centaine d’édition coexistent en effet à travers le globe. Fort de cela, le journal est en mesure de distribuer plusieurs fois dans l’année des éditions spéciales: Spécial Bonheur, édition verte, Saint-Valentin, spécial enfant ou encore édition rose se succèdent tout au long de l’année.

Enfin, Métro s’appuie largement sur des interventions de chroniqueurs externes ; humoristes, polémistes, hommes politiques, activistes, sont, en effet, invités à donner leur avis sur l’actualité. Et cela fonctionne assez bien. Chaque semaine, les frasques des Justiciers Masqués (un duo comique) dans les pages du journal, font couler beaucoup d’encre et sont très largement partagés sur les réseaux sociaux.

«Le choix de nos chroniqueurs est souvent fait par fidélité. Beaucoup sont là depuis le début. Je pense que chacun amène un point de vue intéressant pour notre lectorat », déclare Eric Aussant.

Texte rédigé par Maxence Knepper

« Réunionnais du monde » : la communauté d’expatriés vous offre l’actualité

Un nouveau moyen de se tenir informé sur l’actualité réunionnaise a fait son apparition sur la toile. Reunionnaisdumonde.com est un site d’information participatif, alimenté par les Réunionnais en métropole comme à l’étranger et qui permet de relier les expatriés du monde entier à leur île natale.

 

 

Internet abolit les frontières géographiques et temporelles, et permet de créer des passerelles entre un pays et sa diaspora. Dans la tendance web 2.0, on trouve des sites d’informations communautaires comme Reunionnaisdumonde.com. A l’origine de ce projet, un journaliste, Nicolas Martin, qui décide en 2005 de se lancer dans le réseautage en ligne. De retour après dix ans passés loin de son île natale, il décide de créer « Réunionnais du monde », pour les quelques 250 000 expatriés vivant en dehors de la Réunion.

Le site fédère aujourd’hui plusieurs milliers de personnes et dépasse les 400 000 pages vues par mois. Il se différencie des autres réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter, en proposant d’autres types d’informations et des services utiles conçus sur mesure pour les Réunionnais du monde. Soutenu par le service public, ce site constitue un lieu d’échange d’offres d’emplois, de bonnes adresses, de réductions sur les voyages et prestations touristiques, ou encore de produits réunionnais en vente dans la boutique en ligne.

Mais « Réunionnais du monde » c’est surtout un lieu de partage d’informations et d’expériences. Interviews, portraits, reportages, web tv et web radio, tout est réuni pour connaître l’actualité culturelle et économique des Réunionnais à travers le monde. En plus d’informer, le site a pour vocation de promouvoir l’île en terme d’image et de repérer les expatriés disséminés en Métropole et à l’étranger qui s’épanouissent dans leurs études et leur travail tout en exportant les valeurs réunionnaises dans le monde.

 

 

Texte rédigé par Amandine Fournier

“Quand la dynamique web-papier est maîtrisée, elle permet de générer des profits”

L’Avenir.net est le 5ème site d’information le plus visité en Belgique francophone selon le Centre d’Information sur les Médias. Ce score est d’autant plus significatif qu’au sein de ce top 5, le site du quotidien régional belge affiche la plus nette progression, avec une hausse d’audience de 16,2 %. “L’Avenir est au contenu” nous dit le journal, mais il est aussi au Web comme nous l’explique Nathanaël Jacqmin, l’un des trois Rédacteurs en chef-adjoint du quotidien


L’Avenir est au contenu… et au web.

 

Horizons Médiatiques / Lucile Jeanniard : Le web apporte-t-il réellement un nouveau souffle à votre rédaction papier?
Nathanaël Jacqmin :
Dans un premier temps, les journaux papier sont dans une phase où toute l’info papier bascule sur le web. Sauf qu’à terme, c’est vraiment signer l’arrêt de mort du papier. Pourtant, c’est une phase un peu obligatoire au départ, car les rédactions ne passent pas du jour au lendemain à travailler sur plusieurs supports. C’est très progressif.

L’Avenir est aujourd’hui sorti de cette phase de transition…

 

 

Le tout est maintenant d’atteindre le juste équilibre entre le papier et le web, car ces deux supports peuvent être réellement complémentaires. Le papier coûte cher et les formats des journaux sont de plus en plus petits. Ainsi, pour un carnaval ou une festivité locale par exemple, nous publions une photo légende dans le journal en renvoyant le lecteur vers le site où il pourra en trouver 50 autres. À l’inverse, lorsque nous prévoyons de traiter une info dans le journal du lendemain, il n’est pas rare que nous publions un dix-lignes sur le site, pour signifier que nous avons l’information et pour renvoyer au journal du lendemain matin.

Je suis persuadé qu’en agissant ainsi, plutôt que de détruire le papier, nous permettons aux internautes qui ne nous connaissaient pas de savoir que notre titre existe. Et avec un peu de chance, ils achètent ensuite le journal papier, le consultent en format PDF ou à travers la version iPad ou iPhone. Grâce à tous ces nouveaux outils, mais aussi à Facebook, Twitter et Google+, notre marque est aujourd’hui connue dans des zones où elle n’existait pas avec le papier. Avant cela, L’Avenir ne couvrait pas des villes pourtant importantes comme Liège, Bruxelles ou Charleroi. Récemment, nous avons même engagé un journaliste web sur Liège et un sur Bruxelles qui ramènent également de l’info pour le papier. Tout cela forme donc un tout. C’est une belle dynamique web-papier qui, lorsqu’elle est maîtrisée, permet de mieux faire connaître la marque et de générer du profit.

 

Le studio vidéo de L’Avenir.net / Photographie de Jacques Duchateau, journaliste images multimédias de L’Avenir

 

Justement, est-ce que L’Avenir se porte bien financièrement?
Cela fait quatre ans que nous présentons un bilan positif. Dans le contexte actuel, c’est vraiment bien. Maintenant, c’est un marché très évolutif et la presse ne se porte pas bien d’une manière générale. Il ne faut donc pas non plus se reposer sur nos lauriers. Les défis à relever pour l’année qui vient sont vraiment importants. En effet, les bénéfices dégagés l’an passé permettraient à peine de couvrir l’indexation des salaires ou l’évolution du prix des matières premières. Cette année-ci, il faut donc impérativement engranger d’autres bénéfices. Et heureusement pour nous, le site nous offre énormément de possibilités à ce niveau là. Sur le net, le marché publicitaire est en pleine expansion. Et en tant que journal régional, nous pouvons également exploiter tout ce qui est publicité régionale.

 

La Une interactive du 23 avril 2012

 

Sur votre site d’info, vous proposez des vidéos, des coverit, des storify, des images interactives, ou encore des wordle. Est-ce cela qui permet une bonne dynamique web-papier?
Oui, c’est le genre d’outils qui apportent au site une réelle plus-value. Mais attention, l’important sur le web c’est de bien doser les choses. À L’Avenir, nous nous sommes par exemple posés la question de faire des coverit sur du tribunal ou des cours d’assise. Mais quel est l’intérêt finalement? Nos concurrents le font, mais doit-on forcément le faire? Je pense que non. Il y a des reportages de ce type là où oui c’est important d’avoir l’info dès que la condamnation tombe, le plus rapidement possible. Mais suivre tout un procès en coverit est à mon avis un peu un non-sens. Sur le net, on est vite emballé par la technologie. C’est vrai que sur le net on peut tout faire, mais ce qui est important aussi à un certain moment c’est de se mettre à la place de l’internaute, de voir réellement comment lui utilise internet. Je ne connais pas tellement d’internautes qui vont suivre un procès en coverit, c’est un peu ennuyeux. Je peux le comprendre pour un match de foot par exemple, le direct a de l’intérêt dans ce cas là. Mais il ne faut pas non plus faire du live pour tout.

L’Avenir a-t-il encore des projets pour le web ?

 

Pour découvrir toutes les possibilités qu’offre L’Avenir à ses internautes, direction pearltre

Entretien réalisé par Lucile Jeanniard

Wavii, l’agrégateur de contenu d’un genre nouveau

Connaissez-vous Wavii, le nouveau média social consacré à la recherche d’information ? Lancé le 10 avril dernier par une start-up de Seattle, le site crée le buzz en quelques jours d’activité seulement, grâce son concept novateur. Explications.

Une version amplifiée de twitter, consacrée à l’information
C’est la comparaison qu’on peut entendre ou lire dès qu’il est question de Wavii. En effet, le site se présente comme un ersatz de twitter sauf qu’au lieu de suivre des personnalités ou des amis proches, on suit des sujets d’actualités en fonction de nos centres d’intérêt : politique, culture, etc.

Le site propose, en fait, un flux d’information mis à jour continuellement, sur une interface qui n’est pas sans rappeler celle du réseau social qu’on ne présente plus, Twitter, d’où la comparaison avec ce dernier.

Dans un premier temps, l’internaute est appelé à choisir le sujet dont il désire connaître l’actu: People, politique, entreprise etc. Puis Wavii prend en charge la collecte non-stop d’informations et ce, en se rapportant à des milliers de sources: médias en tout genre,  blogs ou réseaux sociaux (tweets, facebook, etc.).

Première étape dans l’utilisation de Wavii :
le choix de sujets à rechercher

Une information simplifiée et personnalisée
La où le site innove c’est dans son traitement de l’information rapportée à l’internaute. Wavii réorganise et réécrit automatiquement les données qui sont, par la suite, retranscrites sous la forme d’un flux d’actualité personnalisé et continuellement mis à jour.

Et au lieu d’afficher un lien vers un article, le site fait remonter un court résumé de ce dernier. Ni simple aperçu du papier, ni extrait du titre ou du chapeau, ce résumé est en fait un condensé de l’information principale, long d’à peine quelques lignes.

Si le sujet intéresse le lecteur, un clic suffit pour accéder à une nouvelle interface et avoir un aperçu plus conséquent de l’article ainsi qu’à une fenêtre permettant de commenter ou partager l’info détectée par Wavii. Le site dispose d’un onglet permettant de transmettre les données reçues après recherche via les réseaux sociaux Twitter ou Facebook. Un lien vers l’article complet est évidemment disponible dans cette seconde fenêtre.

Une fois le choix de sujet choisi, Wavii fait remonter sur un fil d’information,
les données les plus récentes et pertinentes et ce sous la forme
d’un court texte résumant le contenu de l’article.

Wavii se présente comme une nouvelle sorte d’agrégateur d’information. En livrant une actualité épurée et personnalisée selon les centres d’intérêts de l’internaute, le site pourrait bien tirer son épingle du jeu dans la course aux médias sociaux les plus populaires contre Pinterest et autres.

Néanmoins, tout n’est pas parfait. Mis en ligne récemment, le choix de sujet proposé par Wavii reste pour l’instant limité, mais pourrait certainement s’accroître dans les semaines à venir si le site rencontre du succès.

Pour conclure, voici la démonstration en image de l’utilisation de ce nouvel outil de veille numérique qu’est Wavii

Texte rédigé par Florent Bovicelli

Dossier N°6 : Sur les blogs africains, l’information se libère

Si internet n’affiche pour l’instant qu’un faible taux de pénétration sur le continent africain, il ne fait pourtant pas l’ombre d’un doute que le réseau devient, peu à peu, la source d’un important développement médiatique. Alors que les médias traditionnels souffrent trop souvent d’entraves à la liberté d’expression, journalistes et internautes avisés s’emploient depuis quelques années à apporter une véritable plus-value à l’information, grâce à un outil en pleine phase de démocratisation : le blog.
Cerise Assadi-Rochet et Giovanni Djossou vous proposent, dans ce dossier, une analyse du développement spectaculaire de la blogosphère panafricaine

Le journalisme hyper local en Afrique de l’Ouest

Il faudra désormais compter avec l’Afrique dans le développement mondial de l’information hyper locale. Pourtant, l’hyper local  à « l’africaine » est, en de nombreux points, différent des autres. Focus sur Avenue Afrique.

Depuis plusieurs années déjà, l’information hyper locale se développe à travers le monde et notamment aux Etats-Unis où le New-York Times fut l’un des pionniers en la matière, en créant The Local-The New-york Times afin de diffuser les informations de deux grands quartiers de la Grosse Pomme : East Village et Fort Greene.
Le développement de l’hyper local répond à une demande accrue, de la part des citoyens, pour une information de proximité, une information les touchant directement. Par ailleurs, si certains médias, notamment en Amérique du nord, utilisent la presse papier pour développer l’hyper local, la plupart font appel au blocable. A savoir, l’hyper local via les blogs. Les Etats-Unis, l’Europe, l’Asie se sont mis à l’hyper local. Ne manquait plus que l’Afrique.

En février 2009 est née l’association Avenue Afrique. Cette association via son blog décomposé en ’avenues’, tente de traiter les sujets liés aux capitales d’Afrique de l’Ouest. Le lancement s’est effectué avec la création de l’Avenue 225-Abidjan (Côte-d’Ivoire). Plus tard, naîtra l’Avenue 223 –Bamako (Mali), l’Avenue 221-Dakar (Sénégal) puis l’Avenue 226-Ouagadougou (Burkina Faso). La dernière avenue lancée est la 224 consacrée à Conakry, la capitale guinéenne.

On l’aura compris, l’hyper local africain répond à une logique totalement différente des autres. Plus précisément, le projet est contraire à l’hyper local européen et américain. Là où, en Occident, on recherche une information précise, distincte selon les zones géographiques, Avenue Afrique propose, elle, une centralisation de l’information des grandes capitales d’Afrique de l’Ouest.
A l’heure où les pays des ex-AOF et AEF- bref les ex-colonies françaises d’Afrique de l’ouest- désirent adopter une monnaie commune en remplacement du Franc CFA, Avenue Afrique participe à cette volonté de réunion de ces pays, via son blog.  Avenue Afrique, à son échelle, à sa manière, diffuse l’idée d’une Afrique de l’Ouest unie. Unie dans son combat pour le développement économique, unie dans son désir de plus de démocratie etc.

Par ailleurs, Avenue Afrique, participe à la promotion des nouveaux systèmes d’information sur le continent noir. Les journalistes professionnels, en encadrant et ouvrant la pratique des nouveaux médias aux citoyens désireux de prendre part au projet, permettent le développement et la massification des nouvelles pratiques journalistiques en Afrique de l’Ouest.

Enfin, dans une région du monde où l’information est relativement contrôlée par les pouvoirs publics, Avenue Afrique est une fenêtre d’expression libre du citoyen face à la presse d’Etat où les journalistes et les personnalités politiques se côtoient de… très près.  Cette information citoyenne encadrée par de nombreux professionnels, prend donc ici toute son importance. Elle est également une réponse à certains blogs et sites internet créés par la diaspora africaine en France, en Belgique, au Canada, au Etats-Unis, parfois très dévouée, mais trop éloignée géographiquement de ses sujets d’études pour pouvoir être totalement objective.

Texte rédigé par Giovanni Djossou

Analyse : quand les blogs mettent la fracture numérique au tapis

Il y aurait ceux qui sont connectés et ceux qui ne le sont pas. Deux sociétés qui s’opposent, comme la lumière et l’obscurité, la richesse et la pauvreté, le blanc et le noir, même, si l’on ose.  Plusieurs phénomènes observés ces dernières années sur le continent africain nuancent pourtant le concept de fracture numérique. La blogosphère, qui s’étend à présent jusqu’en Afrique subsaharienne, pourrait même le remettre en question.

Blogosphère africaine : un essor paradoxal
Avec un taux de pénétration d’Internet sur le continent avoisinant les 12%, soit un tiers seulement de la moyenne mondiale, l’Afrique reste le continent le moins connecté du globe. (chiffres 2011, Internet World Stats)

En cause : les tarifs d’accès à internet, actuellement 5 fois plus élevés que dans le reste du monde, à fortiori pour les lignes haut débit (seulement 2% de taux de pénétration sur le continent). L’absence de réseaux internationaux à haute capacité sur le territoire freine en effet pour l’instant une diminution des coûts d’accès.

Néanmoins, la toile africaine se structure notamment autour de ce qui semble devenir un véritable phénomène de société. Apparue sur le continent dans le milieu des années 2000, la blogosphère initiée en Afrique anglophone s’étend en effet à présent sur tout le territoire. Selon l’agrégateur Afrigator, depuis 2007, ce sont 150 nouveaux blogs qui naissent mensuellement dans l’afrosphère, et viennent enrichir les quelques 30 000 articles publiés mensuellement sur la toile africaine. (chiffres 2008), ce qui s’explique, entre autre, par la gratuité et la simplicité d’utilisation des plateformes. Un nombre qui peu paraitre timide au regard des millionsw de billets postés chaque jour à travers le monde, mais qui prouve que la blogosphère africaine parvient à s’organiser malgré le manque de connectivité.

Doit-on encore parler de fracture numérique africaine?
Ainsi l’idée d’une fracture numérique, si elle peut être contournée par ceux qui en seraient les victimes, pourrait bien dévoiler certaines de ses failles. Reposant simplement sur le dénombrement des équipements reliés au réseau, elle ne s’intéresse pas aux usages spécifiques de ces outils. Certains particularismes africains méritent pourtant d’être mentionnés lorsque l’on aborde la question de l’utilisation d’internet, et notamment son aspect collectif. Le développement des cybercafés, voire même, pour certains pays, son foisonnement, a considérablement contribué au développement des TIC. Idem pour les cybercases, qui relient aujourd’hui des dizaines de villages isolés, au réseau mondial. Ces espaces d’accès à Internet, qui offrent un service de proximité à moindre coût à un grand nombre de personnes, nuancent considérablement la notion de fracture numérique, de même que les usages extra-familiaux dont peuvent faire l’objet les équipements informatiques de certains foyers.

Abordant l’accès à internet sous un angle uniquement quantitatif, le concept de fracture numérique néglige également ce qui pourrait être de l’ordre de la qualité des flux émis ou reçus. Chaque transmission est en effet admise comme étant une diffusion d’information, sans que nul ne s’intéresse à la valeur réellement informative du message. Or, s’il était possible d’exclure de l’évaluation de la connectivité des territoires et des populations, la pollution numérique (SPAM et autres publicités) ou encore la prolifération des virus, extrêmement répandus là où les taux de pénétration du net sont les plus importants,  il y a fort à parier que la représentation binaire du monde que donne actuellement à voir ledit concept serait vraisemblablement bien différente.

Bloguer moins, mais utile
Revenons-en à présent à la blogosphère africaine, qui va justement dans le sens de cette remise en cause. Les blogs africains, dont le nombre, qui bien qu’en progression, reste encore faible si on le compare au reste du monde, font mouche de par leur qualité. Preuve en est, s’il en faut une, le succès consécutif de deux blogueurs africains lors des “ BoB’s“, -Coupe du monde des blogs organisée par la radio internationale allemande Deutsche Welle-. En 2007, c’est Cédric Kalonji, journaliste congolais, que le jury du concours a choisi de récompenser pour son blog mêlant actualité, réflexions et vie quotidienne. L’année suivante, c’est le jeune journaliste ivoirien formé par la presse écrite Israël Yoroba, devenu depuis lors blogueur professionnel,qui décroche le titre.

La qualité du contenu des posts intra-africains, parfaitement illustrée par la récompense de ces blogs, pourrait donc être en mesure de compenser leur quantité. Abordant l’actualité sportive, politique et économique du continent, ils empruntent bien souvent un ton résolument journalistique, et sont même fréquemment tenus par des journalistes. Dans une perspective parfaitement utilitariste, les Africains peuvent écrire dans leurs billets ce que les médias traditionnels cachent par peur de représailles. Aidés par le développement léger mais néanmoins perceptible du réseau et des initiatives locales pour l’accessibilité d’internet au plus grand nombre, les blogueurs dépossèdent progressivement la notion de fracture numérique de son sens.

Texte rédigé par Cerise Assadi Rochet

Bloguer, et être libre de parler

Ils sont en augmentation constante depuis le début des années 2000. Les blogs, qui occupent un espace très important sur la toile africaine, apportent une véritable plus-value dans le traitement de l’information du continent.

Contourner les médias traditionnels
Malgré une large progression de la liberté de la presse sur le continent africain, Reporters Sans Frontières y pointe une situation néanmoins toujours préoccupante, puisque 7 États seulement se situent dans les 50 premières places du classement mondial de l’ONG pour 2011. Ce contexte, où tout n’est pas toujours bon à dire pour les journalistes, explique en partie l’engouement pour les blogs sur la toile africaine. La densité du réseau, ainsi que l’anonymat derrière lequel peuvent parfois se cacher les internautes, leur permet d’y publier des contenus informationnels alternatifs aux diffusions des médias traditionnels plus ou moins muselés. Ainsi les journalistes africains sont-ils souvent des blogueurs appliqués.

Dénoncer les manipulations et rétablir la vérité
C’est notamment le cas au Bénin, qu’RSF situe à la 91ème place de son classement mondial. Dans ce petit pays d’Afrique de l’ouest, la blogosphère est notamment animée par de nombreux journalistes qui apportent une véritable plus-value à l’information délivrée par la presse traditionnelle insuffisamment qualitative, voire même erronée. Gnona est l’un d’entre eux. Il se présente comme étant “investi d’une mission d’informer les internautes sur l’évolution de la situation économique du continent africain et du Bénin en particulier”. Il fait également de son blog un espace consacré à des prises de positions politiques et relatives aux droits de l’homme. Dans une publication en date de mai 2007, il  dénonce l’usage outrancier que font les autorités politiques des médias traditionnels du pays. Dans cet article, il accuse notamment ces mêmes médias d’avoir diffusé des informations mensongères quant à la production de coton du pays, et en profite pour rétablir la vérité. Christophe D. Assogba  situe son blog dans une démarche similaire. Avant de s’illustrer pour son ouvrage intitulé « Presse béninoise, l’échoppe de la mafia », l’homme a longtemps tenu un blog au sein duquel il a, à plusieurs reprises, mis en évidence les pratiques manipulatoires de l’ORTB.
D’autres journalistes se distinguent ainsi à travers le continent africain, en valorisant une information destinée s’approcher davantage de la réalité des faits. Martin Saihonnou est l’auteur du blog Afriksenatorium, dont le sous-titre est pour le moins évocateur : “L’Afrique ne doit plus être trahie ; les peuples ont soif de vérité : c’est à vous que je parle”. Au fil de ses publications, il s’engage pour la liberté d’expression et le libre exercice de la profession, tout en restant totalement anonyme. Si on connaît son nom, son blog ne dispose pas de page de présentation, et il est impossible de connaître la nationalité de ce journaliste-blogueur. Banamikili a quant à lui été initié par 2 journalistes congolais, et aurait pour mission de devenir « le Wikileaks d’Afrique ». Chaque jour, il met les citoyens à contribution dans le but de dénoncer la politique du « sanguinaire Joseph Kabila ». Sans être leur seule vocation, bien d’autres exemples de la libéralisation de la parole par le biais des blogs existent en Afrique.

L’impossible élimination des risques pour la profession?
Malgré tout, c’est dans une totale insécurité que certains blogueurs exercent leur activité. Dans certains pays d’Afrique qui affichent encore des taux de pénétration d’internet relativement bas, la toile est très surveillée. C’est le cas en Ethiopie, où de nombreux journalistes, affiliés à des médias traditionnels –pour ne pas dire « d’Etat »- ou publiant sur internet, sont fréquemment inquiétés. Blogueur assidu, Eskinder Nega en a fait les frais à plusieurs reprises. Arrêté 7 fois au cours des deux dernières décennies, il est à nouveau en prison depuis septembre 2011, pour avoir publié une colonne dans laquelle il dénonçait le non respect de la liberté d’expression. Accusé d’actes de terrorisme, il risque à présent la peine de mort.
Eskinder Nega n’est pas un cas isolé. Preuve que le réseau internet, s’il aide beaucoup, ne peut  tout résoudre, l’Afrique est encore aujourd’hui le continent qui emprisonne le plus les journalistes.

Texte rédigé par Cerise Assadi-Rochet

Zoom Sur : Ouest AfriKa Blog, quand les médias traditionnels africains croisent l’innovation

Initié en 2009 par l’ESJ Lille, Ouest AfriKa Blog pourrait se décrire comme un nouvel outil au service des journalistes des radios communautaires francophones d’Afrique de l’Ouest, mais également du public, qu’il soit africain ou plus international. De la formation des professionnels à la diffusion numérique de contenus de proximité, le projet, fondé sur l’essor des nouvelles pratiques journalistiques, tend à encadrer l’intégralité de la chaine de production et de diffusion numérique de l’information hyper locale.

De l’ idée à l’organisation du projet
L’initiative voit le jour en 2009, suite à deux constats. D’un côté, l’Afrique regorgerait de contenu informatif hyper local, diffusé dans le strict cadre intra-communautaire, mais néanmoins extrêmement qualitatif. D’un autre côté, internet et la technologie numérique, déjà utilisés par la plupart des médias de la planète, représenteraient un véritable boulevard sur le monde. Ne restait plus qu’à trouver le moyen de poster cette information hyper locale sur la toile, de manière à élargir son périmètre de diffusion.  Ainsi, les professionnels des radios communautaires francophones d’Afrique de l’Ouest, ont-ils, en tant que premier porte-paroles des populations regroupés en fédérations nationales, été placés au cœur du projet.
Le principe est donc simple : choisir sur concours des journalistes radio, les former aux pratiques multimédias, et ainsi leur donner la possibilité de diffuser leurs productions au-delà des frontières de leurs communautés. De cette idée s’est progressivement construite une véritable organisation. Ouest AfriKa Blog aujourd’hui, c’est 13 journalistes sénégalais, maliens, burkinabè et togolais munis d’appareils photos et d’enregistreurs audionumériques,  mais aussi un blog, opérationnel depuis 2010, qui supporte leurs productions multimédias au contenu hyper-local, une dizaine de partenaires, et enfin, la prochaine entrée de la Côte d’Ivoire dans la danse… le tout diligenté par le désormais célèbre journaliste-blogueur Israël Guébo Yoroba.

« Yoro », au service d’un projet à grande envergure
Ce dernier, choisi par l’ESJ pour l’encadrement du projet au regard de sa passion pour le web, de sa spécialisation en radio lors de son cursus mais également de sa connaissance du terrain de l’Afrique de l’Ouest, n’a pas hésité une seconde avant d’accepter ce nouveau challenge : « je trouvais vraiment dommage que les belles histoires de nos cités restent entre les communautés. On oublie parfois qu’il y a des ressortissants de ces régions qui sont dans la diaspora. On ne pense pas non plus à ceux qui sont étrangers et qui s’intéressent à nos cultures, à notre quotidien. Croiser les radios communautaires avec le web était une excellente idée », raconte-t-il.
Israël, connu pour son large spectre de compétences, trouve ainsi dans sa fonction une manière de les exploiter. C’est lui en effet qui a eu en charge les 3 cessions de formation en écriture web et multimédia des journalistes radio, organisées à Bamako en 2010, à Ouagadougou en 2011, et à Abidjan en 2012. C’est également lui le créateur du blog, dont il assure aujourd’hui  la coordination et l’encadrement éditorial. C’est lui, enfin,  qui établit chaque mois un compte rendu du projet destiné à l’ensemble de ses partenaires. S’il semble aujourd’hui satisfait des résultats obtenus, Israël ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Réjouis de voir que le nombre de visiteurs mensuels, passés de 500 à 2000 en peu de temps, est en constante augmentation, il entend développer davantage cette audience, en créant de nouveaux partenariats. Les sites web d’Orange et d’RFI pourraient ainsi prochainement rejoindre la partie, comme préalable à la monétisation du projet et au début de sa pérennisation.

Les journalistes radio Ivoiriens, lors de leur cession de formation à Abidjan

Des journalistes sur-motivés, le succès au rendez-vous
La satisfaction, les journalistes d’Ouest AfriKa Blog l’éprouvent aussi. Donald Duwani, producteur technicien de Radio Goulou à Pô, dans le sud du Burkina Faso, y anime des émissions en français et également en langues locales. Pour parler du projet, il use d’une poésie propre aux contenus qu’il aime diffuser : « une rosée sur la montagne, un cri d’oiseau dans les bois et une fine poussière sur ta chemisette ; c’est ça aussi l’Afrique. L’Afrique qui chante, mon village au clair de lune… Comment faire voir les joies et les peines de mon village ? » A cette question, le blog a apporté une solution. Solange Koblan, journaliste sur radio Zanzan, vient de rejoindre l’équipe pour la Côte d’Ivoire. Elle, plus pragmatique dans ses propos, fait état des possibilités qu’offre le réseau : écouter son interview

Quelque soit la manière dont ils l’expriment cependant, il ne fait aucun doute que les journalistes engagés dans le projet y trouvent une profonde motivation. Preuve en est, le nombre plus qu’honorable de posts qu’affiche le blog à l’heure actuelle. Avec 250 articles en moins de deux ans, les 13 journalistes (prochainement 22, mais initialement 5), ont su faire preuve d’un immense sérieux dans le rythme de parution, et en assure ainsi l’inévitable succès. En tout état de cause, sur la planète blog en constante extension, rares sont pourtant ceux qui se montrent si innovant, tant dans la forme que dans le fond. Aux plus maladroits qui ne pourraient s’empêcher de pointer le « retard numérique de l’Afrique », Ouest AfriKa Blog pourrait bien clouer le bec.

Texte rédigé par Cerise Assadi-Rochet

Groundviews, l’application des journalistes citoyens Sri lankais

Le journalisme s’adapte aux nouvelles technologies. A moins que ce ne soit les nouvelles technologies qui s’adaptent aux nouvelles pratiques journalistiques ? Le printemps arabe a démontré le pouvoir et l’impact que peuvent détenir les journalistes citoyens. Réseaux sociaux, blogs, téléphones mobiles, tous les outils sont bons pour délayer l’information. Au Sri Lanka, un site d’actualité nommé Groundviews s’est doté d’une application Apple à destination des journalistes citoyens. Une petite révolution qui bouscule le journalisme Sri Lankais.

600 utilisateurs et 60 000 commentaires. Groundviews est un des rares cybers espaces où la population Ski Lankaise peut discuter librement des enjeux et conflits nationaux dans un pays encore loin d’être démocratique. Fort de son succès, le site décide de lancer en 2011 la toute première application mobile Apple de journalisme citoyen au Sri Lanka. Disponible sur l’iPod Touch, l’iPad et l’iPhone, la plateforme Groundviews permet a chacun de consulter rapidement et n’importe où les informations relayées des quatre coins de l’île.

Le Sri Lanka compte une population d’environ vingt millions de personnes d’origines, de religions, de langues et de coutumes différentes. En donnant la parole et la légitimité nécessaire aux citoyens Ski Lankais, Groundviews permet à la parole de tous les habitants du pays et de ceux de la diaspora d’être représentée convenablement. La détermination de son fondateur et rédacteur en chef, Sanjana Hattotuwa, a d’ailleurs permis au site de remporter le prix du web journalisme citoyen. Une reconnaissance internationale pour Goundviews qui est désormais perçu comme l’un des sites les plus critiques envers le gouvernement Sri Lankais.

Sanjana Hattotuwa explique
les enjeux des nouvelles technologies pour le journalisme citoyen

 

L’application Groundviews est gratuite et permet à l’utilisateur d’envoyer une photo accompagnée de son récit directement par e-mail à la rédaction de Groundviews. Cette technique permet un accès à l’actualité en temps réel. L’application propose également des rubriques satiriques et une plateforme de curation. Sans compter un graphisme de haute résolution personnalisable par l’utilisateur.

Groundviews n’est pas le seul média à surfer sur la vague de l’application mobile pour cette nouvelle forme de journalisme. Il existe en effet une dizaine d’applications dans l’iTunes store qui proposent au citoyen lambda de jouer son rôle de reporter. Parmi les meilleures, on compte celles de Meporter, de CNN, d’Associated Press, et d’Al Jazeera. Quand certaines offrent simplement la possibilité de soumettre des conseils ou des idées d’articles, d’autres permettent d’envoyer des photos et des vidéos directement aux salles de rédaction. Un seul constat, le rôle du journaliste citoyen s’affirme de plus en plus et devrait occuper une place de plus en plus importante au sein des médias.

Texte rédigé par Amandine Fournier