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Edition Amérique du nord

Le Tebowing ou l’art d’entretenir le buzz selon les médias américains

Comment parler de nouvelles pratiques journalistiques sans même aborder le phénomène du “buzz”. Cet anglicisme qui signifie  « bourdonnement » d’insecte est à l’origine une technique consistant, comme son nom l’indique, à faire le plus de bruit possible autour d’un événement, d’une offre ou d’un nouveau produit. Et avec l’arrivée d’internet, le principe du Buzz ne se limite plus seulement au marketing, mais à tout ce qui peut attirer l’attention de millions de lecteurs, d’internautes et de téléspectateurs. Une véritable mine d’or pour les médias américains qui l’ont bien compris.

“Faire le buzz”, voilà une expression des plus actuelles, propre à la génération internet. Entrée dans le langage courant depuis le développement du web, l’expression, utilisée quelques années plus tôt, en aurait rendu plus d’un ridicule. Aujourd’hui même les médias l’utilisent à foison, et pas seulement en Amérique mais dans le monde entier. Mais reconnaissons à nos confrères d’outre-manche qu’ils savent particulièrement bien s’y prendre pour entretenir un engouement nouveau. Malheureusement pour eux, le buzz est, par nature,imprévisible. Impossible de prédire ce qui va attirer la curiosité et déchainer les passions du public. Et c’est tant mieux. S’il y avait une recette secrète pour le créer, tout les groupes de presse en quête de une à sensation l’appliqueraient et la notion même du buzz y perdrait tout intérêt. Pourtant dés que le public montre une curiosité grandissante pour un quelconque phénomène, les médias vont immédiatement s’y rapporter, c’est logique, c’est leur rôle premier. Mais quand il s’agit d’un buzz déjà relayé par des milliers de personnes, cela ne se limite plus à de l’actualité simple mais à une excellente occasion d’attirer des milliers d’internautes et lecteurs pris de passion pour un évènement ou une personne au centre de toute les attentions .Entretenir le buzz est devenu une pratique courante dans l’actuelle production de l’information. Et même si les médias s’avèrent incapables d’être à l’origine d’un tel engouement, ils savent parfaitement comment y contribuer. Et ainsi le cultiver par le biais d’articles, reportages et autres interviews. Et l’exemple le plus parlant actuellement, c’est le joueur de football américain Tim Tebow.

Quelques explications
Le Tebowing, qu’est ce que c’est? Et bien tout simplement le geste de prière effectué avant, pendant ou même la fin de chaque match par Tim Tebow. Star montante du football américain, ce joueur des Broncos de Denver était méconnu il y a quelques mois de cela. Fin 2011, l’équipe de Tebow, jusque là considérée comme équipe moyenne de championnat, enchaîne six victoires d’affilé. Les Broncos de Denver deviennent se hissent même au rang de favori pour disputer le mythique Superbowl, finale du championnat de foot américain. Et l’attention des spectateurs, ainsi que des médias se dirige rapidement sur Tim Tebow, quaterback de l’équipe qui n’hésite pas à mettre le genou à terre et prier, l’espace de quelques secondes, pour la victoire de ses camarades.

Un buzz progressif
Comment un geste, en apparence anecdotique a pu créer un tel engouement sur le web? Tout remonte au 23 octobre dernier, lors d’un match contre les Dolphins de Miami. L’équipe de Denver est dans une situation critique et voit la victoire lui échapper. Avant la dernière période de jeu du match, le quaterback Tim Tebow pose un genou sur le terrain et fait un bref prière. Après ça, Denver bat de peu les Dolphins de Miami grâce à deux passes décisives de Tebow, qui devient ainsi l’homme du match. Il n’en faut pas plus à Jared Kleinstein, fan absolu de l’équipe de Denver, pour rendre hommage à son nouveau héros, Tim Tebow. Il poste sur internet, quelques heures après l’extraordinaire performance de Tebow, la photo suivante sur le net via son compte facebook.

Le jour suivant, constatant l’énorme popularité de sa photo hommage, il décide de créer un site consacré à la posture du quaterback de Denver. Site sur lequel les particuliers peuvent poster leurs photos hommage à Tim Tebow. Le site voit le jour le 25 octobre. Le Tebowing est né.

Quelques exemples de Tebowing réalisés par des amateurs

L’intervention immédiate des médias
Bon soyons d’accord, les médias n’ont eu aucun rôle à jouer dans l’engouement suscité autour de Tim Tebow. Pourtant, là où ils interviennent, c’est dans le traitement qu’ils vont donner à cette actualité. En 48 heures, le site crée par Jared Kleinstein affichait 175 000 visiteurs. Des chiffres qui ont suffi à convaincre les médias nord américains. Le 27 octobre, Yahoo! Sports,le Huffington Post, NFL.com, AOL Sporting News, Bleacher Report et le NY Daily News couvrent le sujet. Le buzz autour du Tebowing pouvait commencer. Et tout s’est enchaîné par la suite, pure players (Huffington Post), chaînes d’informations sportives (Foxsports) ou quotidien papier (Wall Street Journal, Washington Post), s’emparent du sujet et le traitent à toutes les sauces. Dans la recherche google du mot Tebowing : près de 2 500 000 résultats apparaissent. Rien que ça.
Et quand on voit les titres des différents articles , on comprend que les médias font tout pour entretenir la curiosité autour de Tim Tebow.

Le tebowing est-il une attaque contre la religion chrétienne?

“Des Lycéens renvoyés après avoir fait un Tebowing”

Des émissions de télévision vont même jusqu’à reprendre, sur leur plateau, le geste du quaterback de Denver.

D’un simple geste porte bonheur à véritable phénomène de société
Le traitement médiatique aidant, le tebowing est devenu une expression des plus familières outre-atlantique. Si bien qu’en moins de trois mois, le néologisme “tebowing” est officiellement rentré dans le langage courant, reconnue comme une expression à part entière par le Global Langage Monitor (une organisation américaine qui étudie années après années les tendances de langage.  C’est elle par exemple qui avait fait indiqué que l’expression Obamania était une des expressions les plus utilisées après l’élection de ce dernier).
Summum de la consécration lors de la traditionnelle cérémonie des Oscar de février dernier, diffusée sur la chaîne ABC, Robert Downey Junior, superstar du cinéma hollywoodien, doit monter sur scène pour remettre l’oscar du meilleur documentaire. N’arrivant pas devant le public , la caméra file en coulisses où l’on surprend l’acteur dans la même position de prière que Tim Tebow. La preuve ci-dessous

L’engouement est né des plaisanteries d’un internaute mais sans les médias un tel buzz aurait-il été possible? Évidemment la réponse est oui, mais il est impossible de ne pas se demander si tout cela aurait été aussi loin sans le traitement excessif réservé au Tebowing. Quand on voit à quel point les médias parviennent à faire en sorte que l’engouement perdure, on peut être surpris. Des articles consacrés au tebowing commencent même à apparaître dans les colonnes des journaux européens, alors que sur le vieux continent, le football américain est loin d’atteindre la popularité qu’il connait outre-atlantique.

Texte rédigé par Florent Bovicelli

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