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Internet : l’info taillée sur mesure grâce aux infomédiaires

C’est un fait avéré : la toile est aujourd’hui une source d’informations colossale. Elle est d’autant plus sollicitée par les lecteurs avides de news qu’elle met à disposition des contenus actualisés, gratuits et en provenance du monde entier. Le tout, en seulement quelques clics.  Mais si Internet fournit une multitude d’informations, il est aussi victime de son succès, le revers de la médaille étant que l’internaute peut très vite se retrouver submergé par une multitude de  contenus et avoir du mal à accéder à l’information recherchée. Pire encore, il peut avoir des difficultés à discerner l’info de l’intox. C’est à ce moment là que le rôle des infomédiaires prend toute son ampleur.

 Définition
Ce terme est un néologisme construit à partir des termes “information” et “intermédiaire”. Un infomédiaire est donc un intermédiaire entre l’information et le lecteur. Chronologiquement, le premier infomédiaire serait le moteur de recherche, puisque déjà à l’ère du web 1.0, on pouvait facilement accéder à des sites d’informations en passant par Yahoo, Wanadoo ou Google.
Aujourd’hui, l’infomédiation va beaucoup plus loin puisqu’elle est personnalisée. Autrement dit, le lecteur a dorénavant la possibilité de décider de l’information qui lui sera communiquée. Il n’est plus contraint à se plier à la liste infinie de liens édités par le moteur de recherche. A travers cet article, je vous propose donc de faire un tour d’horizon des nouveaux infomédiaires. Des réseaux sociaux, aux agrégateurs de contenu, en passant par les alertes e-mail et les plateformes de curation.

 Les réseaux sociaux
L’information via les réseaux sociaux connaît un succès grandissant, surtout auprès de la jeune génération qui s’informe en grande partie sur Internet et notamment sur ces réseaux. Ces infomédiaires ayant un fonctionnement bien particulier, il est nécessaire que les médias s’y adaptent s’ils veulent atteindre leur cible. La plupart du temps, cela se manifeste par la mise en place d’applications accessibles via le réseau social, permettant un accès facile à l’information.
Sur Facebook, par exemple, il est possible d’ « aimer » la page d’un journal et par conséquent, de recevoir sur sa page d’accueil les informations en provenance du journal en question. La célèbre invention de Mark Zuckerberg constitue ainsi un apport crucial pour les sites d’information puisque nombre d’entre eux récupèrent une partie de leur audience via le réseau social.

En étant « fan » de 20minutes.fr, je reçois directement sur ma page d’accueil Facebook les infos provenant du journal. 

Twitter est également un infomédiaire efficace. Il est d’autant plus intéressant que la concision qu’il requiert (140 caractères max par tweet) participe à la clarté du message.  L’accès à l’information y est personnalisé puisque l’on ne reçoit que les tweets des abonnements que l’on suit. L’information désirée défile sous nos yeux et cet infomédiaire est aussi passionnant parce qu’il puise sa force dans son caractère instantané et dans son pouvoir de diffusion rapide. Le risque étant néanmoins de perdre le fil de l’info et de ne plus s’y retrouver si l’on a trop d’abonnements.

Sur la page d’accueil de mon profil Twitter, je ne reçois que les tweets de mes abonnements.

Les agrégateurs de contenu
Un agrégateur de contenu permet à l’internaute de rassembler les informations qui l’intéressent sur une seule et même page. Ces informations, tirées de divers sites web, se présentent sous forme de modules. Elles sont mises à jour quotidiennement et automatiquement. Ainsi, lorsque l’internaute ouvre la page de son agrégateur, il a un aperçu rapide des modules d’informations qu’il aura mis en place. Parmi les agrégateurs de contenus les plus populaires, nous retiendrons iGoogle ou encore Netvibes. Autres interfaces intéressantes, Webwag et Rssnewsbox sont des agrégateurs de flux RSS (voir explication ci-dessous).

 Sur la page d’accueil de mon agrégateur de contenu iGoogle, j’ai un aperçu des infos provenant des sites internet qui m’intéressent, grâce aux modules que j’ai mis en place. J’ai également la possibilité de créer des onglets (à gauche) pour classer mes différents modules.

Pour recevoir les informations des sites internet que l’internaute a choisi de mettre en avant dans son agrégateur de contenu, il doit s’abonner aux flux de ces sites. Ces derniers sont produits automatiquement, en fonction des mises à jour des sites en question et apparaissent souvent en bas de page. On les reconnaît car ils se présentent sous la forme du logo ci-dessous. On parle de flux RSS.

Les alertes
Lorsqu’il créé une messagerie, l’internaute a également la possibilité de créer des alertes en choisissant les sujets qui l’intéressent. Par exemple, s’il recherche activement un stage en journalisme, il peut créer l’alerte “stage journalisme” et sera prévenu sur son adresse e-mail de la publication d’articles comprenant cette expression, quotidiennement. Gmail, la messagerie de Google permet de créer ce type d’alerte.

 

Alerte « stage journalisme » sur ma boîte Gmail

Dans le corps du mail, un lien vers l’article comprenant les mots « stage » et « journalisme »

Les plateformes de curation
Certains individus se positionnent comme des infomédiaires à part entière. Ils effectuent un travail de recherche, de tri de l’information et proposent aux internautes une sélection de contenus sur une thématique donnée. A mi chemin entre le veilleur et le journaliste, ils se proposent d’être les intermédiaires entre le lecteur et les sites d’informations. Ces individus, on les appelle les curateurs.  Un nouveau métier du web, conséquence directe du développement de l’infomédiation.

Pour la petite histoire

Historiquement, le curateur appartient au domaine des arts et exerce sa fonction au sein des musées. Son rôle : choisir, trier et sélectionner des œuvres pour exposition, dans l’optique de mettre en lumière une thématique sur laquelle le spectateur est amené à s’interroger. Dans le cadre du web, le curateur est soumis aux mêmes fonctions de tri, de filtrage et de sélection, appliquées cette fois-ci à du contenu. Ainsi, il va définir un thème précis et réunir autour de ce thème une sélection de sources issues d’Internet qu’il diffusera sur une plateforme. Le but étant de synthétiser, d’éditorialiser et de fournir à l’internaute une sélection des contenus les plus pertinents sur un sujet donné.

 

Pour exercer leur activité, les curateurs de contenus utilisent des plateformes. Elles présentent les contenus de manière différente (modules, perles, etc.) et chacun y trouvera son compte. Parmi ces plateformes, on retiendra les exemples de Pearltrees, Scoop it ou encore Paperli, qui a la particularité de permettre au curateur de créer un journal quotidien public personnalisé, composé d’articles provenant des comptes Twitter qu’il suit.

Pearltrees sur le thème des serious games // par Lucile Jeanniard

Scoop it sur le thème des réseaux sociaux // par Stéphane Favereaux

Paperli proposé par Yannick Chavanne (Protextuel)

Que tirer de cette analyse ?
Sans doute, l’évolution des infomédiaires vers un rapport plus personnalisé s’inscrit dans le développement logique des usages de l’individu post moderne. Grâce aux infomédiaires, le consom’acteur choisit en amont ses sources d’information. De cette manière, il gère et maîtrise les contenus qu’il reçoit.
Pour ce faire, il est nécessaire qu’il soit familier aux nouveaux outils qu’implique cette nouvelle forme de consommation médiatique. Des outils qui peuvent parfois représenter un obstacle pour les non habitués de l’univers numérique. Ainsi, il sera  plus facile pour un digital native de manier l’infomédiation que pour un digital immigrant. Mais ça, c’est une autre histoire.

Texte rédigé par Marylin Epée

The New Yorker: 80 ans d’art face au numérique

L’art comme marque de fabrique.

 Depuis 1925, date de sa création par Harold Ross et Jane Grant, journalistes au New York Times, le magazine The New Yorker a toujours accordé une grande place à l’art et aux illustrations. Aquarelles, esquisses, cartoons, caricatures : tous les genres graphiques sont mis au service de la critique, du reportage ou de l’actualité. L’hebdomadaire culturel propose aussi des reportages soignés, et traite autant de vie new-yorkaise que de politique ou d’international.

De grands dessinateurs sont passés par les pages du New Yorker. Au choix parmi tant d’autres, Sempé, Art Spiegelman, Bek. La célèbre Une est, la plupart du temps, soignée et créative. 80 ans de couvertures en rétrospective ici.

Voici quelques exemples de Unes de ces dernières années:

En juillet 2008, la couverture représente Barack et Michelle Obama en tenue de militaires devant un tableau de Ben Laden. Elle fit scandale et décrédibilisa quelque peu les journalistes, réputés sérieux et responsables.

Le New Yorker 2.0

 Le site du New-Yorker, avec son style épuré et ses graphismes, rappelle l’esthétique du magazine (voir plus de détails ici). Mais qu’en est-il des rubriques ? Comme la version papier, il propose les thèmes traditionnels chers aux lecteurs : vie à New York, reportages, politique, Talk of the Town, billets d’humeurs, photographies, tout en gardant un pied dans l’actualité.

Le magazine, comme tant d’autres, a lancé sur Ipad et tablette sa version numérique (celle du New Yorker est accessible aux abonnés de la version papier). Innovation de ce côté-là, l’éditeur propose aussi une application contenant des archives et anciens contenus du journal. De plus, une chaîne Youtube a été créée dès 2007, mettant en ligne des vidéos variées, présentant aussi bien des petits reportages que des interviews et les coulisses de la rédaction.

Mais le New Yorker version  2.0 ne s’arrête pas là. Sur le site, la fibre artistique du New Yorker trouve de nouveaux tremplins et moyens d’expressions. Petit tour d’horizon…

Amateurs de cartoons et de caricatures, vous trouverez sur le site des slideshows avec les meilleurs contributions des dessinateurs du journal. Toujours dans la rubrique « Cartoons », on trouve aussi des dessins animés. Loin de la rigidité d’une signature sur papier glacé, place à l’humour en animation avec des vidéos très courtes mais dans le même ton que les caricatures habituelles du magazine. Critique, œil acéré sur la société et satire. Une rubrique « Audio & Video » met au service des internautes des podcasts, des bandes annonces, etc.

Plus classiques, des blogs, des dépêches un fil d’actualité permettent de ne pas oublier que l’on se trouve sur le site d’un magazine sérieux ancré dans l’actualité et le débat. Avec un penchant pour l’art et l’imagination…

Alors, est-ce que la caricature de presse et l’illustration se réinventent en ligne ? L’art, si cher au magazine légendaire, trouve-t-il un nouveau souffle dans le numérique ? Se renouveler en ligne, beaucoup l’on fait et n’en sont pas effrayés, mais quand des pratiques artistiques indétrônables sont en jeu, les questions méritaient d’être posées. Mais il semble que le New Yorker y ait déjà répondu.

Texte rédigé par Mylène Hassany

I>Player : l’application VOD européenne de la BBC

Forte du succès de ses diverses émissions, la BBC a lancé l’année dernière son application VOD. Celle-ci permet à ses utilisateur de revoir leur programme favori quand ils le veulent. A l’heure où les services de vidéo à la demande se multiplient comme des lapins enfermés dans la même cage, on se demande qu’est-ce que cette application a de plus que les autres. La particularité du IPlayer est qu’il ne se destine pas seulement aux Britanniques, il est disponible dans 11 pays européens.

Vous êtes fan de la BBC ? De ses documentaires ? De tous ses programmes ? Malheureusement vous n’habitez pas en Angleterre, ou vous n’avez pas le temps de regarder la chaîne sur votre télévision. Alors l’IPlayer BBC fera probablement votre bonheur. Disponible en téléchargement depuis l’été dernier (dans un premier temps uniquement sur Ipad), cette application VOD permet de revoir les programmes de votre choix depuis votre tablette, et maintenant depuis votre Iphone ou votre Ipod Touch (l’application est attendu sur d’autres supports prochainement). Petit plus et pas des moindres, les émissions radio sont aussi de la partie. Malheureusement, tout n’est pas rose au pays de l’application et quelques points négatifs viennent ternir ce tableau pourtant si prometteur.

En général, ce genre d’application, autrement dit de qualité, n’est pas gratuite. Le IPlayer n’échappe pas à la règle et pour pouvoir profiter de la totalité des programmes il sera nécessaire de passer par l’étape carte bleue. L’application fonctionne sur la base de l’abonnement, 6,99€ par mois ou 49,99€ par an. Après il faut relativiser les choses, tout n’est pas payant. Sans abonnement vous pouvez tout de même accéder à quelques programmes, mais ne vous attendez pas à en avoir beaucoup. Au lancement la BBC annonçait 1500 heures de programmes disponibles. La chaîne a promis une alimentation régulière de contenu et l’application a normalement bénéficié de l’ajout d’une centaine d’heures d’émissions par mois.

Autre point négatif et qui pourra en décourager plus d’un, la langue. L’IPlayer est tourné vers l’Europe, c’est très bien. Mais alors pourquoi ne pas adapter l’application au pays que l’on vise ? C’est vrai, tout le monde ne maîtrise pas l’anglais sur le bout des doigts. Pour rappel l’Iplayer est disponible en Europe dans les pays suivants : Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, France, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal, Suisse et bien sûr Angleterre. Malgré le succès de l’application, pour l’instant aucune mise à jour n’a été prévue pour insérer des sous titres aux émissions.

Il faut quand même savoir rester lucide, quand on se sert de l’IPlayer, on se rend vite compte que la BBC s’y connait en matière de nouveaux supports médiatiques. L’application est fluide, les vidéos sont d’une qualité bien supérieure à la moyenne. Un des points forts de ce service de rattrapage de programme, c’est le choix du visionnage. L’utilisateur a le choix entre deux modes : en streaming tout en étant connecté, ou alors il peut télécharger la vidéo et la regarder hors ligne tant que son abonnement est encore actif.

Au-delà de quelques points négatifs, l’IPlayer reste une application de grande qualité, les retours et avis des utilisateurs le démontrent. La BBC a su se servir intelligemment d’un service déjà bien rodé pour en faire un support supplémentaire et compétitif. On espère seulement que cette application, destinée en premier lieu à toute l’Europe, bénéficiera prochainement d’une mise à jour qui adaptera son contenu à tous, il serait temps. Croisons les doigts pour que cela ne tarde pas.

Texte rédigé par Guillaume Ambroggio

RueFrontenac.com: David contre Goliath

Quand je suis arrivé à Montréal, voilà maintenant un mois, j’ai demandé à mes amis, mes colocataires et mes collègues, quelle était l’aventure journalistique et novatrice la plus notable que la belle province ait connue. La réponse fut unanime: RueFrontenac.com.
Aujourd’hui l’heure est au bilan car ce pure player n’existe plus. En effet, en juillet 2011, le site fermait définitivement ses portes, clôturant plus de deux années d’une aventure hors du commun. Horizons médiatiques – édition Amérique du Nord- est revenu sur cette expérience lors d’un entretien avec Jean-François Codère, l’un des anciens journalistes du Pure Player.

Comment est né Rue Frontenac?
Rue Frontenac est né d’un conflit au sein du Journal de Montréal, le quotidien payant le plus lu du Québec.  La direction a décidé en janvier 2009 de mettre en place un Lock-Out pendant la renégociation des conventions collectives de l’entreprise. C’est une chose que vous n’avez pas en France. En gros, le Lock-out, c’est le droit de grève de l’employeur. Pour faire pression sur les employés syndiqués, les employeurs ont, au Québec, le droit de les priver de travail et donc de salaire.
Toute la salle de rédaction s’est ainsi retrouvée dehors. Comme on savait que ce serait long, on a décidé de lancer le site quatre jours plus tard. C’était particulier de lancer un pure player avec toute la rédaction du journal le plus lu. Ça a duré deux ans et demi.

Rue Frontenac est donc né d’une lutte. On peut parler de David contre Goliath finalement?
Oui, c’est à peu près cela. C’est le seul pure player québécois avec des plumes de renom qui ne se faisaient pas payer. Car on n’avait pas un centime à cause du lock-out. Et comme le Journal de Montréal n’avait pas de site internet avant cela, nous n’avions aucune formation en informatique. On a du se débrouiller.
Pour ce qui de Goliath, c’est une bonne manière de qualifier Québecor, le groupe propriétaire du Journal de Montréal. Québecor est une machine de guerre qui détient la chaine TVA, premier canal privé du Québec, le Journal de Montréal, mais aussi Videotron (production, câble, télécommunications…), 24h (l’un des deux seuls quotidiens gratuits), Archambauldt (magasins de distribution de produits culturels), des titres de presse people, des maisons d’édition et tout un tas de quotidiens et d’hebdomadaires régionaux pour la plupart. C’est 250 personnes qui se battaient contre un empire multimilliardaire.

Qu’apportez le site, selon vous, en matière de nouvelles pratiques journalistes? A-t-il modifié le paysage médiatique québécois?
De l’indépendance et une liberté de ton! La création du site a vraiment eu l’effet d’une liberté retrouvée. Nos directives ne venaient plus d’un groupe. Elles n’étaient plus le fruit des intérêts d’un empire. Chacun écrivait désormais ce qu’il voulait. Le style était libre et cela se répercutait sur la qualité des articles car les journalistes étaient intéressés par leurs sujets.
Nous avons ouvert une nouvelle voie et les gens nous y ont suivis.Au tout début quand on se présentait comme étantjournaliste à « RueFrontenac », on nous répondait « c’est quoi? ». A la fin c’était plutôt « Oh, je vous lis ». Après, appuyait-il la cause syndicale où le contenu du journal, je ne sais pas.
En tout cas, on a ouvert une voie, on sortait du lot. En environnement par exemple, nous étions très présents. Nous sommes les premiers à avoir parlé des problèmes du gaz de Schiste au Québec. Nous avons ouvert le débat. Idem lorsque nous avons découvert des affaires de malversation au sein de la Mairie de Montréal. Cela a vraiment déclenché quelque chose.
On a répondu à une interrogation: oui, ici aussi, un média sérieux et complètement indépendant est possible.Et puis pour nous même, ce pure player était aussi un moyen de garder espoir et de de faire pression sur notre ancienne direction.

Au bout de quelques mois, une version papier, distribuée gratuitement est apparue. Pourquoi?
Le papier, ça permet d’accroitre la reconnaissance et le taux de pénétration. Un site internet, c’est très utile, mais il faut se connecter dessus pour en jouir. C’est passif. Avec une distribution gratuite de notre publication, on touchait toute la population.Et puis, à l’époque, le Journal de Montréal a commencé à multiplier les distributions gratuites. Il fallait riposter.L’effet a été bénéfique. Le trafic sur le site a augmenté à mesure que nous distribuions. On a créé un véritable buzz médiatique.

Quels sont les grands articles, les  scoops, qui ont marqués l’aventure?
Les financements illicites de la campagne d’un candidat à la Mairie. Il a dû abandonner la course lorsque le site a dénoncé ses turpitudes. Ça a même touché toutes les sphères politiques.Il y a eu l’histoire du gaz de schiste, et puis les articles sportifs.Le Journal de Montréal avait la meilleure équipe de journalistes sportifs du Québec. Forcément, on en a hérité.Et tout ça, on l’a fait de façon très artisanale. Nous devions aller à l’information à l’inverse du Journal de Montréal où l’information venait à nous. C’était difficile dans ce contexte économique noir et avec cette équipe réduite. Mais on l’a fait.

Et comment s’est terminée l’histoire?
Le 26 février 2011, le lock-out a pris fin, quand le syndicat a accepté une proposition de Québecor qui permettait à Rue Frontenac de survivre. Comme notre site pouvait survivre et qu’il avait, selon nous, un grand avenir, nous avons cherché des investisseurs.
Ce fut dur. A partir du printemps, les gens qui avaient décidé de ne pas reprendre leur poste au Journal de Montréal, n’avaient plus de revenu. Il était difficile de leur demander à nouveau un effort de temps et d’argent. Nous avons trouvé un investisseur mais nous n’étions pas sur la même longueur d’onde. Le 1 juillet 2011, nous fermions le site. C’était la fin de l’histoire.

Que sont devenus les anciens de Rue Frontenac?
Je suis présentement à Radio Canada et au journal Les Affaires. Très peu sont retourné au Journal de Montréal. En fait, il y a eu moins de personnes qui y sont retourné que le nombre de poste disponible, c’est dire.
Il y a encore des personnes sans emploi, mais la grande majorité a retrouvée quelque chose ailleurs, alors que le milieu journalistique est saturé au Québec et à Montréal. C’est la preuve que ce que nous faisions était bon. Rue Frontenac a permis à pas mal de jeunes d’éclore et de s’établir vraiment. Ça a été un booster de carrière.

Qu’aimeriez-vous qu’on retienne de ces deux années de lutte et de la forme qu’elle a prise?
On espère que les Québecois vont se rendre compte de l’omniprésence de Québecor dans les médias et du danger lié à la concentration de la presse. Il se bon de retenir aussi que notre essai est ce qui s’est fait de plus intéressant en matière de liberté d’expression ces dernières années. L’idée de pouvoir vivre du journalisme pur, sans filtre. Le « Bye Bye Boss ».
Ce n’est pas forcément un tournant dans l’histoire des nouvelles pratiques journalistiques, mais ça reste une belle aventure qui, je l’espère, n’aura plus à se reproduire

Pour accéder aux archives du journal, c’est ici

Entretien réalisé par Maxence Knepper

Entretien avec Théodore Kouadio : Fraternité Matin à l’heure du Web

C’est dans les locaux de FratMat.info, version web du quotidien généraliste ivoirien Fraternité Matin, que j’ai rencontré  M. Théodore Kouadio, lauréat du prix Lorenzo Natali en 2010 ainsi que celui de meilleur journaliste dans l’espace CEDEAO (Afrique de l’Ouest) en 2008. Consultant pour la Fédération Internationale des Journalistes et à la tête de FratMat.info depuis sa création en 2004, M. Kouadio nous livre son analyse sur le développement de l’information web à Fraternité Matin et nous donne ses impressions sur l’adaptation des journalistes du continent, aux nouvelles pratiques journalistiques.

Giovanni Djossou : Comment Fraternité Matin, l’un des plus anciens quotidiens du pays (1964) et le plus populaire, s’est-il adapté à l’arrivée de l’information via internet ?
Théodore Kouadio : Quand je suis arrivé pour diriger FratMat.info, au début, on m’appelait « le virtuel » ou encore « Monsieur www ». Il faut savoir qu’il y a une certaines imperméabilité, une grande dichotomie, entre la rédaction print et la rédaction web. Encore aujourd’hui, je sais que quelques rédacteurs « papiers » pensent qu’ici on ne fait rien. D’ailleurs beaucoup de ces rédacteurs ne vont pas eux-mêmes sur le web.

G.D : Comment fonctionne FratMat.info ?
T.K :
Il faut d’abord savoir que nous sommes totalement indépendants de la rédaction print. On publie nos propres articles. On met la version papier à disposition en pdf et nous la faisons payer 1€. Le reste du site est totalement gratuit.

G.D : Combien d’articles publiez-vous par jour ? Combien de visiteurs ?
T.K :
On travaille à flux tendus. 10 articles par jour comprenant papiers d’actualité, features etc. Quant aux visiteurs, on en a quelques 3000 par jour mais ce qui compte c’est plutôt le nombre de pages lues. C’est beaucoup plus révélateur. Cela nous donne une idée du temps que passent les lecteurs sur le site. Par exemple, entre le 22 janvier et le 22 février 2012, on a 225 000 pages lues. C’est considérable.

G.D : Qu’est-ce que le format en ligne apporte de plus au Groupe Fraternité Matin ?
T.K :
Pour l’entreprise je ne sais pas. Pour nos lecteurs en revanche, je sais que nous apportons beaucoup. L’espace et le temps sont supprimés. La version print doit attendre le lendemain pour donner l’info du jour et elle n’a qu’une diffusion domestique. Et encore, les livraisons dans l’intérieur du pays sont telles qu’il y a parfois un ou deux jours de décalage. Avec le site web, c’est de l’information instantanée que l’on délivre dans 105 pays.
Au début du site, il y a 7 ans, les Ivoiriens ne représentaient que 4% de nos lecteurs à travers le monde. Aujourd’hui, le taux a grimpé jusqu’à 12%. Cet élément est révélateur de la transformation de la société. Chez nous ce n’est pas comme pour vous en France. Les étudiants ne peuvent pas s’acheter d’ordinateurs personnels. Ceux qui surf régulièrement sur le net ce sont les cadres, les professions libérales et les fonctionnaires.
Enfin, le dernier avantage, c’est que l’on reçoit des retours sur nos articles grâce aux commentaires, choses qui ne sont pas possibles avec le journal papier.

G.D : Fraternité Matin est LE journal principal de Côte-d’Ivoire, comment ses rédacteurs s’adaptent aux nouvelles pratiques journalistiques ?
T.K :
Les rédacteurs n’utilisent pas cela ici. Ils sont assez réfractaires aux nouvelles technologies. On a des responsables qui n’ont jamais touché un clavier ! Certains ont un ordinateur mais c’est comme un bijou. Il est là, et ils le contemplent.
Quand je suis arrivé ici, on écrivait encore les articles à la main et c’est un autre organe qui saisissait le tout sur ordinateur !
G.D : Qu’en est-il des réseaux sociaux et des blogs ?
T.K :
Facebook, Twitter et autres, nous les utilisons très mal. Je ne parle pas de la rédaction en particulier, je ne connais pas leur pratique sur le sujet. Je parle des Ivoiriens en général. Ici, on analyse tout avec le prisme politique, donc rien que votre vrai nom sur Twitter peut vous amener des conflits. Ces réseaux sociaux sont de nouvelles tribunes politiques. Il faut faire très attention. D’un point de vue personnel, même si j’ai un compte Facebook, je n’aime pas trop l’utilisation que les gens en font. Dévoiler sa vie de la sorte. Ça manque de pudeur.
Quant aux blogs, je trouve qu’ils ne respectent pas forcément les critères du journalisme. Les blogs qui ne sont pas tenus par des journalistes me laissent perplexe. Je suis pour le journalisme citoyen, mais il faut qu’il soit réglementé. Il y a des limites à ne pas franchir. Le journaliste internalise la notion de responsabilité, chose que ne fait pas toujours le citoyen.

G.D : Que pensez-vous du développement de l’information, via le net, en Côte-d’Ivoire et plus largement, dans la sous région de l’Afrique de l’Ouest ?
T.K :
Le taux de pénétration est élevé en Côte-d’Ivoire. Bien plus que dans la plupart des pays du continent. Le seul problème c’est le débit. Celui qui connaît la Côte-d’Ivoire sait qu’il y a quand même de gros progrès qui ont été fait. Il y a 5 ans, pour télécharger une photo et l’envoyer cela prenait une éternité. Aujourd’hui c’est un peu plus fluide. Mais la connexion haut débit reste réservée aux habitants d’Abidjan et des alentours.
Plus généralement, les Ivoiriens se sont bien adaptés aux nouvelles technologies. Beaucoup ont un, deux, voire trois téléphones avec internet. La Côte-d’Ivoire a 22 millions d’habitants, pour 12 millions de téléphones portables. C’est considérable pour un pays pauvre. Beaucoup ont aussi des Ipad2.

G.D : En France, en Occident de manière générale, la presse papier est très clairement menacée par l’information internet. On en est encore loin en Côte-d’Ivoire n’est-ce pas ?
T.K :
Oh que oui ! On est attaché au papier, c’est culturel. Cela ne vaut pas que pour la Côte-d’Ivoire mais pour toute l’Afrique. On ne fait pas de virements bancaires, par exemple. On veut pouvoir palper les billets. C’est pareil pour la presse. De plus, le taux d’alphabétisation étant faible, les gens ont déjà du mal à acheter le journal papier alors ils ont encore moins le réflexe internet.

G.D : Dans ce cas, quel est l’intérêt pour Fraternité Matin d’avoir une version web ?
T.K :
Ce n’est pas parce qu’il fait chaud qu’on ne va pas porter de costume ! Le net c’est l’avenir ! Il faut imposer le changement, créer le besoin. On est le seul journal en ligne adossé à un groupe de presse en Côte-d’Ivoire. On fidélise. Comme je vous l’ai dit tout à l’heure, la part des Ivoiriens dans nos lecteurs du net, progresse d’année en année.

G.D : Quels sont les projets de développement de FratMat.info ?
T.K : On a gagné en notoriété, notamment grâce à mon prix Lorenzo Natali, glané en 2010. Il faut transformer le succès éditorial en succès commercial. On a de la pub mais pas comme on le souhaiterait.

G.D : Que pensez-vous des pure players ? Plus généralement, que pensez-vous du fait qu’un journal ne se trouve exclusivement que sur le net et que la quasi-totalité de son contenu soit payante ?
T.K :
C’est une bonne chose. Comment vous payez vos journalistes sinon ? Regardez France Soir ! On tend tous vers cela. Il faut se mettre dans la tête que le journalisme c’est aussi du business. D’ailleurs vous qui êtes étudiant en journalisme je vous le dis : on peut se faire de l’argent dans ce métier. Il faut arrêter de croire que l’on fait un sacrifice financier lorsque l’on embrasse la carrière de journaliste. Oui, vous ne serez pas multimillionnaire, certes. Cela dit, si vous faites votre métier avec sérieux et professionnalisme, si vous vérifiez vos sources, si vous relatez ce que vous voyez et non ce que vous voulez voir, vous réussirez. Parce que, nouvelles technologies ou pas, la base du journalisme ça reste la déontologie et la véracité.

 

Propos recueillis par Giovanni Djossou pour Horizons Médiatiques


Dossier N°5 : Nouvelles formations au journalisme web dans le Monde Arabe

Renouveler l’information par le journalisme citoyen, améliorer les compétences web des journalistes et réussir la transition numérique des médias. Tels sont les nouveaux enjeux dans l’ensemble du monde arabe. Dans ce dossier nous vous présentons des exemples de deux pays du Maghreb : le Maroc où les formations au journalisme multimédia se multiplient pour permettre aux professionnels de s’adapter au marché de la presse électronique et la Tunisie où des clubs dédiés à l’enseignement du journalisme citoyen voient le jour en marge des instituts classiques.

 

 

Un réseau d’information alternative sur la toile Tunisienne

Des ateliers de formation au journalisme citoyen sont créés sur l’ensemble du territoire Tunisien. Les maisons de jeunes s’improvisent en véritables rédactions d’où émanent une source d’information locale fiable qui concurrence l’agence de presse TAP.

Sous le régime Ben Ali, quelques coups de téléphones suffisaient à dissoudre une information. Quand les premiers soulèvements avaient lieu dans les contrées reculées du pays, les titres des journaux de la capitale relataient de banales « agitations ». En l’absence d’antennes locales des groupes médiatiques et de presse régionale écrite et radio, seule l’agence de presse TAP est encore à même de reporter de manière professionnelle ce qui se passe dans les régions.

Un des objectifs de la révolution est de mettre fin à cette impasse médiatique. Les citoyens tunisiens sont parvenus à en sortir provisoirement en partageant massivement des informations sur les réseaux sociaux et les blogs. Des groupes facebook sont créés pour relayer les informations locales, comme c’est le cas de la page Feriana news qui couvre les actualités d’une commune d’environ 25 000 habitants et qui compte plus de 2000 fans. Mais ces initiatives ne répondent pas aux impératifs d’analyse et d’enquête. Il s’agit dès lors de créer des structures autonomes mêlant temps, moyens et savoir faire. Des associations de blogueurs ainsi que des ONG parviennent à réunir des financements dans ce but. C’est par exemple le cas de l’organisation non gouvernementale Speak up Tunisia.

Mais le projet le plus ambitieux reste celui mené par le site participatif nawaat.org. Orchestré conjointement avec le ministère de la jeunesse et le groupe Canal Franc International, il vise à la création de structures locales unifiées sur un réseau national qui pourrait à terme concurrencer la TAP. Des formations au journalisme citoyen sont créées dans les maisons de jeune des villes de petite et moyenne taille. On y enseigne les techniques de reportage, de rédaction et d’édition web. Des centres ont déjà vu le jour à Sidi Bouzid, Kasserine, Kebili, Gafsa et Siliana. D’autres clubs seront créés prochainement, l’objectif étant de couvrir les 330 maisons de jeunes que comptent le territoire Tunisien. Des reportages ont déjà été publiés sur le site officiel des centres.

Depuis la Révolution, les administrateurs de Nawaat sont passés du statut d’exilés politiques à celui de représentants de la société civile. De part les nombreuses activités qui s’y déroulent en toute transparence (un hackerspace, ateliers opendata, réunions de hackers…), les locaux du site sont des lieux de passages pour les ministres et les agences publiques de télécommunication : Nawaat est devenu un partenaire incontournable des autorités. Houssem Hajlaoui est responsable du projet côté nawaat et webmanager du site. Nous lui avons posé trois questions au sujet de la création de ces clubs.

Horizons médiatiques : Pourquoi ces centres de formation au journalisme citoyen?

Houssem : Nous militons pour une info locale et décentralisée. La réforme des médias est un chantier énorme. Nous y participons en créant des médias alternatifs indépendants, qui incitent aux débats sur des problématiques locales. A terme le but est d’avoir un réseau national comprenant un maximum de bureaux possibles, des sortes de « petits nawaaat » collaboratifs, et de faire en sorte que tout soit lié à l’ensemble national.

Qui est impliqué dans la création des clubs ?

Le ministère de la jeunesse est un appui physique, en nous donnant accès aux maisons de jeunes et à certains financements. CFI prend en charge les professionnels qui seront chargés des formations : Deux animateurs par ville forment une dizaine de personnes. Ces dernières deviendront à leur tour des formateurs qui seront les véritables créateurs des clubs. Nawaat s’occupe de faire le tour des centres et du maintient de la coordination des projets.

Pourquoi avoir axé vos formations sur internet ?

Commencer par le web est beaucoup plus facile que monter un journal ou une télé. Mais les clubs ont la liberté de faire ce qu’ils veulent. Dans un des centres ils veulent créer une webradio. Un journal citoyen, ce serait énorme. Nous à nawaat on essaye de rester focalisés sur le fond. On sait pertinemment que ces actions vont déboucher sur d’autres projets.

Texte rédigé par Cyril Fourneris

Formation professionnelle: les journalistes marocains à la conquête du web

Pas question de rater le coche du journalisme web. Les rédactions marocaines sont passées ou sont en train de passer à l’ère 2.0. Pour réussir cette transition numérique, il faut des journalistes qui comprennent les enjeux, qui soient à l’aise avec internet et les nouvelles technologies, et capables d’apporter des propositions et solutions pertinentes. Au Maroc, la formation au journalisme web se met en place.

12 mois pour devenir des journaliste bloguer au top, c’est le challenge des étudiants de l’ESJC de Casablanca. Cette École Supérieur de Journalisme et de Communication, reçoit depuis décembre 2011 un séminaire de formation sur un an, pour renforcer les capacités des étudiants en matière de création et d’animation de blog, buzz, échange et partage de contenu… La formation « Blogs trotters » est assurée par trois femmes, dont une journaliste américaine et une rédactrice en chef marocaine. Les étudiants mettent en pratique leurs nouvelles connaissances en animant le blog d’actualité « CasaDialna ».

MIT Media, entreprise marocaine spécialisée dans la fourniture de contenu et dans le conseil éditorial pour des supports électroniques et off-line, propose dans ses prestations des formations sur le journalisme en ligne et les nouveaux médias. En 2008, MIT Media a obtenu un contrat de financement pour un programme comprenant un cycle de formation sur le journalisme en ligne. Ce programme est destiné à 200 journalistes nationaux et régionaux, ayant moins de 35 ans et étant en poste dans des rédactions marocaines. Il s’est tenu dans plusieurs villes, et pas seulement dans les deux capitales politique et économique du pays que sont Rabat et Casablanca, mais aussi dans d’autres villes plus réduites comme Nador, Ifrane ou Tétouan. Les journalistes participant au programme ont pu développer leurs compétences en matière de techniques de rédaction et de publication sur internet, webmastering, visioconférence, blogs, podcasts, veille d’information …

Ces deux exemples de formation web sont loin d’être les seuls, l’ISIC (Institut Supérieur de Journalisme et de Communication de Rabat) s’est également penché sur la question, comme bien d’autres. Les initiatives se multiplient au Maroc. Ce mouvement s’inscrit dans le cadre d’une réflexion que le pays mène depuis plusieurs années sur sa transition numérique, et notamment celle de la presse. Le 28 janvier 2010, le parlement marocain a lancé un débat national intitulé « Journalisme en ligne et nouveaux médias », à l’initiative des chefs de groupes parlementaires de nombreux partis marocains. Il s’agit d’un processus consultatif, avec des ateliers de travail et de réflexion, regroupant les parlementaires et les acteurs du champs médiatique. Quels sont les objectifs? «Dresser l’état des lieux des technologies de l’information et des nouveaux médias au Maroc, établir une radioscopie de l’édition en ligne, des nouveaux médias et du journalisme électronique, et établir des recommandations et des mesures pour encourager les nouveaux médias et le journalisme en ligne au Maroc».

Texte rédigé par Célie Gourdon

Le Guardian lance NEWSDESK LIVE : un pas de plus vers le journalisme participatif

Alors que « Horizons médiatiques » vous présentait dans un dossier paru le mois dernier les initiatives du « Guardian 2.0 », censées permettre au journal de faire face à la crise de la presse, le quotidien britannique a lancé le 30 janvier dernier Newsdesk Live. Son objectif : franchir une nouvelle étape dans la participation des lecteurs à la conception du journal.

La suite logique de la Newslist

Après s’être lancé dans le Datajournalisme, après avoir créé son application Facebook et Ipad, et après avoir donné naissance au Tagbot, le robot Twitter, le Guardian a franchi un pas supplémentaire dans l’innovation journalistique et le journalisme participatif, dont il se fait le pionnier. Newsdesk Live est donc le nouveau bijou du journal britannique, venant dans la continuité de la Newslist présentée au sein du dossier cité précédemment.

Pour rappel, cette Newslist permet à chaque internaute d’accéder librement aux différents sujets à venir, traités par la rédaction du Guardian. Cet agenda ouvert à tous, présenté sous la forme de tableur et intégré par Google Doc est une sorte de document de travail partagé, dans lequel sont listés les sujets du jour et le journaliste en charge. Les lecteurs sont alors invités, par l’intermédiaire du hashtag #opennews sur Twitter, à prendre part au travail de la rédaction. L’internaute peut ainsi apporter ses suggestions, ses témoignages, ses contradictions.

Newsdesk Live va encore plus loi

 Pour compléter cet outil qui n’est pas sans failles, le Guardian a donc conçu le blog Newsdesk Live, mis en place le 30 janvier dernier.

Sur la page d’accueil du site se trouve le petit encart ci-contre. Pour les non anglophones, une traduction s’impose : « Chaque jour sur Newsdesk Live, l’équipe de la rédaction du Guardian vous apportera les nouvelles que nous avons recensées, vous expliquera comment nous les avons sélectionnées, et vous demandera de vous impliquer. Envoyez-nous vos idées, vos témoignages et expériences pour aider à façonner notre couverture ».

Le message est clair, les lecteurs sont invités à participer à la fabrication du journal. En ce 22 février, les deux sujets principaux étaient le verdict en appel concernant la possibilité des manifestants anticapitalistes à poursuivre ou non leur mouvement devant la cathédrale Saint Paul  de Londres, ainsi que les problèmes au sein de la compagnie de travail A4E. Les sujets sont ainsi recensés dans ce tableau.

Tableau des sujets du 22 Février 2012

On constate ici que chaque sujet est accompagné du journaliste qui le traite, afin que l’internaute puisse échanger avec lui via Twitter. Mais la principale révolution de Newsdesk Live par rapport à la Newslist, c’est que l’internaute n’est pas obligé de se limiter à Twitter et donc aux 140 caractères d’un tweet. Il peut désormais contacter le journaliste par mail. De plus afin de rendre compte de l’avancée des articles et de certaines correspondances internaute/journaliste, un fil interactif animé par Polly Curtis, figure clé du journalisme participatif au Guardian, a été créé. Ce fil a donc pour vocation de former une sorte de « brain-storming ». On se rend malgré tout compte qu’en dépit des intentions de mêler les commentaires des internautes et des journalistes, ces derniers sont largement sur-représentés.

Vers une généralisation de ces outils?

Les médias l’ont bien compris, les internautes veulent, en plus de suivre en temps réel et de chez eux l’actualité, être impliqué dans le processus de fabrication de l’information. Certaines plateformes offrent la possibilité de se muer en journaliste amateur, c’est notamment le cas du Post en France. D’autres comme le Guardian avec Newsdesk Live permettent de tenter l’expérience de la conférence de rédaction ouverte. Cette collaboration a différents degrés d’implication. Par exemple en Suède, le quotidien régional Norran a mis en place un live chat permettant aux lecteurs de discuter en temps réel avec la rédaction sur les idées de sujets. Rue 89 en France propose une conférence de rédaction les jeudi à 9h retranscrite en chat par des journalistes, offrant la possibilité de réagir. Ces démarches permettent cependant davantage une immersion plutôt qu’une réelle interaction. Elles assouvissent toutefois le besoin de proximité des internautes avec les médias.

Texte rédigé par Benjamin Valla

Le Faso.net, pour une meilleure visibilité de l’actualité burkinabè

Né en 2003, le Faso.net a su devenir, en quelques années d’existence, l’un des principaux médias du Burkina. En comptabilisant 42000 connexions quotidiennes, le portail d’informations offre, depuis 8 ans, une visibilité mondiale à l’actualité du pays.

Né en 2003, le Faso.net a su devenir, en quelques années d’existence, l’un des principaux médias du Burkina. En comptabilisant 42000 connexions quotidiennes, le portail d’informations offre, depuis 8 ans, une visibilité mondiale à l’actualité du pays.

“C’est par et pour la presse burkinabè que notre portail existe”, indiquait le promoteur du site dans une interview en date du 17 janvier. Le Faso.net, c’est une dizaine de rubriques, alimentées chaque jour par des articles, eux-mêmes écrits et diffusés en première instance par des médias nationaux en ligne. L’Observateur Paalga, L’Express du Faso, L’Evénement, Le Journal du Jeudi ou encore L’Indépendant voient ainsi leurs productions reprises par le site de diffusion à grande échelle.  Une sorte de revue de presse quotidienne de l’actualité du Burkina Faso, à destination de potentiels lecteurs locaux, nationaux et également internationaux, qui peuvent désormais avoir facilement accès à un panorama de l’actualité burkinabè.

Une relation non concurrentielle

De la politique à l’économie en passant par le sport, l’environnement ou le développement, le Faso.net n’épargne aucun sujet. Il se distingue pourtant des grands titres nationaux qu’il reprend : alors qu’eux font la part belle aux papiers d’opinion, le portail oriente quant à lui sa ligne éditoriale autour d’articles traitant uniquement des événements qui font l’actualité. Ainsi, loin de le considérer comme un concurrent, la presse nationale en ligne envisage plutôt l’initiative comme une véritable aubaine. Par le biais des articles retranscrits, elle a en effet la possibilité de gagner en nombre de connexions. Enfin, plus qu’un simple outil au profit d’une visibilité de l’actualité et des médias burkinabè, le Faso.net est également une véritable source d’informations pour les journalistes eux-mêmes. En fédérant les différents médias du pays, le site permet en effet aux rédacteurs d’être en lien continu avec les événements majeurs du territoire, qu’ils peuvent ensuite choisir de traiter à leur tour au sein de leurs colonnes.

Du succès à la reconnaissance

Outre le nombre de connexions, en augmentation constante depuis sa création en 2003, le site d’informations en ligne ne compte plus ses succès. Avec 23 000 abonnés à sa newsletter, le portail prouve qu’il fidélise chaque jour un peu plus un lectorat extrêmement divers. S’il est en effet très prisé des locaux, le Faso.net attire également un grand nombre de Burkinabè expatriés aux quatre coins de la planète. En facilitant l’accès à l’information du pays, il leur permet un gain de temps considérable pour s’informer des principaux événements relatés dans les journaux nationaux, comme peuvent l’être en occident les agrégateurs de flux RSS.

En 2011, pas moins de 5 récompenses nationales, dont la prestigieuse médaille de chevalier de l’ordre du mérite des Arts, des Lettres et de la Communication, ont été attribuées au Faso.net pour son travail en faveur de l’accès à l’information.

Texte rédigé par Cerise Assadi-Rochet