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Edition Afrique

Les radios des “sans voix” tournées vers l’avenir

Liées aux radios d’État à leurs origines, puis progressivement décentralisées, les radios communautaires africaines sont devenues le média de ceux que beaucoup appellent les “sans voix”.  La récente réussite de certaines d’entre elles, ainsi que l’intégration progressive de nouvelles technologies de l’information et de la communication dans ces pratiques radiophoniques nourrissent aujourd’hui l’espoir de leur participation active au développement du continent. Contre vents et marées.

Une finalité plus sociale que commerciale

La radio, on le sait, est incontestablement le média le plus répandu sur le territoire africain : les transistors, qui peuvent fonctionner à piles ou à l’énergie solaire, restent peu coûteux pour les populations et donnent la possibilité aux plus petites communautés rurales d’avoir un accès à l’information. Dans le même temps, le nombre important de radios communautaires sur le continent permet d’en couvrir une immense partie, même si leurs transmetteurs ne diffusent souvent qu’à quelques kilomètres. Aujourd’hui, même si le taux de pénétration d’internet sur le continent, et à fortiori au sein de ces radios reste très faible, l’évolution technologique en cours laisse supposer une indiscutable progression de ce média à travers le continent dans les années à venir. Employé pour la recherche d’information, le web pourrait notamment octroyer aux journalistes et animateurs un gain de temps et une importante variabilité des sources, à l’image du réseau de radios communautaires sud-africaines SACRIN, connecté à internet depuis le début des années 2000.

Non lucratives et poursuivant un objectif de transformation sociale, les radios communautaires prennent souvent l’aspect d’un outil pédagogique au service des populations. Plusieurs centaines de ces radios émettent à l’heure actuelle des contenus extrêmement diversifiés : musique, actualité, ou encore conseils pratiques pour toutes les questions touchant à la vie quotidienne des membres de la communauté d’auditeurs, sont diffusées sur les ondes locales, voire, micro-locales du continent africain.

Contemporaines de l’émergence d’une nouvelle problématique liant démocratie, participation des populations et expansion économique, les radios communautaires apparaissent en Afrique au cours des années 80. Ce type de radio est généralement créé et animé par des membres de la communauté à laquelle les programmes seront destinés. Dès lors, la radio appartient à cette communauté, et lui donne la possibilité de faire quelque chose pour elle-même, en permettant aux auditeurs de s’exprimer à propos de toutes les questions qui les concernent.

Le statut associatif : à la fois clé de voute et gangrène des radios communautaires

Considérées comme des instruments privilégiés de la constitution d’un espace public africain, les radios communautaires revêtent un statut associatif à but non lucratif, qui les rend autonomes et indépendantes du pouvoir politique et des médias nationaux d’État. Elles sont, pour la plupart, financées par le secteur associatif dès lors que leur contenu en recoupe les objectifs : organisations non gouvernementales, fondations, donateurs, ou encore congrégations religieuses leur apportent leur soutien tant budgétaire que dans leur programmation.

Pourtant, alors que tous les observateurs du monde africain s’accordent sur les vertus de ce média, l’AMARC (association mondiale des radiodiffuseurs communautaires) appelle régulièrement à plus d’engagement de la part des ONG et des diffuseurs eux-mêmes. En effet, si ces radios paraissent -sur le papier- caractérisées par leur utilité et leurs louables aspirations, la réalité des faits prouve que leurs principales missions sont encore bien souvent teintées d’échecs. De nombreux bailleurs de fonds investissent en effet de façon conséquente lors de la création des radios, mais abandonnent aussitôt leur financement, laissant alors les diffuseurs sans ressource, et tuant dans l’œuf des projets qui viennent à peine d’éclore. Qui plus est, si les gouvernements africains apportent à première vue leur soutien à ces espaces publics locaux ou micro-locaux, il n’en reste pas moins que ces médias ne sont, à l’heure actuelle, protégés par aucune loi, et que les autorisations d’émettre sont généralement toujours distribuées au compte-gouttes par les autorités.

Succès et espoirs

Malgré des désenchantements, l’espoir de l’appui au développement suscité par les radios communautaires subsiste, notamment grâce aux résultats obtenus en la matière. Au delà des déceptions, le concept compte en effet d’innombrables succès, ces dernières années. Au Mali, qui abrite l’un des réseaux les plus importants du continent, la Radio Benso a permis dès sa création en 1999 une meilleure intégration des populations agricoles du sud à leur pays. Alors qu’il leur est impossible d’avoir techniquement accès aux médias nationaux, ces dernières étaient jusqu’alors condamnées à s’informer par le biais des médias ivoiriens, comme en témoignait en 2005 un auditeur de Kolondieba, communauté de cultivateurs de coton : “à présent nous pouvons nous tenir au courant de ce qui se passe ici. Nous obtenons des informations sur l’industrie cotonnière. Nous pouvons faire passer des annonces à la radio pour informer les membres de notre famille des faits importants. Nous pouvons écouter la musique de notre village.”  Autre exemple en Zambie, où l’émission Kumuzi Kwathu -”dans notre village”- d’une radio financée par l’USAID, suivie  par quelques 600 000 auditeurs, aborde chaque semaine les thèmes de la santé et de la reproduction. Progressivement, ce programme est entre autre parvenu à transformer la manière de procéder des accoucheuses de la communauté, pour une meilleure prévention des infections.

Certaines radios communautaires africaines parviennent même à atteindre une certaine pérennité économique. C’est le cas de la radio sud-africaine de Soweto, pour laquelle les bailleurs de fonds ont peu à peu laissé place aux annonceurs publicitaires. Des exemples récents qui pourraient rapidement être suivis par d’autres pour parvenir à placer l’accès à l’information au cœur du développement.

Texte rédigé par Cerise Assadi-Rochet

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