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Edition Europe

Le journalisme hongrois en péril

Depuis le 1e janvier 2012, la Hongrie a une nouvelle constitution. Voulue par le premier ministre Viktor Orban, dont le parti nationaliste, le Fidesz est au pouvoir depuis avril 2010, elle modifie en profondeur la législation du pays et s’inscrit dans la continuité des réformes engagées depuis 18 mois. Parmi celles-ci figure la très contestée réforme des médias, qui pour beaucoup d’observateurs rend impossible l’exercice libre du métier de journaliste dans ce pays. A l’heure de la démocratisation de l’information grâce à Internet, le cas de la Hongrie dérange.


« La fin de la liberté de la presse », Une du quotidien Népszabadság le 3 janvier 2011

« La fin de la liberté de la presse», c’est avec cette Une que le premier quotidien hongrois Népszabadság titrait son édition du 3 janvier 2011. Un an après, le constat est édifiant : la dernière radio d’opposition a perdu sa fréquence, les actuelles manifestations contre la nouvelle constitution ne sont couvertes que par les médias privés et étrangers, un climat de censure et de peur de la sanction pèse sur les journalistes. La faute à une réforme engagée après seulement trois mois de gouvernance par le premier ministre Viktor Orban. Cette loi vise à renforcer le contrôle institutionnel des médias et comporte quatre points principaux :
•    Le regroupement dans une même entité de la télévision nationale publique MTV, de la radio nationale publique MR, de la télévision par satellite Duna TV et de l’agence de presse MTI.
•    La création d’une Autorité nationale des médias et des communications (NMHH), dirigée pour une durée de 9 ans par Annamaria Szalai, nommée par le premier ministre.
•    L’obligation pour les médias, publics comme privés, de corriger des informations jugées «partiales, d’atteinte à l’intérêt public, l’ordre public et la morale » par la NMHH, sous peine de se voir infliger de très lourdes amendes financières.
•    L’obligation de dévoiler ses sources et de soumettre ses articles avant publication lorsque la NMHH l’exige.

Suite à la mise en application de cette loi, les critiques de la part de l’Union Européenne n’ont pas tardé à se faire entendre. Le 3 janvier 2011, François Baroin alors porte-parole du gouvernement français a déclaré que cette réforme constituait « une altération profonde de la liberté de la presse », ajoutant que « la France, à l’instar des autres pays de l’Union, souhaite une modification de ce texte ». Malgré les critiques, les principaux points de discordes de cette loi n’ont pas été modifiés par le gouvernement Hongrois, qui rappelons-le a pris la présidence tournante de l’Union Européenne entre janvier et juillet 2011.

Censure et désinformation des médias publics


Un montage qui reflète la censure exercée par les médias publics

Le 3 janvier 2012, le journaliste hongrois Attila Mong déclarait sur France Inter que « les médias publics (en Hongrie) sont de plus en plus un outil de propagande au service du pouvoir ». Pour s’en convaincre, prenons un exemple actuel. L’image ci-dessus représente un montage qui tourne en boucle sur les réseaux sociaux hongrois.
Alors que les chaînes de télévision privées diffusaient en direct le 2 janvier dernier les images de dizaines de milliers de manifestants à Budapest, la télévision publique MTV interviewait son journaliste très en marge du rassemblement, laissant voir à ses téléspectateurs une avenue déserte. L’image montre le contraste entre deux pays : à gauche celui de Viktor Orban où règne l’ordre et la paix sociale tels que le rapporte les médias publics dont il a le contrôle, et à droite celui des opposants au régime et à la nouvelle constitution
Et c’est dans ce contexte agité que le 20 décembre dernier, la dernière radio d’opposition « Klubradio », a perdu sa fréquence suite à une décision de la NMHH.

Les réseaux sociaux et la grève de la faim comme uniques moyens d’opposition
Après la promulgation de cette loi, les réseaux sociaux, et notamment Facebook se sont soulevés pour soutenir les médias hongrois. Le groupe « soyons un million pour la liberté de la presse hongroise »  créé en décembre 2010 regroupe aujourd’hui 94 000 personnes dont le but est de publier les écrits, évènements et faits censurés par les médias publics, en les partageant au sein du groupe.

94000 membres sur la page Facebook « Soyons un million pour la liberté de la presse hongroise »
Mais les moyens d’opposition sont bien maigres, face à une autorité qui surveille aussi Internet, et notamment les blogs, et menace les journalistes et les médias de sanctions financières en cas de diffusion d’une information jugée « partiale ». D’autres personnes préfèrent alors en venir à des solutions plus radicales. Pour protester contre la manipulation d’informations qu’on leur demande d’exécuter, deux journalistes de la télévision publique avaient entamé une grève de la faim le 10 décembre dernier. Ils ont été licencié 15 jours plus tard.

Texte rédigé par Benjamin Valla

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