+
vous lisez
Edition Afrique

L’Afrique à l’heure de la téléphonie mobile : l’info s’enrichit, la censure reste

On l’appelle le “bigo”, le “lalé”, ou encore “l’enjaillement d’oreilles”. Le téléphone mobile affiche depuis quelques années un taux de pénétration en Afrique des plus spectaculaires. Sur un continent où l’accès à l’information fait office d’enjeu capital pour le développement, le portable tend à révolutionner l’univers médiatique.

Une collecte de l’information en temps réel

Libéralisé en Afrique depuis la fin des années 90, le téléphone portable fait à présent partie de l’équipement de travail des professionnels des médias. Plus qu’un simple outil, le mobile est à l’origine d’une modification totale des pratiques journalistiques. Sur des territoires où la téléphonie fixe n’a jamais vraiment pu s’implanter, les journalistes qui collectent l’information sur le terrain, ont désormais la possibilité de la transmettre en temps réel à leurs rédactions. Exit le temps de trajet, parfois très long, ou encore la sollicitation d’intermédiaires pour rapporter les faits au rédacteur en chef. Diffusée plus rapidement, l’information devient alors plus qualitative, pertinente et efficace.

Exemple frappant de l’évolution des pratiques, le rôle que les reporters ont pu jouer grâce au GSM lors des élections présidentielles sénégalaise en 2000, est devenu un modèle pour tous les journalistes des pays africains en transition démocratique. Mamadou Ndiaye, qui a soutenu une thèse en sciences de l’information en 2006 à l’université Bordeaux 3 sur le thème  “l’e-gouvernance et la démocratie en Afrique” affirme que les journalistes ont, lors de cet événement, agit comme des “armes anti-fraudes” en communiquant par téléphone à leurs rédactions les tendances des principaux bureaux de vote dans lesquels ils se trouvaient. La retransmission en direct de ces résultats provisoires par les médias du pays avaient alors permis aux citoyens sénégalais de connaitre la vérité des urnes en temps réel, et d’éviter les manipulations politiques autour de l’élection finale du challenger Abdoulaye Wade.

Création d’un espace public et censure

S’il change la manière de travailler des journalistes, le GSM permet également aux récepteurs de mieux s’approprier l’information, notamment au travers des médias audiovisuels. L’introduction de la téléphonie mobile, et son taux de pénétration important sur le continent africain permet en effet une évolution des pratiques en direction d’une information interactive. Nombre de radios sollicitent par exemple l’intervention de leurs auditeurs, par le biais d’un numéro de téléphone énoncé à l’antenne, qu’ils peuvent contacter pour réagir à l’actualité. C’est le cas de Zap Press, émission de débat diffusée le dimanche matin sur Radio Tiémeni Siantou, fréquence privée émettant à Yaoundé. Par l’intermédiaire de leur mobile, les citoyens sensibles au débat peuvent intervenir en direct pour apporter leur contribution, ou encore exprimer leur colère face à la gestion des affaires du pays.  En donnant la possibilité aux Africains de s’approprier ainsi l’actualité, les journalistes mettent la technologie mobile au service de la création d’un véritable espace publique.

Malgré tout, cette interactivité connait certaines limites. L’espace public ainsi créé ne saurait être aussi libre que les Africains le souhaiteraient, et les technologies mobiles peuvent également devenir synonymes de censure. Craignant les sanctions parfois sévères des autorités politiques en place dans certains pays africains, se traduisant généralement par une interdiction de diffusion temporaire ou définitive, certains médias favorisent l’intervention citoyenne en direct par le biais du sms, et non de l’appel téléphonique. Comme le rapporte Norbert N. Ouendji dans l’ouvrage l’Afrique à l’heure du numérique, cette technologie, très prisée des Africains, notamment pour son moindre coût, permet aux radios et télévisions d’exercer un certain contrôle des réactions des auditeurs ou téléspectateurs, notamment lors de débats touchant à l’actualité politique, afin d’éviter les représailles pour diffusion de “propos outrageants”, comme a pu en faire les frais la station  Magic FM . 

Quel avenir pour l’information via la téléphonie mobile?

Aujourd’hui, certains journalistes du continent sont de mieux en mieux équipés, permettant aux Africains d’être en lien continu avec les événements. Les médias qui disposent de moyens financiers un tant soit peu confortables n’hésitent plus à doter leurs reporters de mobiles onéreux à la pointe de la technologie, à l’image d’AfricaNews.com, journal en ligne du groupe Africa Interactive. Journaliste au Cameroun, Elisabeth rapportait en 2008 lors d’une enquête participative RFI qu’elle et plusieurs de ses collègues réalisent dorénavant des vidéos depuis leurs mobiles, et les mettent ainsi directement en ligne.  Si tous les médias ne sont bien évidemment pas logés à la même enseigne, le GSM permet néanmoins une diversification progressive de l’offre, qui risque de s’étendre d’avantage à mesure que la technologie mobile, et notamment le smartphone, sera rendue plus accessible par une diminution de ses coûts. Le taux de progression de la téléphonie mobile sur le territoire africain, avoisinant les 40% par an, va justement en direction de la démocratisation de cet outil journalistique.

Texte rédigé par Cerise Assadi-Rochet

Discussion

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :