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Le web, un refuge pour les journalistes grecs

Internet est bien souvent considéré comme un lieu où la liberté d’expression règne en maître. Et pour preuve, que ce soit les indignés, les manifestants du printemps arabe ou encore les hackers d’Anonymous, tous s’organisent et s’expriment plus librement grâce au web. Il est donc évident que ce nouveau média joue aujourd’hui un rôle d’alternative aux gros groupes de presse. Et le cas de la Grèce en est une nouvelle preuve : les journalistes se replient peu à peu sur le web pour pouvoir exprimer leurs idées plus librement, sans subir la censure de l’Etat en crise.

Mercredi dernier, 3 pays européens ont été épinglés par la Commission Européenne pour le manque de liberté et de pluralisme de leurs médias : la Hongrie, pas étonnant après la nouvelle loi sur la presse de Viktor Orban; l’Italie, pas très surprenant non plus étant donné que Silvio Berlusconi avait la main sur la plupart des médias; et la France, suite au nouveau pouvoir conféré au Président de la République qu’est la nomination du président de France Télévisions (un droit mis en place par Nicolas Sarkozy lui-même…). Curieusement, la Grèce ne fait pas partie de ces pays rappelés à l’ordre par l’Union Européenne… Et pourtant, les journalistes grecs eux-mêmes auraient certainement trouvés de très bonnes raisons pour cela. Explications.


« Je suis une journaliste licenciée, parce que je suis une journaliste qui aime parler librement » : le 18 octobre 2011 lors d’une manifestation qui avait rassemblé 2000 journalistes dans les rues d’Athènes (AFP)

Les journalistes grecs frappés de plein fouet par la crise
Depuis plus de deux ans maintenant, la Grèce connait une grave crise économique liée à sa dette colossale. Et l’un des premiers secteurs à être touché par cette crise se trouve être celui des médias grecs.
“La crise économique et financière a mis à jour les faiblesses et les pratiques d’un marché médiatique tronqué. Sous-capitalisés et artificiellement soutenus, les groupes de presse menacent de s’écrouler, voire de complètement disparaître. Aux mains de quelques armateurs et de grands entrepreneurs, la presse connaît des vagues de licenciement qui renforcent la précarisation des journalistes.”
Rapport de mission de Reporters Sans Frontières (septembre 2011)

Frappés à la fois par le chômage et les accusations violentes des manifestants grecs, les journalistes ont la vie dure dans ce pays en crise. En effet, au delà du fait que des centaines d’entre eux se retrouvent aujourd’hui sans emploi (une situation que cette profession n’est malheureusement pas la seule à endurer dans ce pays), les journalistes grecs incarnent pour beaucoup des marionnettes au service du pouvoir. Et pour cause : jusqu’au début de cette crise, une grande complicité existait en Grèce entre le monde politique et les médias détenus par de riches entrepreneurs. Pour obtenir des faveurs de la part des hommes politiques, les riches propriétaires des médias grecs étaient prêts à oublier totalement le rôle premier de la presse et son indépendance : ils offraient alors aux politiciens qui le souhaitaient une très grande visibilité dans les médias. La rentabilité des entreprises de presse n’était donc en rien la priorité de leurs propriétaires qui se servaient des médias comme d’un moyen pour arriver à des fins personnelles et non comme d’un moyen de diffusion d’une information indépendante. Les médias grecs étaient donc loin de jouer leur rôle de quatrième pouvoir : ce système de connivence était maintenant installé profondément depuis plusieurs années. À tel point qu’aujourd’hui, les licenciements ou les baisses de salaire sont fréquents puisque la plupart des entreprises de presse sont déficitaires. Mais si encore il n’y avait que cette conséquence économique… Car les slogans anti-journalistes des manifestants et les violences perpétrées contre les reporters se multiplient également dans le pays.

“Les reporters de terrain couvrant ces évènements se trouvent désormais entre deux feux. D’un côté la répression policière s’abat sur eux de plus en plus durement afin de décourager la publication de ses excès et, de l’autre, des manifestants violents voient en eux les symboles de la désinformation. Les cas de journalistes souffrant de blessures sérieuses se multiplient comme celui de Manolis Kypraios qui a définitivement perdu son ouïe suite à l’explosion d’une grenade assourdissante de la police.”
Sur le blog de Nikos Smyrnaios, théoricien grec des nouveaux médias

“La crise, une occasion de changer de journalisme?”
(Nikos Smyrnaios, sur son blog)
Face à cette double difficulté (économique et idéologique), les journalistes grecs tentent tant bien que mal de réagir. Les grèves et les manifestations de journalistes se succèdent, plongeant la Grèce dans des journées entières sans informations. Le 18 octobre 2011 était par exemple l’une de ces journées : environ 2000 journalistes ont alors manifesté dans les rues d’Athènes contre la hausse du chômage qui touche le secteur médiatique grec et le projet de loi prévoyant de nouvelles mesures d’austérité voté deux jours plus tard. Autre exemple, celui de la grève à la chaîne de télévision privée Alter :

La chaine de télévision Alter est occupée par ses salariés depuis plusieurs semaines pour réclamer des impayés à la direction. Cette chaîne a fonctionné pendant des années avec des dettes colossales qui ont atteint les 500 millions d’euros sans être inquiétée, profitant d’un échange de bons services avec le personnel politique. (…) Ses salariés occupent l’antenne et l’utilisent pour dénoncer les pratiques douteuses du propriétaire et pour diffuser leurs revendications auprès de la population.”
Nikos Smyrnaios, sur son blog

Mais au delà de ces modes d’action traditionnels que sont la grève et la manifestation, les journalistes grecs se réfugient également peu à peu sur le web et redécouvrent une liberté d’expression longtemps laissée pour compte dans leur pays. Les blog collectifs se multiplient sur internet : les journalistes grévistes ou licenciés s’y réunissent afin de se réapproprier leur métier à travers un moyen d’information qu’ils ont eux-mêmes créé et sur lequel ils parlent de ce que bon leur semble en toute liberté. Parmi ces blogs, on trouve par exemple celui des grévistes de la chaîne Alter, celui de journalistes au chômage, ou encore Eleytherotypia, “Le blog des représentants des journalistes de la liberté de la presse”.


Page d’accueil du blog des journalistes grévistes de la chaîne Alter

Malgré tout cela, pour Reporters Sans Frontières, les journalistes grecs semblent très pessimistes quant à l’avenir de leur profession :

“Reconnaissant une augmentation et une généralisation de l’autocensure, ces derniers témoignent d’un très grand pessimisme pour l’avenir de leur profession. Si la blogosphère offre un espace d’expression beaucoup plus libre et un antidote temporaire à l’autocensure, elle ne représente pas pour autant une alternative économiquement viable qui permettrait de rompre avec les usages désastreux mis en place au cours des vingt dernières années.”
Rapport RSF (sept. 2011)

Mais si les journalistes grecs ne croyaient plus réellement en l’avenir de leur profession, peut-être ne se mobiliseraient-ils pas autant, que ce soit par les manifestations ou par le web. Peut-être seraient-ils déjà résignés. Même si, comme le dit ce rapport de RSF, la blogosphère n’est qu’une solution temporaire pour aider les journalistes grecs à faire face à la crise économique, il semble tout de même peu probable que le journalisme grec redevienne ce qu’il était avant la crise, une fois celle-ci terminée. Internet sera certainement devenu un média incontournable en Grèce suite à cela : la liberté d’expression permise par le web sera sans doute difficile à faire oublier aux journalistes grecs qui y auront goûtée durant la crise. Ainsi, il semble fort probable que le système médiatique grec soit revu en profondeur dans les années à venir.

Texte rédigé par Lucile Jeanniard

Le journalisme citoyen sur la toile arabe: l’exemple de Mamfakinch.com

Les médias citoyens fleurissent sur le web du monde arabe. Mamfakinch.com est l’un d’entre eux. Ce site collaboratif marocain, a vu le jour en marge du mouvement du 20 février 2011. Un courant de protestation toujours actif réclamant des réformes économiques, politiques et sociales. Mamfakinch.com est animé par des blogueurs et activistes marocains. Il traite de l’actualité arabe et marocaine, avec des analyses, des débats et de l’information multimédia, publiées en français, arabe et anglais.

Page d’accueil du site mamfakinch.com

Dans la présentation de Mamfakinch.com, on peut lire : « [ce site] ne prétend pas être un journal mais un média citoyen qui croit au droit à l’accès à l’information. Information souvent ignorée voire déformée par d’autres médias plus ou moins officiels ». Le ton est donné.

Comme beaucoup de médias web citoyen, ce site est né, en grande partie, à cause d’un défaut de confiance dans les médias traditionnels. Ce n’est pas une particularité exclusive du journalisme citoyen du web arabe. En Europe la défiance vis-à-vis des médias est également visible. Mais dans le monde arabe ce sentiment est exacerbé. Pourquoi les médias traditionnels ne parviennent ils pas à convaincre ? Ils souffrent des grands maux de la société arabe de ces dernières décennies, la censure et la corruption. Mais l’image des médias est également mise à mal par un problème qui concerne aussi l’Europe et sans doute une bonne partie du monde : la main-mise des grands groupes commerciaux et financiers sur la presse et les médias qui vivent de la publicité. Un tableau très noir, qu’il convient de nuancer. Mais c’est pourtant cette image catastrophique de l’état du journalisme que retiennent les lecteurs, auditeurs et téléspectateurs. Ils souhaitent alors devenir leur propre source d’information.

Avec la pénétration progressive de l’internet dans les pays arabe, cette vision terrible des médias et la méfiance qu’elle engendre, entraîne l’essor du journalisme citoyen. Il s’agit d’abord d’un besoin d’informations brutes, l’envie de créer un espace pour échanger de la matière prise sur le vif et sans fioriture. L’idéal premier est là. Mais derrière ce besoin de vérité et d’instantanéité, le média citoyen dévoile l’aspiration au débat, et surtout à la mise en avant de sa propre opinion. Mamfakinch.com ne prétend pas être ce qu’il n’est pas, un journal. Mais il prétend être un média citoyen. Dans l’expression, il y a tout de même le mot média et la subjectivité n’est pas étrangère à ce mode de diffusion!

Pourtant, les médias citoyens sont plébiscités par les internautes arabes, qui leur offrent d’honorables scores d’audimat. Les lecteurs ne semblent pas condamner la prise de position, en revanche ils apprécient la clarté du positionnement. Le média citoyen en effet, ne cache pas qui il est. Mamfakinch ne cherche pas à faire oublier qu’il est né en marge d’un mouvement de protestation, ni qu’il est alimenté par des militants et des activistes. S’il a le look d’un pure player d’information, les atouts et les outils web d’un vrai média, il n’hésite pas à proposer un onglet «mobilisation et activisme ». L’internaute arabe choisi ses lectures en connaissance de cause, là où il a l’impression que les médias traditionnels essayent de bluffer ou de brouiller les cartes.

Texte rédigé par Celie Gourdon

TheEuropean.de fait la part belle au journalisme d’opinion

Dans un contexte où la presse papier connait d’importantes difficultés financières, les journalistes tendent à élargir leur expertise aux nouveaux supports d’informations, avec en ligne de mire, le média Internet. En s’imposant comme le premier magazine allemand 100% web, TheEuropean.de innove et donne un coup de jeune au paysage médiatique de la République Fédérale. Mais s’il se distingue, c’est surtout par la singularité de sa ligne éditoriale. Quelques explications pour mieux comprendre.

« Meinung statt Meldung »

La particularité de TheEuropean.de par rapport à d’autres sites d’informations réside dans son contenu. Quitte à traiter d’un sujet, autant le faire de manière critique et analytique. C’est partant de ce postulat qu’Alex Gorlach, le Rédacteur en chef, a lancé ce projet en 2009, dans l’optique de privilégier l’analyse et le décryptage au scoop et à l’actu chaude. Un traitement ouvertement affiché, comme en témoigne l’accroche sur le profil Twitter du magazine, « Meinung statt Meldung », ou « l’opinion au lieu de l’annonce ».

Profile Twitter de TheEuropean.de

Fier de sa culture du débat et de la controverse, TheEuropean.de réunit de nombreux spécialistes qui réfléchissent autour de grandes thématiques généralement liées à la société, à la culture ou à la politique. Le tout, sous forme d’article en moins de 3500 caractères.

Internet comme place publique

Ce traitement de l’information n’est pas anodin ; il va de paire avec le choix du nom du magazine. “The European” renverrait effectivement à la tradition historique et culturelle de l’Europe, qui puise ses sources entre autres dans l’héritage des cultures antiques grecques et romaines. De fait, ces cultures sont reconnues pour laisser une grande place à la démocratie, et par conséquent, à la liberté d’expression. TheEuropean.de, c’est donc en quelque sorte la cité – au sens antique du terme – propice à l’expression de la libre parole, au débat et à la fermentation des idées. Dans cette perspective, le choix du média Internet est d’autant plus significatif qu’il s’inscrit dans cette démarche de libre échange, les internautes étant également mis à contribution pour nourrir et faire fructifier le débat :

« The emergence of the internet as a global arena for the exchange of ideas and innovation has expanded the opportunities for participation like no previous form of media. We are tasked with the re-assessment and critical examination of our ideals, convictions, utopian dreams and societal models. The European aims to debate responses to fundamental questions together with our authors and readers. »

Un projet audacieux, qui suscite bien des critiques de la part de certains qui taxent TheEuropean.de de magazine élitiste. Pour autant, cela ne semble pas décourager Alex Gorlach pour qui la qualité du journalisme réside en grande partie dans la rigueur du traitement et de l’analyse des sujets. Dans une vidéo réalisée par la journaliste Christina Okello, le Rédacteur en chef du magazine n’hésite pas à l’expliquer :


Cliquer ici pour voir la vidéo : http://www.dailymotion.com/embed/video/xcdmme, The European.de von cfjvideo

Alors élitisme ou non, TheEuropean.de se targue au moins d’apporter un vent de renouveau dans le journalisme web allemand en proposant un traitement alternatif de l’actualité. Une initiative qui ne peut qu’être saluée.

Version originale : http://www.theeuropean.de
Version anglaise : http://www.www.theeuropean-magazine.com

 Sources : theeuropean-magazine.com, https://www.facebook.com/TheEuropean, https://twitter.com/theeuropean, http://www.youtube.com

Texte rédigé par Marilyn Epée

Du web-documentaire à la web-enquête : L’évolution des pratiques télévisuelles

Dans un XXIe siècle qui avance, les pratiques journalistiques évoluent et s’adaptent aux nouveaux supports médiatiques. La toile est désormais une source d’inspiration et d’innovation qui poussent les journalistes à devenir multi-supports. Les pratiques audiovisuelles et télévisuelles tendent également à se développer sur le web et peut-être très bientôt sur de nouveaux téléviseurs interactifs.  C’est notamment le cas des web-documentaires ou plus récemment la web-enquête.

Les web-documentaires se développent sur la toile et se multiplient. Les projets avec les chaînes de télévision affluent, comme cela fut le cas en France avec la série documentaire « Manipulation », centrée sur l’affaire Clearstream. D’abord diffusée en six épisodes sur France 5,  l’enquête a ensuite été adapté pour le web avec la volonté de placer l’internaute « au cœur de l’enquête » d’après le site Internet du documentaire.

Le web-documenaire, facteur d’évolution

Le web-documentaire repose, selon le site Internet Webdocu.fr sur « un concept, plutôt qu’un objet précis ». Il est défini comme un «documentaire adapté au web, c’est à dire qu’il utilise les outils du web au service d’une narration ». Cette catégorie de média permet d’offrir à l’internaute une nouvelle manière d’aborder un reportage le laissant libre d’orienter la construction du film. Le web-documentaire a la particularité d’être « transmédia », il exploite ainsi  plusieurs médias sur un même support. Cela donne lieu à la création d’une série de liens permettant aux utilisateurs d’enrichir leurs connaissances sur le sujet.

Le web-documentaire permet donc de développer de nouvelles manières d’envisager le journalisme. Par exemple en France, initié par les Dernières Nouvelles d’Alsace en 2008, le web-docu est devenu une solution pour la presse quotidienne régionale ‘accéder à l’espace national grâce à plusieurs réalisations. Un secteur en difficulté, comme la presse écrite, peut s’exposer ainsi sur la toile de manière originale. La Voix de l’Ain ou encore le Mensuel de Rennes ont suivis.  Mais depuis peu le web-docu évolue encore avec la web-enquête.

La web-enquête : l’avenir du reportage ?

« Trop vieux pour conduire ? », tel est le titre de la web-enquête pour le moins originale menée par la journaliste de TF1, Diane Heurtaut. Traitant un accident provoqué par une octogénaire, l’enquête aborde la question des seniors au volant. Utilisant les mêmes méthodes qu’un web-documentaire, cette enquête revient sur un sujet d’actualité pour en faire un document précis et interactif.

Diane Heurtaut explique que la web-enquête permet de « traiter plusieurs angles dans un même format et de manière pédagogique adaptée à ce débat à la fois passionnel et difficile à trancher ». Elle avance également l’idée que ce genre d’information rend l’internaute « actif » et permet de « délinéariser » l’information. Cette web-enquête transmédia jongle entre plusieurs infographies, des entrevues et un article.

Le web-documentaire va probablement se développer encore dans les années à venir et la multiplication de web-enquêtes devrait se faire aussi grâce à la démocratisation des téléviseurs interactifs.

Pour aller plus loin :
La Web-enquete : “Trop vieux pour conduire ?”
Webdocu.fr

Texte rédiger par Thibaut Texeire

HTML 5 : une alternative ambitieuse

Ce n’est plus un secret pour personne, dans le monde des médias, internet est en train de changer la donne. Smartphones, tablettes, applications numériques etc… de nouveaux supports d’information apparaissent tous les jours, rendant obsolètes leurs prédécesseurs. Aujourd’hui, un élément  pourrait encore une fois chambouler l’ordre établi : le HTML 5. Explications.

HTM…quoi ?
Commençons par le commencement. Qu’est-ce que le HTML au juste ?  HTML ou HyperText Markup Language est un des principaux langages de données conçu pour mettre en forme les pages web.  Ou dit plus simplement le HMTL est LE langage de structuration et de présentation d’une page web par excellence (également le plus ancien).
HTML 5ème du nom est donc le petit dernier d’une lignée qui essaye depuis 1989 d’offrir la meilleur opérabilité entre les différentes plateformes existantes (pc, mobile et désormais la tablette).

Les apports du HTML 5
Cette nouvelle version du HTML (honnêtement pas si nouvelle que ça puisque les tout premiers travaux concernant sa création remontent à 2003 avant d’être repris en 2007) apporte logiquement son lot d’innovations.

  • Une adaptation du contenu des pages web consultées suivant la taille de l’écran de l’appareil utilisé. Le HTML 5 permet de consulter n’importe quel site web sur n’importe quel support et de faire fonctionner les deux ensemble. Il arrive que parfois certains contenus de sites web soient trop volumineux ou simplement inadaptés pour apparaître sur un support autre que le PC. Avec le HTML 5, les sites web s’adapteront à leur supports de consultation et seront donc disponibles et utilisables aussi bien sur PC que sur mobile ou tablette. Pour observer ce redimensionnement automatique en action, visitez ce site sur lequel vous pouvez réduire la taille de votre page et observer comment le contenu s’adapte automatiquement en fonction de la taille de la fenêtre (attention ce site ne fonctionne que sous FireFox). Plus besoin donc pour les groupes de presse de dépenser de grosse sommes d’argent dans le développement d’une application smartphone ou tablette. S’ils utilisent le HTML 5 pour leur site, celui-ci s’adaptera suivant son support d’exploitation.
  • L’exploitation de contenus multimédias simplifiée. Le HTML 5 permet de faire tourner et d’afficher des contenus sur une page web (vidéo, animations, etc) sans recourir à l’installation d’une application externe nécessaire au bon fonctionnement de ce même contenu (l’exemple des animations Flash qui sans l’installation du programme flash ne peuvent être lues). Pour un site d’information, il sera donc beaucoup plus aisé de proposer aux lecteurs des compléments d’informations (audio, vidéo, etc) très facile d’accès et ainsi apporter une appréciable plus-value à l’information.
  • Les possibilités d’animation des pages Web. Autre nouveauté apportée par le HTML 5, l’animation de la structure des pages web. Attention il ne s’agit pas là d’un apport externe d’éléments animés comme des vidéos, mais de l’animation de la structure même de la page. Au lieu du défilement vertical du texte auquel on a droit aujourd’hui sur tous les sites, le HTML 5 permet d’insérer son texte sur une structure 3D. Démonstration en vidéo :

Pour voir d’autres exemples d’animations réalisables avec le HTML 5, c’est par .

Une fois appliqué aux sites d’informations en ligne, il est facile d’imaginer la plus-value apportée par le HTML 5 en termes d’exploitation et de retranscription de l’information (graphiques animées, vidéos, et bien plus encore). Là encore, les bénéfices seront doubles. Pour le journaliste d’abord qui pourra innover selon son envie, dans la structure du traitement de son information (graphique animé pour un article économique, frise chronologique composée de vidéos ou d’images d’archives pour un sujet plus historique, les possibilités sont nombreuses et variées). Pour le lecteur ensuite qui pourra consulter une information “sublimée” par son support c’est à dire complétée de différentes manières (structure 3D du texte, vidéo, audio, etc).


Parce qu’expliquer en détail toutes les évolutions apportées par le HTML 5 prendrait des heures (et nécessiterait un savoir en informatique que je ne possède malheureusement pas), je vais me contenter d’évoquer deux autres caractéristique du HTML 5 qui permet, par exemple, de séparer avec encore plus de précision les différentes parties d’une même page ou d’avoir recours à des outils, normalement utilisable en ligne, et qui une fois chargés dans votre navigateur, seront utilisables même sans connexion internet. Et quand on pense à ces nombreuses possibilités appliquées aux médias en ligne, l’attente peut être très grande.
Mais il faudra savoir se montrer patient, puisque le HTML 5 est encore en phase d’élaboration. Un work-in-progress qui nécessitera  plusieurs années avant de voir toutes ces évolutions complètement intégrées aux médias en ligne (même si une partie d’entre elles ont déjà été mises en pratiques).

Le Boston Globe, l’exemple à suivre ?

« Partout où vous êtes, sur n’importe quel support », c’est ainsi qu’est présenté le nouveau site du quotidien américain le Boston Globe. Lancée fin 2011, le site, est grâce au HTML5, accessible sur n’importe quel support. Le Boston Globe est un des premiers à miser sur le HTML 5 (en Europe le quotidien économique Britannique, The Financial Times, l’a précédé, avec son site conçu avec le HTML 5 et lancé en juin).


Pour le Boston Globe, l’utilisation du HTML 5 répond à un double enjeu :

  1. Avoir un même site d’informations complet et disponible, tous supports confondus, et ainsi avoir un gain de temps au niveau de la diffusion de l’information. Et surtout un gain d’argent. Plus besoin d’investir dans la création d’application pour tablettes, smartphones ou autres, le site est le même, le contenu aussi, seul le support change.
  2. Regagner une certaine indépendance, notamment vis à vis d’Apple et de ses exigences (dont les 30% de commissions perçu par la firme font partie).  Ainsi, le Boston Globe reste disponible sur le support développé par Apple, tout en contournant toutes les contraintes imposées par la firme de Cupertino (détaillées ici). Et même si pour cela, le quotidien américain a du renoncer à l’exposition offerte par l’App Store d’Apple.

Évidemment, les premiers échos font part de quelques contraintes de lecture, notamment sur tablette (le site n’a pas le confort d’utilisation d’une application développée spécialement pour ce support), mais il est plus que probable que d’autres éditeurs vont suivre une démarche similaire à celle du Boston Globe et ainsi, des solutions d’adaptation seront certainement développées.

Sources: 01.Net, Lunaweb, Stratégie Digitale

Texte rédigé par Florent Bovicelli

En Inde, CGNet donne une voix aux sans-voix

Dans le Chhattisgarh, le plus petit État de l’Inde centrale, les citoyens ont revêtu la fonction de journaliste afin de faire valoir leurs droits. Persécutés par des extrémistes maoïstes, ils utilisent internet comme outil de visibilité pour dénoncer les violations aux droits de l’homme dont ils sont victimes. Les grands médias indiens sont, pour la grande majorité, détenus par de grandes sociétés qui n’accordent guère de place aux préoccupations des tribus. C’est pourquoi le CGNet, site internet du peuple du Chhattisgarh a été crée.


CGNet est un forum citoyen qui permet de traiter les sujets que les médias traditionnels n’abordent pas ou ne peuvent pas couvrir. La population aborigène des Adivasis, résidant dans le Chhattisgarh, se bat quotidiennement pour ne pas être laissée pour compte. La tribu souffre d’un taux d’alphabétisation critique, car les Adivasis sont une des populations les plus démunies de la société indienne. Persécutés par les extrémistes de gauche indiens, les Adivasis se réfugient dans les forêts, isolés du reste de la société. Le premier ministre indien, Manmohan Singh, s’inquiète de l’insurrection sanglante menée par les maoïstes, qui pose un problème de sécurité des tribus résidant en Inde centrale.

Aucun journaliste professionnel n’exerce au sein de ces populations. Ils peuvent à peine communiquer avec elles. Si bien que les Adivasis ont dû eux-même s’improviser journalistes. Grâce au CGNet, ils ont pu dévoiler au grand jour les violations multiples des droits de l’homme dont ils étaient victimes et auxquelles la presse indienne ne s’était jamais intéressée. Une visibilité nouvelle qui a permis d’attirer l’attention des médias, et par la même occasion des militants des droits de l’homme.

Le CGNet fonctionne donc grâce aux jeunes Adivasis qui sont formés aux pratiques du journalisme citoyen. Ils apprennent ainsi à utiliser leur portables pour enregistrer les événements de leur zone géographique. Pour ce faire, les citoyens n’ont qu’à appeler d’un portable et laisser un message vocal, qui sera ensuite vérifié par de vrais journalistes. Leurs témoignages écrits et vidéos font ensuite l’objet de débats sur le forum. Depuis sa création en 2009, CGNet a reçu pas moins de 37 000 appels et a publié 750 reportages.

La réussite du groupe animant le CGNet est tel que le site a partagé son savoir-faire avec 80 millions de personnes, issues des communautés tribales voisines qui manquaient cruellement de moyens de communication pour faire entendre leurs voix. A l’origine de ce projet novateur mais risqué, Kamlesh Painkra et Shubhranshu Choudhary, journaliste indien ayant travaillé pour The Guardian et la BBC. Ce dernier a été récompensé pour son travail et a reçu de la part du Centre International des Journalistes la Knight Fellowhip, accordée chaque année à des journalistes internationaux.

Texte rédigé par Amandine Fournier

ITV: Damien Van Achter, un journaliste visionnaire

Suivi par plus de 6000 followers sur Twitter, Damien Van Achter (ou Davanac) est aujourd’hui développeur éditorial chez 22Mars/OWNI. Mais pas seulement. Il anime également des formations web dans différents journaux et donne des cours à l’Institut des Hautes Études des Communications Sociales de Bruxelles (IHECS). Lucile Jeanniard l’a rencontré à l’occasion de l’une de ses formations web au quotidien régional belge l’Avenir. Elle retrace ici son parcours… Un parcours hors des sentiers battus !

“Finalement je passe plus de temps dans les rédactions que je forme que dans la mienne chez OWNI à Paris”


Ses débuts en tant que journaliste : Canal C, Belga, et surtout… son blog !
Après trois années d’enseignement supérieur en communication, Damien Van Achter obtient son graduat en juillet 2001. “Ce graduat avait pour avantage de proposer beaucoup de stages”. Voilà comment il a pu entrer à Canal C (télé locale belge de la région namuroise) en tant que stagiaire et créer sa propre émission en guise de mémoire. Celle-ci restera d’ailleurs à l’antenne pendant plusieurs années. “C’était une émission hebdomadaire sur le sport amateur du genre » j’ai testé pour vous le trampoline ou l’équitation ». Canal C a été une belle école. Ça a été pour moi l’occasion de sentir que c’était ce métier là que j’avais envie de faire”.
Un an seulement après la fin de ses études, Damien Van Achter décroche un CDI chez Belga, l’agence de presse belge. “J’ai eu beaucoup de chance. Mais je l’ai un peu provoqué aussi.”
En effet, voyant qu’il ne trouvait pas de travail à la sortie de ses études, il décide de reprendre des cours de néerlandais afin de multiplier ses chances. C’est à ces cours de langue que Damien Van Achter rencontre un technicien informatique de l’agence Belga. Alors chance ou culot? Toujours est-il que s’il en est là aujourd’hui, ce n’est pas par hasard. Il apprendra donc énormément au sein de cette rédaction “à la source de l’info” et y restera 5 ans. Pourquoi seulement 5 ans alors qu’il avait un CDI? Parce que Damien Van Achter n’est pas du genre à se reposer sur ses acquis. À partir de 2004, il commence à s’intéresser au web.
“Je me suis rendu compte qu’en monitorant certaines sources, qui n’étaient pas des sources officielles ou des flux d’agence autorisés, j’arrivais quand même à choper des bonnes infos. Donc pendant un temps, je faisais mes 8h à l’agence et j’en faisais encore 8 chez moi pour alimenter ma veille. Je prenais même des jours de congés pour aller à des conférences à Paris sur le langage html, etc.”
Il commence alors à bloguer en 2005.
“J’ai ouvert mon blog à ce moment là, quand j’ai commencé à avoir la certitude que je n’étais pas en train de m’emballer pour un truc qui était juste un effet de mode, que l’économie des médias était bien en train de changer. Facebook venait de naître ou presque, Google était en train d’exploser et était entré en bourse à 80 dollars l’action en 2004… Vivre dans un écosystème informationnel en plein bouleversement est proprement passionnant. Très régulièrement je vais relire le premier billet que j’ai écrit. C’est un peu ma profession de foi.”
Et en effet, le premier billet de son blog (intitulé “Go!”) expose très clairement son point de vue : l’avenir du journalisme semble être sur le web, alors explorons-le. À travers ce blog, Damien Van Achter tente de proposer une alternative aux médias traditionnels, pas assez ouverts sur l’avenir du métier de journaliste :
« À travers des cartes blanches, et en utilisant tous les outils à notre disposition (l’audio, la vidéo, les réseaux sociaux, les flux RSS et la nanopublication, entre autres), j’espère vous donner à lire, à voir et à entendre d’autres sons de cloches que les sempiternels carillons qui nous vrillent le ciboulot et finissent par nous déresponsabiliser à coups de promesses non tenues et de pathos dégoulinant. (…) En fait, c’est sans doute surtout pour redonner du sens à la manière d’exercer mon métier que je me lance aujourd’hui dans cette expérience. » (extrait de ce premier billet)

“On ne fait pas ce métier pour l’argent, alors prenons un peu de plaisir!”
C’est donc grâce à cette activité sur son blog qu’il a pu entrer à la Radio Télévision Belge Francophone (RTBF), écoutez :

À partir de là, il cumule deux boulots : chez Belga pour s’assurer financièrement (étant marié, avec un enfant et une maison à payer), et à la RTBF pour le plaisir de tester de nouvelles formes de journalisme. Mais en janvier 2007, c’est le déclic :
“J’ai fait toute une proposition à mon rédacteur en chef pour utiliser les nouvelles sources du web comme de véritables sources dans le processus de l’agence… En essayant de faire ça bien : avec un PowerPoint où j’expliquais ce que moi je considérais comme des processus rédactionnels qui pourraient être à valeur ajoutée pour les clients de l’agence. Et je n’ai même pas eu d’accusé de réception de mon document… Et pourtant je sais qu’ils l’ont lu. Donc je me suis vraiment dit ‘mais qu’est-ce que j’fais là’. Le monde est en train de bouger autour de nous et ceux qui sont censés regarder un peu plus loin que le bout du nez du quotidien s’en moquent.”
Il propose alors de nouvelles chroniques à la RTBF et s’investit à plein temps pour cette chaîne. Au bout de quelques temps, une nouvelle occasion se présente à lui : il a la possibilité d’animer l’émission “Pure Blog”.
“Je poussais des disques et de temps en temps j’avais 5 minutes pour parler des blogs. Et là je m’en donnais à cœur joie. Je faisais intervenir des gens par téléphone, par skype. J’ai bidouillé un peu l’antenne, j’me suis bien marré. J’étais payé des clopinettes, mais c’était un risque que j’avais pris en démissionnant.”
Et cette situation délicate ne durera pas très longtemps puisqu’en 2008, il finit par obtenir un CDI à la RTBF. Sa mission : mettre le pied à l’étrier des journalistes radio et télévision sur le web. Comme quoi, le culot finit par payer.
“J’ai 33 ans et je ne me vois pas finir ma vie à faire quelque chose uniquement pour rassurer mon banquier. On ne fait pas ce métier pour l’argent, alors prenons un peu de plaisir!”
Damien Van Achter est resté à la RTBF jusqu’en mars 2011 et a énormément apporté à la chaîne en terme de présence sur le web.
“C’était un vrai bonheur de sentir les gars qui, 6 mois avant, me disait ‘moi le web jamais, je serai pas payer plus parce que j’irai sur internet’. Non mais tu vas prendre plus de plaisir! Et je pense qu’il y a maintenant beaucoup de gens à la RTBF qui prennent du plaisir à faire leur métier autrement… Et qui en plus rendent vraiment service à leur audience et ça c’est doublement valorisant.”
Depuis, Damien Van Achter est chez OWNI. Il connaissait déjà Nicolas Voisin, le Directeur de la publication, et celui-ci lui “faisait du pied depuis un certain temps”… Il a finit par craquer et c’est reparti : démission de la RTBF, nouvelle aventure, nouvelles expériences ! Il travaille donc à plein temps pour OWNI pendant quelques mois et fait des allers-retours Paris-Bruxelles plusieurs fois par semaine. Damien Van Achter est un passionné, mais sa famille compte aussi beaucoup pour lui… C’est pourquoi il ne travaille plus qu’à mi-temps pour “la soucoupe” depuis juillet 2011.
“Chez OWNI, j’ai changé de métier. Je considère que je suis chez eux pour participer à l’effort de guerre, qui consiste à financer ce média singulier qu’est OWNI par rapport aux autres pure players et au modèle économique qui est développé derrière. Et aider au financement ça veut dire faire de la formation, de la stratégie éditoriale, participer à des réunions de rédaction, etc.”
Travailler à temps partiel pour OWNI lui permet de se consacrer à un autre aspect du métier de journaliste web qui lui tient à cœur : l’enseignement, le partage de son expérience. Depuis quelques temps, l’idée de former des étudiants lui trottait dans la tête. Il donnait déjà quelques cours informels à l’IHECS depuis un mois, mais en juillet 2011, l’école lui propose de donner plus d’heures de cours. C’est ainsi qu’il se retrouve à organiser une “MasterClass” en septembre et en octobre dernier. Pour les étudiants de l’IHECS, la MasterClass c’est 4 jours de travail intensif 24h/24, le nez dans leur PC à travailler leur présence sur le web en tant que futurs journalistes.

Et cette expérience avec les étudiants belges, il compte bien la renouveler, mais cette fois-ci avec les étudiants de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille (ESJ). En mars prochain, Damien Van Achter part au festival South by Southwest au Texas. Quel rapport avec les étudiants de l’ESJ? C’est simple, ils vont avoir la chance de suivre cet événement à distance à travers une “open newsroom”.
“Le fait que l’ESJ, qui n’est quand même pas n’importe quelle école en terme de journalisme, me demande de réfléchir à un concept avec eux et accepte de me faire confiance pour partir dans ce genre d’aventures, c’est un vrai bonheur. Je suis convaincu que ce que je vais pouvoir apporter à ces étudiants va leur servir dans leur cursus. S’ils sont capables de couvrir à distance un événement comme celui-là en étant en connexion avec les gens qui sont sur place… S’ils sont capable de faire ça pendant les 5 jours que dure le festival, ces étudiants de dernière année en journalisme auront un peu plus de chance que les autres de trouver du boulot l’an prochain. Et pédagogiquement, c’est ça que je vise.”

“Plus on donne plus on reçoit, c’est presque une philosophie de vie”
Pour Damien Van Achter, il est primordial d’enseigner la plus-value qu’apporte le web au métier de journaliste, de transmettre son intérêt pour ce nouvel outil qui va devenir indispensable au métier. Et cette idée de transmission, de partage et d’échange est très présente chez ce journaliste visionnaire.
“Si on veut être écouter, il faut d’abord écouter les gens. Prendre le temps d’aller écouter ce que les gens racontent en ligne, ça fait partie de notre métier de journaliste maintenant. À part que ce n’est pas encore codifié dans notre contrat de travail. Mais ça le devient de plus en plus. Je suis convaincu que ceux qui ont le plus de mal avec les nouvelles technologies, ce ne sont pas ceux qui s’en sortent le moins bien avec l’aspect technique. Ce n’est pas un problème technique, c’est un problème culturel. Ceux qui galèrent le plus, ce sont ceux qui ne comprennnent pas la mentalité du web et pas ceux qui sont toujours sur leur nokia 5110. Ils n’ont pas compris que le réseau, de par sa nature, fait que nous nous trouvons dans une économie de la distribution, du don, du partage et de l’échange. Le problème, c’est que ça demande une certaine dose d’humilité d’accepter d’échanger des infos avec les citoyens sur internet…”

À lire : l’article qu’il a rédigé en réponse à ce coup de gueule (ici ou )

Bref, le partage à travers le web, c’est son moteur, écoutez :

On l’a compris, Damien Van Achter est un vrai passionné : 50 minutes d’interview. Et je tiens à le remercier encore une fois pour cet entretien très enrichissant !

Texte rédigé par Lucile Jeanniard

Dojd : une Web TV qui donne la parole au peuple russe

Parmi les médias russes, seule la petite télévision Dojd, lancée sur le Web en avril 2010, couvre les différentes manifestations anti-Poutine suite aux élections législatives du 4 décembre dernier. Une fenêtre ouverte pour le peuple face aux chaînes traditionnelles de l’État contrôlées et censurées.

« Pas de voix ». Manifestation à Saint-Petersbourg le 10 décembre 2011 (Quoi.info/Reuters).

Nouvelle technologie = liberté de parole ? Cela semble être le cas en Russie, surtout depuis la victoire du parti de Vladimir Poutine aux législatives le 4 décembre dernier. Suivie uniquement par la télévision russe Dojd, la manifestation du 10 décembre pour dénoncer les fraudes pendant les élections a été retransmise pendant près de trois heures.

Seule contre tous
Dojd, contrairement aux principales chaînes sous contrôle de l’État qui ont couvert les manifestations a minima, a diffusé de nombreux débats politiques en plus des protestations sur le thème : “Les élections qui nous ont changés“. Disponible depuis peu par satellite, cette Web Tv a conquis les spectateurs : l’audience a été multipliée par cinq dans la semaine des législatives. Malgré cela, Dojd n’est pas une chaîne militante mais indépendante. “Nous invitons et l’opposition et Russie Unie (le parti au pouvoir), c’est comme ça que toutes les chaînes devraient fonctionner”, relève-t-il. “Nous voulons que la Russie soit un pays normal, libre et démocratique”(AFP).
“Une chaîne optimiste”, tel est son slogan, qui cultive cette originalité afin de se différencier des concurrents. “Notre but était de créer une télé pour les gens qui sont fatigués de la télé, qui ne regardent pas les chaînes habituelles”, explique le rédacteur en chef, Mikhaïl Zygar. Des spectateurs lassés de voir des chaînes de télévision qui ne rapportent que les faits et gestes du Premier ministre Vladimir Poutine et du Président Dmitri Medvedev, une Web Tv pour éviter la propagande.

Une Web Tv libre, mais à quel prix ?
Avec l’arrivée des présidentielles en mars 2012, Djod est menacée. Vladimir Poutine souhaite revenir au pouvoir. “Ils prennent un vrai risque”, relève Arina Borodina, journaliste spécialisée dans les médias au quotidien Kommersant. “Depuis les élections, (Dojd) est devenu très populaire, elle a gagné la confiance des spectateurs et j’ai peur que quelque chose ne lui arrive désormais” (AFP). D’autant plus que plusieurs journalistes russes ont déjà été privés de leur fonction pour leur couverture des législatives.
Pavel Lobkov, un reporter de la chaîne de la télévision russe NTV a été limogé mardi dernier à la suite d’un reportage sur les fraudes pendant les législatives. La chaîne a mis fin à son contrat après les faits et a bloqué son téléphone portable.
Echo de Moscou, une radio d’opposition, est aussi dans le collimateur du pouvoir. Vladimir Poutine s’en est pris au rédacteur en chef Alexei Venediktov en l’accusant publiquement de l’insulter et de servir les pays étrangers (Reuters).

Le Web comme échappatoire
La liberté d’expression se relève donc dangereuse dans un pays contrôlé par l’État. Djod se met en danger. Mais la censure reste plus difficile sur la toile. Le principe de la Web Tv (uniquement diffusible sur internet) permet de s’adresser à tous et de laisser tout le monde s’exprimer. C’est ce qui fait le succès et la longévité de Djod. Les nouvelles technologies sont une nouvelle forme de liberté d’expression, une ouverture sur le monde. Grâce au Web, les barrières de l’État sont repoussées.

Texte rédigé par Coralie Horgue

Les radios des “sans voix” tournées vers l’avenir

Liées aux radios d’État à leurs origines, puis progressivement décentralisées, les radios communautaires africaines sont devenues le média de ceux que beaucoup appellent les “sans voix”.  La récente réussite de certaines d’entre elles, ainsi que l’intégration progressive de nouvelles technologies de l’information et de la communication dans ces pratiques radiophoniques nourrissent aujourd’hui l’espoir de leur participation active au développement du continent. Contre vents et marées.

Une finalité plus sociale que commerciale

La radio, on le sait, est incontestablement le média le plus répandu sur le territoire africain : les transistors, qui peuvent fonctionner à piles ou à l’énergie solaire, restent peu coûteux pour les populations et donnent la possibilité aux plus petites communautés rurales d’avoir un accès à l’information. Dans le même temps, le nombre important de radios communautaires sur le continent permet d’en couvrir une immense partie, même si leurs transmetteurs ne diffusent souvent qu’à quelques kilomètres. Aujourd’hui, même si le taux de pénétration d’internet sur le continent, et à fortiori au sein de ces radios reste très faible, l’évolution technologique en cours laisse supposer une indiscutable progression de ce média à travers le continent dans les années à venir. Employé pour la recherche d’information, le web pourrait notamment octroyer aux journalistes et animateurs un gain de temps et une importante variabilité des sources, à l’image du réseau de radios communautaires sud-africaines SACRIN, connecté à internet depuis le début des années 2000.

Non lucratives et poursuivant un objectif de transformation sociale, les radios communautaires prennent souvent l’aspect d’un outil pédagogique au service des populations. Plusieurs centaines de ces radios émettent à l’heure actuelle des contenus extrêmement diversifiés : musique, actualité, ou encore conseils pratiques pour toutes les questions touchant à la vie quotidienne des membres de la communauté d’auditeurs, sont diffusées sur les ondes locales, voire, micro-locales du continent africain.

Contemporaines de l’émergence d’une nouvelle problématique liant démocratie, participation des populations et expansion économique, les radios communautaires apparaissent en Afrique au cours des années 80. Ce type de radio est généralement créé et animé par des membres de la communauté à laquelle les programmes seront destinés. Dès lors, la radio appartient à cette communauté, et lui donne la possibilité de faire quelque chose pour elle-même, en permettant aux auditeurs de s’exprimer à propos de toutes les questions qui les concernent.

Le statut associatif : à la fois clé de voute et gangrène des radios communautaires

Considérées comme des instruments privilégiés de la constitution d’un espace public africain, les radios communautaires revêtent un statut associatif à but non lucratif, qui les rend autonomes et indépendantes du pouvoir politique et des médias nationaux d’État. Elles sont, pour la plupart, financées par le secteur associatif dès lors que leur contenu en recoupe les objectifs : organisations non gouvernementales, fondations, donateurs, ou encore congrégations religieuses leur apportent leur soutien tant budgétaire que dans leur programmation.

Pourtant, alors que tous les observateurs du monde africain s’accordent sur les vertus de ce média, l’AMARC (association mondiale des radiodiffuseurs communautaires) appelle régulièrement à plus d’engagement de la part des ONG et des diffuseurs eux-mêmes. En effet, si ces radios paraissent -sur le papier- caractérisées par leur utilité et leurs louables aspirations, la réalité des faits prouve que leurs principales missions sont encore bien souvent teintées d’échecs. De nombreux bailleurs de fonds investissent en effet de façon conséquente lors de la création des radios, mais abandonnent aussitôt leur financement, laissant alors les diffuseurs sans ressource, et tuant dans l’œuf des projets qui viennent à peine d’éclore. Qui plus est, si les gouvernements africains apportent à première vue leur soutien à ces espaces publics locaux ou micro-locaux, il n’en reste pas moins que ces médias ne sont, à l’heure actuelle, protégés par aucune loi, et que les autorisations d’émettre sont généralement toujours distribuées au compte-gouttes par les autorités.

Succès et espoirs

Malgré des désenchantements, l’espoir de l’appui au développement suscité par les radios communautaires subsiste, notamment grâce aux résultats obtenus en la matière. Au delà des déceptions, le concept compte en effet d’innombrables succès, ces dernières années. Au Mali, qui abrite l’un des réseaux les plus importants du continent, la Radio Benso a permis dès sa création en 1999 une meilleure intégration des populations agricoles du sud à leur pays. Alors qu’il leur est impossible d’avoir techniquement accès aux médias nationaux, ces dernières étaient jusqu’alors condamnées à s’informer par le biais des médias ivoiriens, comme en témoignait en 2005 un auditeur de Kolondieba, communauté de cultivateurs de coton : “à présent nous pouvons nous tenir au courant de ce qui se passe ici. Nous obtenons des informations sur l’industrie cotonnière. Nous pouvons faire passer des annonces à la radio pour informer les membres de notre famille des faits importants. Nous pouvons écouter la musique de notre village.”  Autre exemple en Zambie, où l’émission Kumuzi Kwathu -”dans notre village”- d’une radio financée par l’USAID, suivie  par quelques 600 000 auditeurs, aborde chaque semaine les thèmes de la santé et de la reproduction. Progressivement, ce programme est entre autre parvenu à transformer la manière de procéder des accoucheuses de la communauté, pour une meilleure prévention des infections.

Certaines radios communautaires africaines parviennent même à atteindre une certaine pérennité économique. C’est le cas de la radio sud-africaine de Soweto, pour laquelle les bailleurs de fonds ont peu à peu laissé place aux annonceurs publicitaires. Des exemples récents qui pourraient rapidement être suivis par d’autres pour parvenir à placer l’accès à l’information au cœur du développement.

Texte rédigé par Cerise Assadi-Rochet

Le journalisme hongrois en péril

Depuis le 1e janvier 2012, la Hongrie a une nouvelle constitution. Voulue par le premier ministre Viktor Orban, dont le parti nationaliste, le Fidesz est au pouvoir depuis avril 2010, elle modifie en profondeur la législation du pays et s’inscrit dans la continuité des réformes engagées depuis 18 mois. Parmi celles-ci figure la très contestée réforme des médias, qui pour beaucoup d’observateurs rend impossible l’exercice libre du métier de journaliste dans ce pays. A l’heure de la démocratisation de l’information grâce à Internet, le cas de la Hongrie dérange.


« La fin de la liberté de la presse », Une du quotidien Népszabadság le 3 janvier 2011

« La fin de la liberté de la presse», c’est avec cette Une que le premier quotidien hongrois Népszabadság titrait son édition du 3 janvier 2011. Un an après, le constat est édifiant : la dernière radio d’opposition a perdu sa fréquence, les actuelles manifestations contre la nouvelle constitution ne sont couvertes que par les médias privés et étrangers, un climat de censure et de peur de la sanction pèse sur les journalistes. La faute à une réforme engagée après seulement trois mois de gouvernance par le premier ministre Viktor Orban. Cette loi vise à renforcer le contrôle institutionnel des médias et comporte quatre points principaux :
•    Le regroupement dans une même entité de la télévision nationale publique MTV, de la radio nationale publique MR, de la télévision par satellite Duna TV et de l’agence de presse MTI.
•    La création d’une Autorité nationale des médias et des communications (NMHH), dirigée pour une durée de 9 ans par Annamaria Szalai, nommée par le premier ministre.
•    L’obligation pour les médias, publics comme privés, de corriger des informations jugées «partiales, d’atteinte à l’intérêt public, l’ordre public et la morale » par la NMHH, sous peine de se voir infliger de très lourdes amendes financières.
•    L’obligation de dévoiler ses sources et de soumettre ses articles avant publication lorsque la NMHH l’exige.

Suite à la mise en application de cette loi, les critiques de la part de l’Union Européenne n’ont pas tardé à se faire entendre. Le 3 janvier 2011, François Baroin alors porte-parole du gouvernement français a déclaré que cette réforme constituait « une altération profonde de la liberté de la presse », ajoutant que « la France, à l’instar des autres pays de l’Union, souhaite une modification de ce texte ». Malgré les critiques, les principaux points de discordes de cette loi n’ont pas été modifiés par le gouvernement Hongrois, qui rappelons-le a pris la présidence tournante de l’Union Européenne entre janvier et juillet 2011.

Censure et désinformation des médias publics


Un montage qui reflète la censure exercée par les médias publics

Le 3 janvier 2012, le journaliste hongrois Attila Mong déclarait sur France Inter que « les médias publics (en Hongrie) sont de plus en plus un outil de propagande au service du pouvoir ». Pour s’en convaincre, prenons un exemple actuel. L’image ci-dessus représente un montage qui tourne en boucle sur les réseaux sociaux hongrois.
Alors que les chaînes de télévision privées diffusaient en direct le 2 janvier dernier les images de dizaines de milliers de manifestants à Budapest, la télévision publique MTV interviewait son journaliste très en marge du rassemblement, laissant voir à ses téléspectateurs une avenue déserte. L’image montre le contraste entre deux pays : à gauche celui de Viktor Orban où règne l’ordre et la paix sociale tels que le rapporte les médias publics dont il a le contrôle, et à droite celui des opposants au régime et à la nouvelle constitution
Et c’est dans ce contexte agité que le 20 décembre dernier, la dernière radio d’opposition « Klubradio », a perdu sa fréquence suite à une décision de la NMHH.

Les réseaux sociaux et la grève de la faim comme uniques moyens d’opposition
Après la promulgation de cette loi, les réseaux sociaux, et notamment Facebook se sont soulevés pour soutenir les médias hongrois. Le groupe « soyons un million pour la liberté de la presse hongroise »  créé en décembre 2010 regroupe aujourd’hui 94 000 personnes dont le but est de publier les écrits, évènements et faits censurés par les médias publics, en les partageant au sein du groupe.

94000 membres sur la page Facebook « Soyons un million pour la liberté de la presse hongroise »
Mais les moyens d’opposition sont bien maigres, face à une autorité qui surveille aussi Internet, et notamment les blogs, et menace les journalistes et les médias de sanctions financières en cas de diffusion d’une information jugée « partiale ». D’autres personnes préfèrent alors en venir à des solutions plus radicales. Pour protester contre la manipulation d’informations qu’on leur demande d’exécuter, deux journalistes de la télévision publique avaient entamé une grève de la faim le 10 décembre dernier. Ils ont été licencié 15 jours plus tard.

Texte rédigé par Benjamin Valla