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Edition Afrique

Le nouveau code de déontologie du journalisme en Côte d’Ivoire fait débat

Un nouveau code de déontologie du journaliste ivoirien a été adopté le 23 février dernier. Là où certains y voient une avancée manifeste dans l’indépendance de la presse, dans la sous-région, d’autres y voient, au contraire, l’officialisation de pratiques journalistiques courantes mais illégale, en Côte-d’Ivoire et dans le reste de l’Afrique de l’Ouest.

Le 23 février 2012 a eu lieu, à la Maison de la Presse d’Abidjan, la présentation du nouveau code de déontologie du journaliste ivoirien. Adopté, entre autres, par le Conseil National de la Presse (CNP) ainsi que l’Observatoire  de la Liberté de la Presse, de l’Ethique et de la Déontologie (Olped). Ce code vient remplacer le dernier code datant de 1992. Il est composé de 30 articles, 22 liés aux devoirs du journaliste, 10 faisant référence aux droits de ce dernier. Pour beaucoup d’observateurs, à l’instar de Souleymana Bourahima (International Medias Support) ou Blayhou Brigth (Media Fondation For West Africa), ce code est une avancée considérable pour le journalisme en Côte-d’Ivoire et pour toute la sous-région. Il serait difficile, en effet, de remettre en cause certains principes comme ceux mentionnés dans l’article 5 des ‘Devoirs’ : « (…) n’accepter aucune consigne directe ou indirecte des annonceurs, des autorités administratives ou politiques ». Article hautement important dans un pays qui a connu une succession de régimes autoritaires depuis plus de 10 ans.
La dénonciation de la manipulation du journaliste via les pots-de-vin ou pressions en tous genres, le refus de l’apologie des crimes ou encore l’interdiction d’utiliser le statut de journaliste à des fins personnelles, sont autant d’éléments mis en lumière par ce code.
Cela dit, ce nouveau texte ne semble pas faire l’unanimité et beaucoup dénoncent le fait qu’il permet la perpétuation de pratiques illicites.
Deux principes sont largement remis en cause : la possibilité de dénonciation de la source et la possibilité de republier un article sans autorisations.

Si le nouveau code garantit, en partie, la protection des sources, un élément – inexistant dans le code de 1992- permet au journaliste de révéler sa source si cette dernière s’avérait être colporteuse de fausses informations : « (…) la possibilité de s’affranchir de l’obligation de protéger sa source en portant son identité à la connaissance du public(…) si la volonté de cette source est de manipuler( …) et pousser [le journaliste] à la faute professionnelle. » Autant dire que cet article 3 des ‘Devoirs’ du journaliste, crée un flou et laisse la porte ouverte à toutes les interprétations. Comment distinguer une bonne d’une mauvaise information ? Comment obtenir des informations d’une source si celle-ci sait son anonymat remis en question, à la discrétion du journaliste ou de sa hiérarchie ?

L’autre point qui crée le débat concerne la possibilité pour tout organe de presse de republier un article de confrères, sans autorisations, en respectant un délai de 72 heures. (3 jours). Dans l’article « Jeune Afrique et les Pilleurs du Web », le premier site d’actualité et d’information sur l’Afrique explique dans quelles mesures ce principe participe à la banalisation du plagiat dans la presse africaine, dont il s’estime être la principale victime. Le développement du journalisme web a permis la diffusion rapide de l’information. Jeune Afrique déplore le pillage dont il fait l’objet. Plusieurs articles du site se retrouvent régulièrement sur des sites concurrents, sur des blogs, en partie ou en intégralité. Si la source est souvent mentionnée (bien qu’aucune autorisation n’ait été accordée), il s’avère que parfois, un article peut être tout simplement « volé » lorsque le « copieur » signe en lieu et place du véritable auteur.

En réalité, cette pratique est ancienne et courante sur le continent. Le phénomène s’est accru avec le développement du journalisme web. Avant l’instauration de cette loi inscrite dans le code de déontologie, certains articles pouvaient être plagiés seulement quelques heures après la parution du texte original. L’obligation d’attendre 3 jours vient donc mettre un coup de frein à cette pratique. Avec les nouvelles en continu qu’impose le web, une information vieille de 72 heures n’est plus exploitable. Il y a donc une avancée dans ce domaine. Bien évidemment cela ne va pas assez loin. Ce que dénonce  Jeune Afrique et les opposants à ce principe n’est pas le délai octroyé, mais bien l’atteinte au droit de propriété intellectuelle.
Dans ce débat, au-delà de la situation du journalisme en Afrique, c’est bien de l’adaptation des règles déontologiques aux nouvelles pratiques journalistiques qui est en jeu. Comment correctement légiférer sur le journalisme web ? Comment instaurer des règles claires et universelles, ainsi que des sanctions adéquates?

Texte rédigé par Giovanni Djossou

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