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ITV: Damien Van Achter, un journaliste visionnaire

Suivi par plus de 6000 followers sur Twitter, Damien Van Achter (ou Davanac) est aujourd’hui développeur éditorial chez 22Mars/OWNI. Mais pas seulement. Il anime également des formations web dans différents journaux et donne des cours à l’Institut des Hautes Études des Communications Sociales de Bruxelles (IHECS). Lucile Jeanniard l’a rencontré à l’occasion de l’une de ses formations web au quotidien régional belge l’Avenir. Elle retrace ici son parcours… Un parcours hors des sentiers battus !

“Finalement je passe plus de temps dans les rédactions que je forme que dans la mienne chez OWNI à Paris”


Ses débuts en tant que journaliste : Canal C, Belga, et surtout… son blog !
Après trois années d’enseignement supérieur en communication, Damien Van Achter obtient son graduat en juillet 2001. “Ce graduat avait pour avantage de proposer beaucoup de stages”. Voilà comment il a pu entrer à Canal C (télé locale belge de la région namuroise) en tant que stagiaire et créer sa propre émission en guise de mémoire. Celle-ci restera d’ailleurs à l’antenne pendant plusieurs années. “C’était une émission hebdomadaire sur le sport amateur du genre » j’ai testé pour vous le trampoline ou l’équitation ». Canal C a été une belle école. Ça a été pour moi l’occasion de sentir que c’était ce métier là que j’avais envie de faire”.
Un an seulement après la fin de ses études, Damien Van Achter décroche un CDI chez Belga, l’agence de presse belge. “J’ai eu beaucoup de chance. Mais je l’ai un peu provoqué aussi.”
En effet, voyant qu’il ne trouvait pas de travail à la sortie de ses études, il décide de reprendre des cours de néerlandais afin de multiplier ses chances. C’est à ces cours de langue que Damien Van Achter rencontre un technicien informatique de l’agence Belga. Alors chance ou culot? Toujours est-il que s’il en est là aujourd’hui, ce n’est pas par hasard. Il apprendra donc énormément au sein de cette rédaction “à la source de l’info” et y restera 5 ans. Pourquoi seulement 5 ans alors qu’il avait un CDI? Parce que Damien Van Achter n’est pas du genre à se reposer sur ses acquis. À partir de 2004, il commence à s’intéresser au web.
“Je me suis rendu compte qu’en monitorant certaines sources, qui n’étaient pas des sources officielles ou des flux d’agence autorisés, j’arrivais quand même à choper des bonnes infos. Donc pendant un temps, je faisais mes 8h à l’agence et j’en faisais encore 8 chez moi pour alimenter ma veille. Je prenais même des jours de congés pour aller à des conférences à Paris sur le langage html, etc.”
Il commence alors à bloguer en 2005.
“J’ai ouvert mon blog à ce moment là, quand j’ai commencé à avoir la certitude que je n’étais pas en train de m’emballer pour un truc qui était juste un effet de mode, que l’économie des médias était bien en train de changer. Facebook venait de naître ou presque, Google était en train d’exploser et était entré en bourse à 80 dollars l’action en 2004… Vivre dans un écosystème informationnel en plein bouleversement est proprement passionnant. Très régulièrement je vais relire le premier billet que j’ai écrit. C’est un peu ma profession de foi.”
Et en effet, le premier billet de son blog (intitulé “Go!”) expose très clairement son point de vue : l’avenir du journalisme semble être sur le web, alors explorons-le. À travers ce blog, Damien Van Achter tente de proposer une alternative aux médias traditionnels, pas assez ouverts sur l’avenir du métier de journaliste :
« À travers des cartes blanches, et en utilisant tous les outils à notre disposition (l’audio, la vidéo, les réseaux sociaux, les flux RSS et la nanopublication, entre autres), j’espère vous donner à lire, à voir et à entendre d’autres sons de cloches que les sempiternels carillons qui nous vrillent le ciboulot et finissent par nous déresponsabiliser à coups de promesses non tenues et de pathos dégoulinant. (…) En fait, c’est sans doute surtout pour redonner du sens à la manière d’exercer mon métier que je me lance aujourd’hui dans cette expérience. » (extrait de ce premier billet)

“On ne fait pas ce métier pour l’argent, alors prenons un peu de plaisir!”
C’est donc grâce à cette activité sur son blog qu’il a pu entrer à la Radio Télévision Belge Francophone (RTBF), écoutez :

À partir de là, il cumule deux boulots : chez Belga pour s’assurer financièrement (étant marié, avec un enfant et une maison à payer), et à la RTBF pour le plaisir de tester de nouvelles formes de journalisme. Mais en janvier 2007, c’est le déclic :
“J’ai fait toute une proposition à mon rédacteur en chef pour utiliser les nouvelles sources du web comme de véritables sources dans le processus de l’agence… En essayant de faire ça bien : avec un PowerPoint où j’expliquais ce que moi je considérais comme des processus rédactionnels qui pourraient être à valeur ajoutée pour les clients de l’agence. Et je n’ai même pas eu d’accusé de réception de mon document… Et pourtant je sais qu’ils l’ont lu. Donc je me suis vraiment dit ‘mais qu’est-ce que j’fais là’. Le monde est en train de bouger autour de nous et ceux qui sont censés regarder un peu plus loin que le bout du nez du quotidien s’en moquent.”
Il propose alors de nouvelles chroniques à la RTBF et s’investit à plein temps pour cette chaîne. Au bout de quelques temps, une nouvelle occasion se présente à lui : il a la possibilité d’animer l’émission “Pure Blog”.
“Je poussais des disques et de temps en temps j’avais 5 minutes pour parler des blogs. Et là je m’en donnais à cœur joie. Je faisais intervenir des gens par téléphone, par skype. J’ai bidouillé un peu l’antenne, j’me suis bien marré. J’étais payé des clopinettes, mais c’était un risque que j’avais pris en démissionnant.”
Et cette situation délicate ne durera pas très longtemps puisqu’en 2008, il finit par obtenir un CDI à la RTBF. Sa mission : mettre le pied à l’étrier des journalistes radio et télévision sur le web. Comme quoi, le culot finit par payer.
“J’ai 33 ans et je ne me vois pas finir ma vie à faire quelque chose uniquement pour rassurer mon banquier. On ne fait pas ce métier pour l’argent, alors prenons un peu de plaisir!”
Damien Van Achter est resté à la RTBF jusqu’en mars 2011 et a énormément apporté à la chaîne en terme de présence sur le web.
“C’était un vrai bonheur de sentir les gars qui, 6 mois avant, me disait ‘moi le web jamais, je serai pas payer plus parce que j’irai sur internet’. Non mais tu vas prendre plus de plaisir! Et je pense qu’il y a maintenant beaucoup de gens à la RTBF qui prennent du plaisir à faire leur métier autrement… Et qui en plus rendent vraiment service à leur audience et ça c’est doublement valorisant.”
Depuis, Damien Van Achter est chez OWNI. Il connaissait déjà Nicolas Voisin, le Directeur de la publication, et celui-ci lui “faisait du pied depuis un certain temps”… Il a finit par craquer et c’est reparti : démission de la RTBF, nouvelle aventure, nouvelles expériences ! Il travaille donc à plein temps pour OWNI pendant quelques mois et fait des allers-retours Paris-Bruxelles plusieurs fois par semaine. Damien Van Achter est un passionné, mais sa famille compte aussi beaucoup pour lui… C’est pourquoi il ne travaille plus qu’à mi-temps pour “la soucoupe” depuis juillet 2011.
“Chez OWNI, j’ai changé de métier. Je considère que je suis chez eux pour participer à l’effort de guerre, qui consiste à financer ce média singulier qu’est OWNI par rapport aux autres pure players et au modèle économique qui est développé derrière. Et aider au financement ça veut dire faire de la formation, de la stratégie éditoriale, participer à des réunions de rédaction, etc.”
Travailler à temps partiel pour OWNI lui permet de se consacrer à un autre aspect du métier de journaliste web qui lui tient à cœur : l’enseignement, le partage de son expérience. Depuis quelques temps, l’idée de former des étudiants lui trottait dans la tête. Il donnait déjà quelques cours informels à l’IHECS depuis un mois, mais en juillet 2011, l’école lui propose de donner plus d’heures de cours. C’est ainsi qu’il se retrouve à organiser une “MasterClass” en septembre et en octobre dernier. Pour les étudiants de l’IHECS, la MasterClass c’est 4 jours de travail intensif 24h/24, le nez dans leur PC à travailler leur présence sur le web en tant que futurs journalistes.

Et cette expérience avec les étudiants belges, il compte bien la renouveler, mais cette fois-ci avec les étudiants de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille (ESJ). En mars prochain, Damien Van Achter part au festival South by Southwest au Texas. Quel rapport avec les étudiants de l’ESJ? C’est simple, ils vont avoir la chance de suivre cet événement à distance à travers une “open newsroom”.
“Le fait que l’ESJ, qui n’est quand même pas n’importe quelle école en terme de journalisme, me demande de réfléchir à un concept avec eux et accepte de me faire confiance pour partir dans ce genre d’aventures, c’est un vrai bonheur. Je suis convaincu que ce que je vais pouvoir apporter à ces étudiants va leur servir dans leur cursus. S’ils sont capables de couvrir à distance un événement comme celui-là en étant en connexion avec les gens qui sont sur place… S’ils sont capable de faire ça pendant les 5 jours que dure le festival, ces étudiants de dernière année en journalisme auront un peu plus de chance que les autres de trouver du boulot l’an prochain. Et pédagogiquement, c’est ça que je vise.”

“Plus on donne plus on reçoit, c’est presque une philosophie de vie”
Pour Damien Van Achter, il est primordial d’enseigner la plus-value qu’apporte le web au métier de journaliste, de transmettre son intérêt pour ce nouvel outil qui va devenir indispensable au métier. Et cette idée de transmission, de partage et d’échange est très présente chez ce journaliste visionnaire.
“Si on veut être écouter, il faut d’abord écouter les gens. Prendre le temps d’aller écouter ce que les gens racontent en ligne, ça fait partie de notre métier de journaliste maintenant. À part que ce n’est pas encore codifié dans notre contrat de travail. Mais ça le devient de plus en plus. Je suis convaincu que ceux qui ont le plus de mal avec les nouvelles technologies, ce ne sont pas ceux qui s’en sortent le moins bien avec l’aspect technique. Ce n’est pas un problème technique, c’est un problème culturel. Ceux qui galèrent le plus, ce sont ceux qui ne comprennnent pas la mentalité du web et pas ceux qui sont toujours sur leur nokia 5110. Ils n’ont pas compris que le réseau, de par sa nature, fait que nous nous trouvons dans une économie de la distribution, du don, du partage et de l’échange. Le problème, c’est que ça demande une certaine dose d’humilité d’accepter d’échanger des infos avec les citoyens sur internet…”

À lire : l’article qu’il a rédigé en réponse à ce coup de gueule (ici ou )

Bref, le partage à travers le web, c’est son moteur, écoutez :

On l’a compris, Damien Van Achter est un vrai passionné : 50 minutes d’interview. Et je tiens à le remercier encore une fois pour cet entretien très enrichissant !

Texte rédigé par Lucile Jeanniard

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